La Bourse de New York tient à son parquet

Le parquet de la Bourse de New York est désormais ouvert après deux mois de fermeture. ©REUTERS

Quelques 20% des transactions en cash sur les actions américaines sont encore traités sur le parquet.

Parmi les Bourses mondiales qui ont décidé de garder coûte que coûte leur parquet, le New York Stock Exchange est sans doute la plus emblématique d’entre elles. Les images des traders sur le parquet du Big Board sont régulièrement reprises dans les médias, au point que certains d’entre eux, comme Peter Tuchman de la firme Quattro Securities, sont devenus célèbres. Avec sa coupe à la Einstein, celui-ci ne passe pas inaperçu. Les lumières se sont arrêtées sur lui. Il a été affecté par le Covid-19, comme d’autres traders du parquet, ce qui a poussé la Bourse de New York à fermer les lieux durant deux mois à partir du 23 mars de cette année. Mais Peter Tuchman est désormais guéri et arpente de nouveau le parquet. La Bourse de New York n’avait plus fermé son parquet aussi longtemps depuis juillet 1914. Elle avait été fermée au début de la première guerre mondiale pour rouvrir en novembre de la même année, afin de permettre la vente des Bons du Trésor pour financer la guerre.

Une longue histoire

Le parquet de la Bourse de New York a été créé le 22 avril 1903 pour offrir un lieu aux échanges entre les agents de change qui se tenaient jusque-là dans la rue. Les échanges étaient alors organisés à la criée, où les prix des actions s’affichaient sur un tableau noir à l’aide d’une craie. Ce système va évoluer dans le temps avec l’évolution des moyens de communication. 

"Le NYSE montre la valeur ajoutée de l’intervention humaine. Les gros ordres ne se traitent pas électroniquement."
Georges Ugeux
Ancien vice-président de la Bourse de New York

Le modèle du New York Stock Exchange évolue lui aussi en raison de la concurrence des autres Bourses américaines. La naissance en 1971 du Nasdaq et puis l’avènement des Electronic Communication Networks, des systèmes de négociation des ordres de Bourse entièrement électroniques, vont pousser la Bourse de New York à migrer une portion de plus en plus importante de ses transactions vers l’électronique. Mais elle ne sacrifie pas son parquet. Sous l’impact de la montée en puissance des ordinateurs dans les salles de marché à partir des années 80 et de l’évolution technologique des acteurs de marché, le modèle de marché à la criée devient obsolète pour les autres Bourses dans le monde.

"La Bourse de New York est passée de quatre grands parquets à un seul, alors que les écrans ont été agrandis pour montrer trois à quatre fois plus d’actions."
Georges Ugeux

A l’heure actuelle, environ 18 % des transactions en cash sur le New York Stock Exchange sont traitées par les traders sur le parquet. La grande majorité de celle-ci se déroule désormais dans le centre de données qui appartient à son propriétaire, l’Intercontinental Exchange, et situé à Mahwah, dans le New Jersey. "La Bourse de New York est passée de quatre grands parquets à un seul, alors que les écrans ont été agrandis pour montrer trois à quatre fois plus d’actions ", indique Georges Ugeux, ancien président de la Bourse de New York.

L’Intercontinental Exchange, le plus grand marché mondial de l’énergie, et entièrement électronique, a racheté le New York Stock Exchange en décembre 2012. Le nouveau propriétaire scinde le groupe composé alors des Bourses de New York, Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne et le marché de dérivés londonien Liffe. Il garde en son sein le New York Stock Exchange et le Liffe, et se sépare des Bourses du groupe Euronext. Mais il ne touche pas au parquet de la Bourse de New York. Jeffrey Sprecher, le président de l’Intercontinental Exchange, a récemment expliqué que la présence des traders sur le parquet contribue à des prix plus efficients sur les marchés, en particulier durant les enchères juste avant la clôture. " Le NYSE montre la valeur ajoutée de l’intervention humaine. Les gros ordres ne se traitent pas électroniquement. Par exemple, si Fidelity veut acheter 10 millions de titres IBM, il va éviter de le déclarer pour empêcher le cours de bouger de plusieurs dollars. Sa salle de marchés est en contact avec le teneur de marché sur le parquet qui sait plus que ce qui se trouve sur les écrans électroniques. Il va calibrer l’ordre entre l’électronique et le manuel " relève Georges Ugeux.

Plus de parquets?

Alors que la majorité des Bourses mondiales ne disposent plus d'un parquet, Georges Ugeux estime que la tendance pourrait s'inverser. "On se rend compte que le facteur humain reste important" souligne-t-il. "On pourrait assister à un rééquilibrage entre les transactions électroniques et celles sur le parquet. Les opérateurs de marché considèrent qu'ils ont besoin des deux" ajoute-t-il. "Le tout électronique a montré ses limites" conclut-il.

Une très chère image

La Bourse de New York tient aussi à l’image véhiculée par son parquet et l’animation provoquée par les traders. Chaque nouvelle introduction en Bourse est dûment célébrée avec la cérémonie de la cloche. Certaines célébrités sont aussi invitées à sonner la cloche pour marquer la fin des échanges sur les marchés américains. Mais actuellement, en raison des mesures de restriction adoptée par le New York Stock Exchange depuis la réouverture du parquet le 26 mai dernier, les invités ne sont plus permis. Les firmes de courtage présentes sur le parquet ont également dû limiter le nombre de leurs employés présents, afin de permettre une distanciation sociale. Seul un quart des 500 opérateurs présents avant le début de la crise de Covid-19 est autorisé à travailler sur place.

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