La BCE n'a étudié ni la fin de ses achats ni leur prolongation

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La BCE fixe rendez-vous aux investisseurs en décembre. Mario Draghi a fait savoir que la fin des achats d’actifs ne pourrait pas avoir lieu brutalement, laissant entrevoir leur prolongation.

"Nous n’en avons pas parlé." Laconique, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a ainsi esquivé toutes les questions tendant à découvrir si les banquiers centraux de la zone euro avaient envisagé une future modification de leur politique monétaire. Clairement, le conseil des gouverneurs, organe décisionnel de l’institution monétaire, donne rendez-vous aux investisseurs en décembre.

La réunion de jeudi a donc débouché sur un statu quo intégral, tant au point de vue des mesures en cours qu’au sujet du discours de l’autorité monétaire. Le seul indice d’une éventuelle prolongation prochaine des achats d’actifs de la BCE réside dans une déclaration de Mario Draghi au sujet de la possibilité de mettre un terme brutalement à ces achats: "Ce n’est pas vraisemblable", a-t-il dit, laissant entendre qu’il faudrait un certain temps pour que ce programme soit retiré.

80 milliards €
La BCE prolongera-t-elle ses achats d’actifs à hauteur de 80 milliards d’euros par mois au-delà de mars 2017? Réponse en décembre.

Les taux directeurs de la BCE restent évidemment inchangés, à 0% pour le taux de refinancement, principale référence de la zone euro, et à - 0,40% pour la facilité de dépôt, taux auquel les banques placent leurs liquidités excédentaires à la banque centrale. Pour le reste, le conseil des gouverneurs renvoie à sa réunion du 8 décembre prochain.

Son communiqué précise: "En décembre, l’analyse du conseil des gouverneurs bénéficiera des nouvelles projections économiques du staff (experts de la BCE, NDLR) s’étendant jusqu’en 2019, et du travail des comités de l’eurosystème sur les options permettant d’assurer une mise en œuvre fluide de notre programme d’achats jusqu’en mars 2017 ou au-delà si nécessaire".

Durant la séance de questions et réponses de la conférence de presse qui a suivi la réunion du conseil des gouverneurs, Mario Draghi a tout d’abord fait savoir que les banquiers centraux européens n’avaient pas parlé d’une prolongation des achats d’actifs au-delà de mars 2017. L’information a refroidi l’ambiance sur les marchés et a fait grimper l’euro tout à coup, la monnaie unique passant de 1,0964 dollar à 1,1039 dollar en l’espace de quelques minutes.

Quid en cas de pénurie?

Mais peu après, Mario Draghi a ajouté que le conseil n’avait évoqué ni l’horizon temporel du programme ni une réduction progressive des achats d’actifs. Il a en outre souligné que "personne ne songeait" à un arrêt soudain de ce programme, "pour des raisons évidentes". Ces quelques mots laissent entendre que la fin du soutien exceptionnel de la banque centrale n’est pas pour tout de suite. Dans la foulée, l’euro est reparti à la baisse face au dollar. Peu après 16h, la monnaie unique s’est enfoncée en dessous de 1,0950 dollar, pour la première fois depuis le 24 juin.

Interrogé à de multiples reprises sur la possibilité pour la BCE d’acheter des actifs au-delà du mois de mars prochain, le patron de la banque centrale a martelé qu’il n’en avait pas été question dans les discussions des banquiers centraux: "Ce sera au conseil des gouverneurs de trancher en fonction des travaux des comités" désignés pour évaluer le programme d’achats d’actifs, a-t-il souligné. Ces comités doivent terminer leurs travaux pour la réunion du conseil de décembre. "Nous aurons alors tous les éléments en main pour nous prononcer", a dit Draghi.

Au sujet du risque d’une pénurie d’obligations entrant en lice pour les achats de la BCE, dû aux taux très bas des marchés et aux conditions du programme qui exigent que l’institution n’acquière que des obligations rapportant un certain niveau d’intérêt, Draghi s’est montré peu loquace: "Nous avons discuté de ce que nous ferions au cas où une pénurie surviendrait. Mais ce n’est pas un problème à l’heure actuelle. Les achats d’obligations d’entreprise constituent un vrai succès, au-delà de toutes les attentes". Il n’a pas souhaité en dire davantage au sujet de ce que pourrait faire la BCE pour remédier à une éventuelle future pénurie d’actifs. Pour cela aussi, rendez-vous en décembre.

Pour Carsten Brzeski, chef économiste d’ING-DiBa, "la BCE gagne simplement du temps". "L’élégant équilibrisme de Mario Draghi entre réduction et prolongation des achats d’actifs maintient toutes les attentes en l’état et pourrait avoir une issue bienvenue: des taux à long terme légèrement plus élevés qui apporteraient un certain soulagement au problème de pénurie, sans panique", ajoute l’économiste. "Lors de la réunion de décembre, notre avis est que la BCE annoncera une extension de son programme d’achats jusqu’à la fin de 2017, potentiellement à un rythme plus lent que les actuels 80 milliards d’euros" achetés chaque mois par la BCE. Vivement la Saint-Nicolas!

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