La BCE reste muette au sujet de la fin de son programme d'achats

©REUTERS

Les marchés ont à peine réagi aux propos du conseil des gouverneurs et du président Draghi. Les banquiers centraux gardent un œil sur les risques pesant sur le commerce international.

La Banque centrale européenne (BCE) prend acte du ralentissement de la croissance économique de la zone euro au premier trimestre mais ne voit aucune raison de modifier l’orientation de sa politique monétaire. Alors que certains investisseurs avaient espéré un ton un peu plus accommodant de l’institution européenne à cause des statistiques récentes traduisant la décélération de la croissance, la BCE a maintenu le cap jeudi, ce qui a provoqué une très légère tension des taux d’intérêt et une faible hausse de l’euro, des mouvements de peu d’ampleur qui ont vite été résorbés.

Peu après 14h30, à la lecture du communiqué résumant la position du conseil des gouverneurs, instance décisionnelle de la BCE, le marché s’est un peu animé: le taux du Bund à dix ans, référence de la zone euro, est passé de 0,61% à 0,62%, tandis que l’euro a grimpé à 1,22 dollar, contre 1,2170 dollar quelques minutes plus tôt. Mais ils ont tous deux battu en retraite ensuite. Autrement dit, la décision et les commentaires de la banque centrale n’ont eu quasiment aucun effet sur les marchés financiers.

Mario Draghi, le président de la BCE, a d’ailleurs rapidement mis un terme à toute spéculation concernant les attentes d’éléments nouveaux au sujet du rythme de normalisation attendue de sa politique. Au début de sa conférence de presse, il a signalé que le conseil des gouverneurs n’avait pas discuté de la politique monétaire en tant que telle.

"Prématuré d’en parler"

Pas question dès lors d’obtenir le moindre indice sur la manière dont se termineront les achats d’actifs, lesquels sont officiellement censés prendre fin en septembre alors que les économistes anticipent qu’ils seront réduits progressivement pour s’arrêter en décembre, sachant que les banquiers centraux ne sont pas favorables à une fin brutale de ces mesures non conventionnelles.

Prié de préciser si la BCE donnerait plus de détails à ce sujet à l’issue de sa prochaine réunion en juin, Mario Draghi a à nouveau esquivé: "Nous n’en avons pas discuté, il serait donc prématuré d’en dire quoi que ce soit."

"Les risques liés à l’international, incluant la menace d’un protectionnisme accru, sont plus importants."
Le conseil des gouverneurs de la BCE

L’institution gardienne de l’euro prend néanmoins acte des indicateurs conjoncturels plus faibles publiés ces derniers mois. "Après plusieurs trimestres de croissance plus élevée que prévu, les informations reçues depuis notre réunion de mars laissent entrevoir une certaine modération, tout en restant conformes à une croissance solide de l’économie de la zone euro", indique le conseil des gouverneurs qui reste confiant dans la perspective de voir l’inflation remonter vers son objectif de près de 2%.

Ce qui ne l’empêche pas de se préoccuper des causes de ce ralentissement: "Cette modération pourrait refléter en partie un ralentissement du rythme élevé de croissance observé à la fin de l’an dernier, tandis que des facteurs temporaires pourraient aussi avoir joué."

Mario Draghi précise ensuite que "dans certains pays, la météo a été plus rude, d’autres ont fait face à des grèves, ou encore les fêtes de Pâques plus tardives ont changé la donne".

Tout cela n’empêche pas la BCE de continuer à juger que les risques pour la croissance économique sont "globalement équilibrés". Elle a dès lors maintenu – cela va sans dire – ses taux directeurs et son programme d’achats inchangés.

Donc, rien de nouveau? Si, tout de même: l’institution basée à Francfort se préoccupe des conséquences de la montée sur protectionnisme. "Les risques liés aux facteurs internationaux, incluant la menace d’un protectionnisme accru, sont devenus plus importants", constate le conseil des gouverneurs. Et Mario Draghi d’insister: "Nous sommes préoccupés par ces évolutions, nous ne sommes pas indifférents." Mais il tempère immédiatement: "Tout cela intervient dans une économie qui reste en croissance."

Pas de quoi infléchir la position de la BCE. En saura-t-on plus à l’issue de sa réunion du 14 juin? C’est ce que pense l’économiste Carsten Brzeski: "Ne rien dire du tout comme cette fois-ci ne semble pas être une option pour le mois de juin…"


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