La belge Combell passe la barre du milliard

Jonas Dhaenens de Combell ©jonas lampens

L’entrepreneur né Jonas Dhaenens s’apprête à engager son entreprise d’hébergement web Combell dans une nouvelle phase de développement en fusionnant avec le néerlandais TransIP.

En 1999, à 16 ans à peine, le Gantois Jonas Dhaenens (36 ans) avait flairé que les entreprises avaient besoin d’aide pour créer un site internet. Vingt ans et une mégafusion plus tard, il voit son entreprise Combell atteindre le cap du milliard de valorisation et s’attend à une nouvelle vague de consolidation. "C’est une technologie pas du tout sexy." Le (toujours) jeune entrepreneur le reconnaissait lui-même dans une interview accordée à notre rédaction en janvier dernier: fournir aux sites web une "adresse" (le nom de domaine), un "espace de stockage" (capacité du serveur) et une "boîte postale" (boîte à messages) n’a rien de très original. Mais Jonas Dhaenens vient pourtant de signer l’un des deals high-tech les plus en vue depuis le début de l’année.

"Nous voulons accroître notre part de marché dans les pays où nous sommes déjà actifs."
Jonas Dhaenens
CEO de Combell

Il fusionne son entreprise d’hébergement web Combell, qu’il a fondée en 1999, avec une firme néerlandaise de son secteur, TransIP. Jonas devient le CEO du groupe fusionné, qui s’appellera Team.blue. Patron il y a peu d’une entreprise affichant 100 millions d’euros de chiffre d’affaires et 800.000 clients, il prend la direction d’un groupe générant des ventes de 170 millions d’euros et comptant 1,2 million de clients.

Le groupe en profite pour se hisser dans le club très fermé des "licornes", ces entreprises privées affichant une telle croissance que leur valeur est estimée à plus de 1 milliard de dollars. La Belgique accueille ainsi, quelques mois après le gestionnaire de flux de données bruxellois Collibra, une deuxième licorne. Le secteur technologique belge en avait bien besoin. Ces dernières années, notre pays pouvait pâlir de jalousie au vu des succès néerlandais, tels que l’entreprise fintech Adyen, ou français, comme le gestionnaire de réseaux Sigfox. Une "technologie peu sexy" gagne ainsi sa place sous les projecteurs.

> Lire aussi | Le petit Belge qui a acheté autant de start-ups que... IBM (interview de Jonas Dhaenens en 2017)

Consolidation

Ce changement d’échelle annonce, selon Jonas Dhaenens, une nouvelle vague de consolidation dans le secteur de l’hébergement web. Combell joue déjà les premiers rôles en Europe. L’entreprise opère dans cinq pays (Belgique, Pays-Bas, Danemark, Suède et Suisse) et veut continuer à s’y développer. "Nous voulons accroître notre part de marché dans les pays où nous sommes déjà actifs. Une plateforme modulable, qui permet des innovations, nous y aidera", souligne Jonas Dhaenens.

©jonas lampens

Le parcours du nouveau CEO du groupe est parsemé de rachats d’entreprise. À quatorze ans, il imaginait le nom "Combell" pour sa ressemblance avec "Alcatel" et "Bell". Deux ans plus tard, il écrivait aux indépendants pour leur proposer d’héberger leur site web. Combell est devenue ainsi le leader de notre marché national: 71% des sites belges – dont ceux de KBC et d’Ikea – y sont hébergés. En 2014, Dhaenens a lancé l’expansion internationale. En quatre ans, son entreprise a effectué quelque 35 rachats.

Sept licornes en devenir

"Pour arriver à une meilleure estimation, il faut multiplier le chiffre d’affaires par un certain facteur, avance Jurgen Ingels, un pionnier de la high-tech. Si une entreprise tire le gros de son chiffre d’affaires de services récurrents, tels que des "software as a service", sa valeur est estimée à 6 à 8 fois ses ventes. Si ses rentrées sont uniques par nature (projets ou conseils), le multiple à appliquer n’est que de 1,5 ou 2."

Sur la base de ces multiples de valorisation, Jurgen Ingels arrive à sept scale-ups qui pourraient atteindre le statut de licorne à l’avenir: Unified Post (traitement de documents et facturation électronique), Itineris(automatisation et enregistrement des compteurs pour la facturation des compagnies d’utilité publique), Combell (service provider), Skyline Communications (logiciel de gestion pour les réseaux de communication), Lansweeper (logiciel d’analyse des réseaux informatiques), Voxbone (téléphonie internationale via internet), Showpad (logiciel de présentation pour équipes de vente).

"Mais elles sont beaucoup trop peu nombreuses. La Suède, un pays comptant autant d’habitants que la Belgique, en compte au moins 50. La plus grande entreprise de notre petite liste n’y atteindrait même pas le top 30."

Vingt ans après la naissance de Combell, son fondateur reste donc à la barre en qualité de CEO. Un fait rarissime dans le secteur technologique. Il le voit comme un atout pour la nouvelle entreprise fusionnée. "Notre marché est encore très fragmenté. Dans notre entreprise, les fondateurs sont toujours à la manœuvre. Nous pouvons garantir ainsi que nous ne rachetons pas des entreprises sans discernement. Nous pouvons donc convaincre les fondateurs des entreprises visées de les vendre à une entreprise, la nôtre, dirigée par ses fondateurs."

Pour la prochaine phase du développement de son entreprise, Jonas Dhaenens lie son sort à un autre entrepreneur internet très en vue aux Pays-Bas. Ali Niknam a créé TransIP, une société dont il reste l’actionnaire de contrôle après avoir quitté la direction opérationnelle. Au cours de ces dernières années, il s’est surtout consacré à la banque numérique Bunq. Il participe cependant au capital de Team.blue. Jonas Dhaenens, Ali Niknam et le fonds d’investissement HG Capital (qui est entré dans le capital en décembre dernier) possèdent ainsi chacun un tiers de la nouvelle licorne.

La structure du groupe fusionné a été choisie avec soin, soulignent Jonas Dhaenens et Ali Niknam. Si Team.blue désigne l’entreprise faîtière, la marque qui a fait ses preuves dans chaque pays est conservée. Le groupe cherchera cependant à créer des synergies ou à centraliser certains services. Aux Pays-Bas, TransIP cible davantage les entreprises technologiques. De son côté, Combell s’adresse plutôt aux PME en Belgique.

Des échanges d’expertise pourraient donc voir le jour. Team.blue va également mettre en place des "centres d’excellence". "L’objectif n’est pas de faire deux fois les mêmes choses, explique Jonas Dhaenens. Au sein du groupe, nous mettrons certains accents à certains endroits. Gand centralisera par exemple tout ce qui touche l’hébergement web. Et à Leiden, nous nous investirons davantage dans Stack, notre solution d’enregistrement des documents en ligne."

Une entreprise européenne

Le nouveau groupe affichera-t-il dès lors une répartition équilibrée des activités entre les deux pays? Jonas Dhaenens ne souhaite pas se prononcer à ce sujet. "Dans différents pays, une guerre des talents fait rage pour attirer les meilleurs profils technologiques. Je veux tout simplement attirer les personnes qualifiées." Peu importe qu’elles soient à Gand, à Leiden ou dans la ville danoise de Skandenborg, avance-t-il. "Nous sommes une entreprise européenne, pas belge, ni néerlandaise", complète Ali Niknam.

©jonas lampens

Jonas Dhaenens et Alie Niknam entrevoient déjà l’étape suivante. Le premier avait énuméré ses objectifs dans notre interview du mois de janvier: 2 millions de clients, un chiffre d’affaires en route vers le demi-milliard. Ensuite, peut-être mettre le cap sur la Chine ou les États-Unis. Dans cette optique, il est utile de se profiler comme une entreprise européenne et non pas comme une firme belge ou néerlandaise. Jonas Dhaenens tempère ces ambitions. "Nous procédons étape par étape." Mais la fougue de la licorne revient au galop. "Une entrée en Bourse? À court terme, ce n’est pas à l’ordre du jour. Mais, à long terme, nous n’excluons rien."

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