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La Belgique emprunte de l'argent gratuitement: qu'est-ce que cela signifie?

©© Jürgen Schwarz

Depuis mercredi, l’État belge peut emprunter de l’argent pour la première fois gratuitement sur une période de dix ans. Comment cela s’explique-t-il et quelles sont les conséquences ?

Mercredi matin, le rendement sur les obligations d’État belges d’une durée de dix ans est passé pour la première fois dans l’Histoire au-dessous de zéro, à -0,03 %. En clair, un investisseur qui achète à présent une telle obligation d’État paie davantage que le montant qu’il recevra au cours des dix prochaines années sous la forme d’intérêts et du remboursement du principal à l’échéance en 2029.

Pourquoi le taux à dix ans est-il devenu négatif ?

Le taux d’une obligation diminue lorsque son cours augmente sous l’effet d’une hausse de la demande pour un tel titre.

-0,03 %
Taux belge à dix ans
Le rendement des obligations d’État belges d’une durée de dix ans est passé pour la première fois au-dessous de zéro ce mercredi matin.

Ces dernières semaines, les taux d’intérêt à long terme ont fortement reculé après que la Banque centrale européenne (BCE) a laissé entendre à plusieurs reprises qu’elle prévoyait de nouvelles mesures d’assouplissement monétaire. Le président de la BCE, Mario Draghi, et plusieurs de ses dirigeants ont déclaré en effet qu’ils envisageaient de continuer à réduire le taux directeur de la zone euro et/ou de relancer leur programme de rachat d’obligations. L’autorité monétaire entend ainsi booster une inflation trop basse dans la zone euro.

Le taux de dépôt de la BCE est fixé actuellement à -0,4%. Autrement dit, les banques qui y " parquent " leur argent ne reçoivent plus de rémunération à cet effet, mais, au contraire, doivent payer un intérêt à la BCE. Une diminution de ce taux de dépôt pousserait à la baisse les taux d’intérêt à court terme et, en principe également, les taux à long terme.

Les achats d’obligations par la BCE dopent ainsi à nouveau les cours obligataires et compriment donc les taux d’intérêt à long terme. De 2014 à 2018, la banque centrale a racheté pour près de 2 600 milliards d’euros d’obligation d’États et d’autres titres de dette.

Des taux négatifs s’observent-ils également pour d’autres États ?

La liste des pays européens qui peuvent emprunter en bénéficiant de taux négatifs ne cesse de s’allonger. La Suisse détient la palme du taux le plus favorable (-0,6 %). Mais l’Allemagne, les Pays-Bas et la France peuvent compter également sur des taux à dix ans sous zéro. Hors Europe, le Japon est le principal pays où le taux à dix ans est négatif.

-0,4%
Taux de la facilité de dépôt de la BCE
Le taux de dépôt de la BCE est fixé actuellement à -0,4%. Les banques qui y placent leur argent ne reçoivent plus de rémunération mais, au contraire, doivent payer un intérêt.

En Italie et aux États-Unis, en revanche, les taux d’intérêt à long terme évoluent toujours en territoire largement positif. Les investisseurs exigent un taux supérieur pour acheter des obligations d’État  italiennes parce que ce pays semble vouloir s’affranchir des règles budgétaires européennes et laisser filer son endettement déjà très élevé. Du côté américain, la hauteur des taux d’intérêt traduit la politique monétaire plus restrictive de la banque centrale (Fed). Le taux directeur de cette dernière est de 2,25 à 2,5%.

Quel bénéfice nos finances publiques peuvent-elles en retirer ?

La baisse des taux à long terme n’a pas d’incidence immédiate pour le Trésor. Nos finances publiques n’en profiteront que lorsque l’État empruntera de l’argent en émettant de nouvelles obligations d’État. La prochaine émission d’obligations d’État est prévue le 22 juillet.

Mais, grâce à la chute des taux à court et à long terme au cours des dernières années, l’État a déjà réduit fortement le "service de la dette". En 2018, les charges d’intérêts de tous les pouvoirs publics belges n’étaient plus que de 10,2 milliards d’euros (contre 14 milliards dix ans plus tôt) alors que la dette publique est passée, au cours de la même période, de 328 à 460 milliards d’euros.

L’État fédéral profitera encore pendant de nombreuses années de la faiblesse des taux d’intérêt. Il a allongé la durée de sa dette à près de 10 ans et a donc " cliqué " le taux faible pour une longue période. Plus longue est la durée de la dette, moins élevés sont les capitaux que l’État doit emprunter chaque année et plus faible est son exposition à une remontée des taux.

Les taux des crédits hypothécaires vont-ils baisser également ?

10,2 milliards €
Charges d'intérêts
En 2018, les charges d’intérêts de tous les pouvoirs publics belges n’étaient plus que de 10,2 milliards d’euros, contre 14 milliards dix ans plus tôt.

Normalement, les taux à dix ans négatifs vont continuer à peser sur les taux des crédits hypothécaires de même durée. Mais une baisse des taux du marché ne conduit pas nécessairement à un recul de même ampleur des taux des crédits logements. La Banque Nationale estime d’ailleurs que les marges bénéficiaires des banques belges dans cette activité sont déjà trop faibles. Elle leur a demandé de les augmenter.

Quelles sont les conséquences pour les épargnants ?

Il est vraisemblable que la baisse des taux d’intérêt à long terme réduise encore la rémunération des bons de caisse et des comptes à terme à longue échéance ainsi que des assurances-épargne de la branche 23.

Les taux à 10 ans négatifs n’ont pas, ou peu, d’influence sur le taux des livrets d’épargne, qui est déterminé principalement par les taux à court et moyen terme. Dans de nombreux cas, le taux offert par les banques est d’ailleurs déjà tombé au minimum légal de 0,11%. Mais une nouvelle réduction des taux de la BCE pourrait inciter les banques qui offrent encore davantage que le minimum légal à s’aligner sur ce plancher.

Les taux d’intérêt à long terme vont-ils encore baisser ?

Difficile à prévoir. Depuis de nombreuses années, les spécialistes des obligations prédisent une remontée des taux à long terme. Qui ne s’est pas produite jusqu’à présent ; la banque d’affaires américaine Morgan Stanley voit le taux belge à dix ans remonter à 0,25% à la fin de 2019 et à 0,35% à la mi-2020.

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