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La BCE ne pourra pas ignorer la montée de l'inflation

Le chef économiste de la Banque centrale européenne, estime que certaines attentes des marchés sont difficilement conciliables avec ce que la BCE prévoit pour l'avenir. ©REUTERS

La montée des prix attise les tensions au sein de la Banque centrale européenne, alors qu'une décision sur les achats d'actifs ne doit être prise qu'en décembre.

Exercice de communication délicat en perspective pour la Banque centrale européenne (BCE). Jeudi, l'institut monétaire doit se pencher sur sa politique monétaire mais aussi, et surtout, commenter le récent essoufflement de la croissance économique sur fond d'accélération de l'inflation. D'une part, la BCE va devoir justifier le maintien de ses mesures de soutien à l'économie mais d'autre part, elle ne pourra pas ignorer la nouvelle donne conjoncturelle, et en particulier l'accélération de la hausse des prix.

"Adapter les anticipations de la BCE à la nouvelle réalité des marchés conduirait mécaniquement à augmenter les projections d'inflation."
Carsten Brzeski
Chef économiste d'ING en Allemagne

Selon ses dernières prévisions, l'institution de Francfort table sur un taux d'inflation de 2,2% cette année et de 1,7% l'an prochain. Mais en septembre, la montée des prix a atteint 3,4%, son niveau le plus élevé depuis 2008. Les économistes estiment, en moyenne, qu'elle aura accéléré à 3,7% ce mois-ci. Le chiffre officiel de l'inflation d'octobre ne sera connu que vendredi.

"Adapter les anticipations de la BCE à la nouvelle réalité des marchés conduirait mécaniquement à une nouvelle augmentation des projections d'inflation pour 2022 et 2023, de 0,1 à 0,2 point de pourcentage", estime Carsten Brzeski, chef économiste d'ING en Allemagne et observateur attentif de la politique monétaire européenne.

Quel avenir pour les achats?

Autrement dit, la BCE ne pourra pas ignorer que l'inflation progresse plus vite que prévu. Or, les risques liés à la montée des prix ont été discutés lors de la dernière réunion de l'institution gardienne de l'euro, en septembre. Les "faucons", c'est-à-dire les banquiers centraux partisans d'un contrôle plus strict de l'inflation via une politique monétaire plus ferme, ont manifestement haussé le ton face aux "colombes", les tenants d'une politique monétaire souple de nature à favoriser la croissance économique.

2%
Taux de référence
Le taux du swap d'inflation à 5 ans dans 5 ans, mesure préférée de la BCE pour prédire l'inflation future, a dépassé 2% pour la première fois depuis 2014.

L'enjeu du débat est l'avenir des achats d'actifs de la BCE. Le programme d'achats d'urgence pandémique (PEPP), destiné à contrer les effets négatifs de la crise sanitaire, d'un montant total de 1.850 milliards d'euros, est censé prendre fin en mars. Actuellement, la banque centrale utilise cette enveloppe à concurrence de 60 à 70 milliards d'euros d'achats par mois. À cela s'ajoute les achats "classiques" dans le cadre de l'APP (programme d'achats d'actifs), à hauteur de 20 milliards d'euros mensuels.

Effet sur les marchés

Les économistes s'interrogent sur la manière dont la BCE va s'y prendre pour mettre un terme au PEPP sans déstabiliser les marchés. Christine Lagarde, la présidente de l'institution européenne, a déjà fait savoir que la décision à ce sujet ne serait prise qu'en décembre. Mais dans les annonces attendues jeudi, tout détail qui permettrait de lever un coin du voile sur les intentions de la BCE à ce sujet pourrait avoir un effet sur les marchés.

"Il est difficile de concilier certaines vues du marché avec notre 'forward guidance' très claire."
Philip Lane
Chef économiste de la BCE

Car les investisseurs sont nerveux. Le taux du swap d'inflation à 5 ans dans 5 ans (contrat permettant d'échanger le paiement d'un taux fixe actuel à 5 ans contre un taux variable lié à l'inflation, pendant 5 ans), qui est la mesure préférée de la BCE pour anticiper l'inflation future, a dépassé 2% vendredi dernier, pour la première fois depuis 2014. D'autres produits financiers cotés traduisent l'attente d'une hausse du taux de la facilité de dépôt de la BCE dans un an à peine.

Mais Philip Lane, le chef économiste de la Banque centrale européenne, a récemment signalé qu'il était "difficile de concilier certaines vues du marché avec la 'forward guidance' (indication pour l'avenir, NDLR) très claire" de la BCE. Un discours que pourrait bien reprendre Christine Lagarde jeudi.

Le résumé

  • Jeudi, la Banque centrale européenne (BCE) doit se prononcer sur sa politique monétaire. Aucun changement n'est attendu.
  • Mais l'accélération de l'inflation devra être prise en compte dans le discours de la BCE.
  • Sur les marchés, certains signes traduisent une nervosité des investisseurs.
  • Le chef économiste de la BCE, Philip Lane, juge les craintes incompatibles avec la "forward guidance".

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