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La BCE renforce sa politique accommodante, faute de mieux

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La Banque centrale européenne n’a pas le sourire. Le ralentissement économique perdure en zone euro. Elle a donc abaissé ses prévisions, prolongé sa promesse de taux bas et annoncé de nouveaux prêts pour les banques.

"Dans une pièce sombre, vous vous déplacez à petits pas. Vous ne courez pas mais vous bougez."

Ces mots n’ont pas été prononcés par n’importe qui, mais par Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE). Ils sonnent comme un aveu. L’institution monétaire a atteint ses limites d’action pour stimuler une économie en perte de vitesse. Pas parce qu’elle n’a plus assez d’outils, mais parce que ceux-ci sont impuissants face au principal risque qui pèse sur la zone euro, à savoir les facteurs géopolitiques. "Les risques liés aux perspectives de croissance de la zone euro sont toujours orientés à la baisse, en raison de la persistance d'incertitudes liées aux facteurs géopolitiques, à la menace du protectionnisme et aux vulnérabilités des marchés émergents", a expliqué le grand argentier européen lors de sa conférence de presse.

Par conséquent, la BCE a - sans surprise - abaissé ses prévisions économiques à court terme. Elle table à présent sur une croissance de 1,1% (contre 1,7% précédemment) pour cette année, de 1,6% (contre 1,7%) en 2020 et de 1,5% (inchangé) en 2021. Le décalage entre les chiffres présentés en décembre et ce jeudi pour 2019 est "gigantesque", relève Bruno Colmant, directeur de la recherche économique chez Degroof Petercam. Il s’agit en fait de la plus importante révision depuis l’avènement du programme d’assouplissement quantitatif, qui s’est terminé il y a seulement trois mois. "Contrairement à ce que Mario Draghi a déclaré ce jeudi, on se dirige vers la possibilité d’une petite récession" en zone euro, a affirmé Bruno Colmant. Il craint un effet "boule de neige", avec une augmentation des déficits publics qui entraînerait une hausse de la dette publique.

Contrairement à ce que Mario Draghi a déclaré ce jeudi, on se dirige vers la possibilité d’une petite récession en zone euro.
Bruno Colmant
Directeur de la recherche économique chez Degroof Petercam

Notons que la banque centrale a également revu à la baisse ses prévisions d’inflation, à 1,2% cette année contre 1,6% auparavant. La hausse des prix devrait par la suite atteindre 1,5% (contre 1,7%) en 2020 et 1,6% (contre 1,8%) en 2021. "Cela colle aux attentes. Mais c’est aussi le signal que l’objectif d’inflation de la BCE (soit inférieur à mais proche de 2%, NDLR) est encore loin", souligne Bernard Keppenne, économiste en chef de CBC Banque, pour qui les précédentes prévisions étaient devenues "irréalistes". 

De nouveaux prêts pour les banques

En résumé, la stratégie actuelle de la BCE suit clairement l’idée ‘si vous ne pouvez pas la battre, essayez de l’éviter aussi longtemps que possible’.
Carsten Brzeski
Chief economist d'ING Germany

"Cela signifie que Mario Draghi n’a jamais atteint son objectif durant son mandat", fait remarquer Bruno Colmant. Et d’ajouter: "On est vraiment comme en 2014, avec les mêmes questions déflationnistes mais en plus un schisme monétaire probable au sein de BCE". L’économiste craint que l’institution ne soit obligée de lancer un nouveau programme d’assouplissement quantitatif prochainement. "Si c’est effectivement le cas, cela créera un grand débat entre les pays du Nord et du Sud".

Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour l’heure, la BCE a décidé - comme prévu - de lancer une nouvelle vague d’opérations de refinancement ciblées à long terme (TLTRO) auprès des banques. Mario Draghi n’a toutefois pas encore donné tous les détails, annonçant juste que les prêts auront une maturité de deux ans (contre trois ans pour les précédentes) et qu’ils seront lancés par trimestre entre septembre et mars 2021. "Ces mesures ne sont pas, en tant que telles, une énorme surprise, mais le moment choisi l'est", observe Carsten Brzeski, économiste de la banque ING. Ce qui pourrait expliquer la réaction négative des marchés financiers. L’euro   est tombé à 1,1212 dollar (-0,84%), tandis que les principaux indices actions ont clôturé dans le rouge. Les valeurs cycliques ont été les plus malmenées, notamment le secteur automobile (-2,17%) et les bancaires (-1,88%). 

"En résumé, la stratégie actuelle de la BCE suit clairement l’idée ‘si vous ne pouvez pas la battre, essayez de l’éviter aussi longtemps que possible’, en espérant que la mesure d’aujourd’hui suffira à mettre un frein au ralentissement économique actuel", conclut Carsten Brzeski. "Toute étape supplémentaire pour faire face à un sérieux ralentissement nécessiterait des mesures sans précédent".

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