La BCE songe à imiter la Réserve fédérale américaine

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La présidente de la BCE a fait le point sur la revue stratégique en cours au sein de la Banque centrale ce mercredi. L'occasion de revenir sur l'objectif d'inflation qu'elle s'est fixée mais qu'elle ne parvient à atteindre depuis de nombreuses années.

L'idée d'un objectif d'inflation plus flexible fait son chemin au sein de la Banque centrale européenne (BCE). Pour la première fois, sa présidente, Christine Lagarde, a évoqué publiquement la possibilité de laisser filer l'inflation temporairement au-dessus de son objectif. De ce fait, elle s'alignerait avec la nouvelle stratégie de la Réserve fédérale américaine.

Rappelons que depuis 2003, l'institution de Francfort vise une inflation "inférieure mais proche de 2%". "Cette formulation était appropriée à un moment où la BCE cherchait à asseoir sa crédibilité et qu'une inflation trop élevée était sa principale préoccupation", a expliqué la grande argentière européenne lors d'une conférence intitulée "la BCE et ses observateurs" ce mercredi.

-0,4%
Une inflation toujours négative en Allemagne
Les prix à la consommation ont continué de reculer en Allemagne ce mois-ci, à -0,4% en glissement annuel après -0,1% en août.

Mais les temps ont changé. La zone euro fait aujourd'hui face à une inflation plus faible, voire négative dans certains pays. Selon les données préliminaires publiées mardi, les prix à la consommation ont continué de reculer en Allemagne ce mois-ci, à -0,4% en glissement annuel après -0,1% en août. Et ce, à un rythme plus rapide que ne l'anticipaient les économistes.

"De nombreux aspects de la récente baisse de l'inflation peuvent s'expliquer de manière rationnelle: réduction de la TVA, distanciation sociale, été dévastateur pour le tourisme dans de nombreux pays", note Carsten Brzeski, global head of macro chez ING Research. Il rappelle cependant que "la BCE ne réagit presque jamais aux évolutions réelles de l'inflation mais aux anticipations et prévisions d'inflation".

Un objectif "symétrique" et compréhensible

Justement, la revue stratégique de la BCE vise, entre autres, à vérifier la bonne compréhension de sa politique monétaire par tous les acteurs économiques. "Pour étayer les anticipations d'inflation, nous devons nous assurer que notre objectif est perçu comme symétrique. Nous devrions donc avoir un objectif d'inflation que le public puisse facilement comprendre", indique Christine Lagarde.

"Si elle est crédible, une telle stratégie peut renforcer la capacité de la politique monétaire à stabiliser l'économie face à la borne inférieure. En effet, la promesse d'un dépassement de l'inflation augmente les anticipations d'inflation et fait donc baisser les taux d'intérêt réels"
Christine Lagarde
Présidente de la BCE

Ces propos font écho aux récentes déclarations du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Il a appelé la BCE à reformuler son objectif d'inflation la semaine dernière. Selon lui, cet objectif est "symétrique", c'est-à-dire qu'il ne s'agit pas d'un plafond. La BCE pourrait donc tolérer un dépassement pendant un certain temps sans modifier sa politique monétaire.

"Si elle est crédible, une telle stratégie peut renforcer la capacité de la politique monétaire à stabiliser l'économie face à la borne inférieure. En effet, la promesse d'un dépassement de l'inflation augmente les anticipations d'inflation et fait donc baisser les taux d'intérêt réels", ajoute la présidente de la BCE.

Des voix discordantes

Cette volonté de revoir l'objectif d'inflation n'est pas au goût de tous les membres de la Banque centrale. Lors de la même conférence, le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, a exhorté ses collègues à faire preuve de prudence.

"Nous devons (...) être très attentifs à la manière dont nous interprétons notre mandat", a-t-il averti. "Plus nous interprétons notre mandat de manière large, plus grand est le risque de nous empêtrer dans le politique et de nous surcharger de trop de tâches."

Il fait partie de ceux qui craignent que les mesures non conventionnelles de la BCE ne brouillent la frontière entre politique monétaire et politique budgétaire. L'agence Reuters a d'ailleurs rapporté la semaine dernière que les tensions entre "faucons" et "colombes" ont monté d'un cran lors de la réunion de septembre. On en saura davantage lors de la publication des "minutes" le 8 octobre prochain.

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