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La BCE dispose-t-elle encore de moyens pour soutenir l'économie?

La BCE se décide à son tour à rejoindre les autres principaux banquiers centraux du monde qui s’engagent à prendre des mesures. ©EPA

Dans un communiqué publié dans la soirée de lundi, sa présidente Christine Lagarde a indiqué se tenir prête à prendre "les mesures appropriées et ciblées".

La Banque centrale européenne (BCE) se décide à son tour à rejoindre les autres principaux banquiers centraux du monde qui s’engagent à prendre des mesures si nécessaire pour remédier aux perturbations causées dans les économies par l’épidémie de coronavirus. Dans un communiqué publié lundi soir, sa présidente Christine Lagarde a déclaré que "la BCE suit de près les développements et leurs implications pour l’économie, l’inflation à moyen terme . Nous nous tenons prêts à prendre les mesures appropriées et ciblées qui seraient nécessaires ".

Pour la première fois depuis la crise financière de 2008, les politiques monétaires menées par les principales banques centrales au monde tendent vers la synchronisation.

Ces propos interviennent après ceux prononcés vendredi par le président de la Réserve fédérale américaine (Fed) Jerome Powell. Celui-ci avait dit assurer que son institution était prête à intervenir si nécessaire face aux effets de l’épidémie sur l’économie. Ce qu’elle a fait mardi en réduisant de 0,50 point son taux directeur dans la fourchette de 1,00 à 1,25%. L’euro a profité de cette décision. La monnaie européenne est remontée face au dollar à 1,19.

Après la Chine et les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Europe s’apprêtent pour leur part à réagir dans le sens d’un nouvel assouplissement de leur politique monétaire. Déjà en Australie, la banque centrale a pris la décision mardi de réduire son taux directeur. Pour la première fois depuis 2008, les politiques monétaires dans le monde tendent à nouveau vers une synchronisation.

Les moyens de la BCE

©mediafin

Mais la BCE dont le taux directeur est déjà négatif (-0,5%) a-t-elle encore les moyens d’agir? Certains pensent que la BCE, qui se réunira le 12 mars prochain, va assouplir ce taux, en le faisant baisser jusqu’à -0,6%. Sera-ce suffisant pour éviter que l’épidémie de coronavirus ait le moins d’impact possible sur l’économie européenne? Beaucoup en doutent et entrevoient plutôt à travers les "mesures ciblées" dont parle Christine Lagarde, le recours à d’autres outils. La BCE pourrait par exemple augmenter ses achats d’obligations sur le marché qu’elle a repris depuis novembre dernier au rythme de 20 milliards d’euros par mois.

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Autre piste suggérée, la BCE opterait plutôt pour l’assouplissement des conditions des prêts bancaires que sont les TLTRO (Targeted Longer-Term Refinancing Operations). Si c’est le cas, ce serait la 4e série d’opérations ciblées que mènera la BCE depuis 2014. Les trois précédentes opérations ont toutes visé à stimuler l’octroi de crédits aux acteurs économiques (prêts aux ménages, hors crédits immobiliers et aux entreprises non financières).

"Pas au premier rang"

Dans un discours donné lundi à Londres, le vice-président de la BCE Luis de Guindos a affirmé que la banque centrale pourrait réduire les taux d’intérêt ou acheter des actifs pour soutenir l’économie. "La propagation du virus pourrait nuire, dit-il en substance, aux exportations de la zone euro vers la Chine, tout en perturbant les chaînes d’approvisionnement des entreprises."  

"La BCE doit être vigilante. Mais elle ne doit pas surréagir."
Robert Holzmann
Membre du Conseil des gouverneurs

Tous les membres du Conseil des gouverneurs ne voient pas pour autant la nécessité pour l’heure d’agir de la sorte. En particulier parmi les membres germaniques. "La BCE doit être vigilante. Mais elle ne doit pas surréagir", affirme l’un d’eux, Robert Holzmann. "Même si le virus devait persister un trimestre de plus, l’impact sur l’économie chinoise sera significatif, mais pas encore catastrophique".

Dans une interview accordée lundi au quotidien autrichien Die Presse, il avait été jusqu’à affirmer qu'"en cas de choc d’offre ou de la demande, il devra y avoir des politiques essentiellement fiscales ou structurelles. Je ne vois pas les banques centrales au premier rang."

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