La Bourse bruxelloise perd de son éclat

La Bourse de Bruxelles présente un paradoxe. Si sa capitalisation boursière est vingt fois plus élevée qu'il y a trente ans, le nombre de sociétés cotées a en revanche chuté de 25% sur la même période. Et depuis les années 70, la cote bruxelloise ne compte plus que la moitié de ses locataires. Plusieurs phénomènes ont joué, à commencer par les vagues de rachat par des sociétés étrangères, françaises en tête. Les conditions de marché aléatoires ont en outre découragé des opérations importantes.

Au fil du temps, la cote bruxelloise a subi deux évolutions paradoxales. D'un côté, la taille de celle-ci n'a jamais été aussi grande, même après le passage de plusieurs crises. La capitalisation boursière de l'ensemble des valeurs cotées à Bruxelles a été multipliée par 20 entre 1981 et maintenant. D'un autre côté, le nombre de sociétés présentes sur la place bruxelloise n'a cessé de diminuer. Depuis 1981, il a chuté de 25%. Une césure profonde s'est en outre établie entre les valeurs stars du Bel20, et les autres.

La cote belge redevient à nouveau maigrichonne

La cote belge est peu fournie, mais elle a déjà connu pire, en 1997. Elle compte actuellement 163 valeurs. Avec le retrait susceptible d'Unibra, elle en comptera encore moins. Toutefois, Polygone viendra grossir ses maigres rangs dès vendredi. La société fera ses débuts sur Alternext, le segment dédié aux petites et moyennes entreprises (au côté du Marché Libre). La cote belge est parallèlement confrontée à un autre problème. Dans les années 90, elle comptait des vedettes nationales telles que PetroFina, Générale de Banque, Tractebel, Royale Belge,…Cette perte de vedettes s'est avérée l'épreuve la plus difficile pour la Bourse de Bruxelles, estime un de ses anciens présidents, Jean Peterbroeck.

Deux fois moins de sociétés cotées en 40 ans

Si certaines ont retrouvé le chemin de la place bruxelloise sous une nouvelle bannière, d'autres ont disparu pour de bon.

Signalons d'ailleurs que depuis la création du Bel20 en janvier 1991, seules sept sociétés (Delhaize, Solvay, GBL, Bekaert, Umicore, KBC, Fortis) en sont restées de fidèles locataires.

Comment expliquer l'évolution, les grands mouvements?

Derrière la fonte de la cote bruxelloise, on retrouve plusieurs phénomènes. Tout d'abord, bon nombre de locataires ont été rachetés par des firmes étrangères, parfois par vagues successives. On citera l'exemple de Cockerill Sambre, racheté par Usinor en 1998, devenu groupe Arcelor en 2001, puis ArcelorMittal en 2006. La nouvelle entité est cotée à Amsterdam et Paris, mais plus à Bruxelles. Un autre exemple est celui de PetroFina, vedette du Bel20 en 1991, rachetée par le groupe français Total.

Un autre phénomène a joué: l'évolution de la réglementation. Comme le rappelle Vincent Van Dessel, président de la Bourse de Bruxelles, entre 1972 et maintenant, les règles ont fortement évolué. "Sur les marchés réglementés, l'harmonisation européenne a induit une couche de plus en plus épaisse de règles. Mais ceci a été compensé par la création de marchés non réglementés comme le Marché Libre et Alternext" explique-t-il. Sans la création de ces deux marchés, la Bourse de Bruxelles serait encore plus étriquée, souligne-t-il.

En revanche, la cote bruxelloise a moins pâti de faillites. Citons tout de même le cas de s Forges de Clabecq, de Credicom, Chanic, Franki ou Uniwear. De l'avis de Vincent Van Dessel, les rachats de sociétés représentent la cause principale de son évolution.

Pourquoi ne voit-on pas arriver la relève?

Ce phénomène ne touche pas que la Bourse de Bruxelles. Selon plusieurs études, le nombre d'entrées en Bourse dans les pays occidentaux a chuté à un plus bas de cinq ans. Le contexte de marché joue évidemment un rôle dans ce désamour pour la Bourse. Mais pas seulement. "Toute cotation amène des avantages et des inconvénients. Chaque société doit évaluer si ses inconvénients, comme l'obligation de transparence, est plus élevée que ses avantages. Ceci peut évoluer dans le temps. Une société qui avait intérêt à être cotée il y a dix ans peut avoir changé d'avis", souligne Van Dessel.

Celui-ci avait annoncé une dizaine d'offres publiques initiales dans le pipeline pour 2010. Mais l'opération avortée de Taminco a refroidi les ardeurs. Depuis lors, seul Alternext attire encore les foules. Pour les grandes opérations, il faudra attendre qu'une entreprise d'envergure se jette à l'eau. Alors, le marché des IPO repartirait, selon Van Dessel.

Lire notre dossier complet dans "L'Echo" de ce jeudi 9 septembre

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