analyse

La bourse est-elle en train de s'emballer?

©REUTERS

Tandis que le climat boursier se montre erratique, les bourses se remettent de leur blues hivernal. Le Bel 20 a même flirté avec son plus haut niveau depuis 2007. Les investisseurs ne sont-ils pas en train de s’emballer?

Une reprise exceptionnelle. C’est le moins que l’on puisse dire de la forte hausse enregistrée par les marchés d’actions au cours de la semaine écoulée. Depuis la chute due à la crise du coronavirus, la plupart des bourses ont rattrapé leur retard. C’est un signe évident que les investisseurs ne s’attendent pas à un impact négatif de l’épidémie sur l’économie mondiale.

Je constate une euphorie généralisée sur les marchés d’actions. Tesla smiles like 1999.
Werner Wuyts
Stratège en chef de la banque privée Dierickx Leys

"Les résultats des entreprises sont encourageants, mais nous ne savons pas si le coronavirus est sous contrôle", prévient Werner Wuyts, stratégiste en chef de la banque privée Dierickx Leys. "De plus, je constate une euphorie généralisée sur les marchés d’actions. Tesla smiles like 1999." Notre expert fait ici allusion à la bulle spéculative qui a ravagé les actions technologiques américaines en 1999. Depuis le milieu de l’an dernier, le cours de Tesla est passé de 200 dollars à un pic de 969 dollars mardi dernier.

"Surchauffe"

Même son de cloche chez Danny Van Quaethem, analyste auprès du gestionnaire de patrimoine Econopolis: "Certaines parties du marché d’actions sont en surchauffe. Je vois de l’exubérance, pockets of froth." "Froth" (mousse) est le mot utilisé en 2005 par Alan Greenspan, ancien président de la banque centrale américaine, pour décrire les prix élevés sur le marché de l’immobilier résidentiel. Quelques années plus tard, l’effondrement des prix de l'immobilier aux États-Unis a provoqué une crise bancaire mondiale et une grave récession.

Si les bourses montent encore de 10%, nous pourrons parler d’exagération.
Erik Joly
Economiste en chef d’ABN Amro

Une autre action technologique sur laquelle les investisseurs se sont rués est Melexis. Van Quaethem: "Mercredi, Melexis a fortement augmenté, même si les résultats n’étaient pas extraordinaires et les perspectives simplement conformes aux attentes. Mais il existe une grande différence entre les actions technologiques et le marché en général."

De son côté, Erik Joly, économiste en chef d’ABN Amro, souligne qu’il est important de faire cette distinction. "Avec un ratio cours/bénéfice de près 100, le cours de Tesla est clairement surévalué. Mais je ne constate pas d’exagération généralisée. Les bourses sont surtout soutenues par les taux bas et ont donc plus rapidement digéré le coronavirus que le SRAS en 2003. Si les bourses montent encore de 10%, nous pourrons parler d’exagération."

Le coronavirus n'inquiète plus

Les marchés d’actions ne semblent donc plus se soucier du coronavirus. Après la hausse de cette semaine, elles flirtent avec leurs niveaux record. Cette remontée est-elle exagérée et les investisseurs doivent-ils ajuster leur portefeuille?

Les bourses rebondissent très vite parce que de nombreux investisseurs considèrent chaque baisse comme une opportunité d’achat.
Philippe Gijsels
Stratège en chef chez BNP Paribas Fortis

Jérôme van der Bruggen, responsable de la stratégie d’investissement chez Degroof Petercam, estime que la remontée des bourses s’explique par les nouvelles encourageantes concernant le coronavirus. "Le nombre de personnes infectées en dehors de la Chine reste limité, même si le nombre de malades continue à augmenter de manière exponentielle en Chine. De plus, Foxconn, un important fournisseur d’Apple, devrait relancer sa production dès lundi. D’autres entreprises devraient lui emboîter le pas."

D’après le stratégiste, cela démontre que l’épidémie et ses conséquences économiques pourraient rester limitées à la Chine. Les économistes s’attendent à un recul au cours du premier trimestre, mais uniquement en Chine et dans quelques pays voisins. Les conséquences négatives devraient rester très limitées en Europe et aux États-Unis.

"Les actions sont très intéressantes"

"Les bourses rebondissent très vite parce que de nombreux investisseurs considèrent chaque baisse comme une opportunité d’achat", estime Philippe Gijsels, stratégiste en chef chez BNP Paribas Fortis. "Si tout le monde suit le même raisonnement, le marché baissera à peine. Les mesures de soutien décidées par la Chine et la décision de Pékin de réduire les taxes d’importation sur certains produits américains ont certainement aidé."

+385%
En quelques mois, l'action Tesla a flambé
Depuis le milieu de l’an dernier, le cours de Tesla est passé de 200 dollars à un pic de 969 dollars mardi dernier.

Cette semaine, la banque centrale chinoise a injecté des centaines de milliards d’euros dans le système financier pour soutenir la croissance économique. Selon les chaînes de télévision nationales, le gouvernement compte également réduire la TVA et soutenir les banques pour stimuler l’octroi de crédits. La réduction des taxes d’importation chinoises sur certains produits américains confirme l’amélioration des relations commerciales entre les deux plus grandes économies au monde.

"Il y a beaucoup d’argent qui attend son heure", poursuit Gijsels. "Tout le monde est prêt à acheter des actions à la moindre baisse des cours. Les actions sont très intéressantes si on les compare au rendement très faible des obligations." Le sondage mensuel diligenté par Bank of America confirme que de nombreux investisseurs institutionnels disposent d’importantes positions en cash.

Deux risques

Gijsels voit cependant deux risques liés aux marchés d’actions. "Le premier risque est celui d’une récession, mais nous ne nous y attendons pas. Le deuxième risque, c’est la hausse possible des taux, mais ce scénario est peu probable." L’inflation est inférieure à l’objectif des banques centrales, tant dans la zone euro qu’aux États-Unis. C’est pourquoi on s’attend plutôt à une baisse qu’à une hausse des taux par la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine.

La réaction négative initiale des bourses au coronavirus était exagérée.
Marc Leyder
Responsable de la stratégie d’investissement de la banque privée Van Lanschot

Mercredi, la célèbre banque américaine JPMorgan a quelque peu modifié sa stratégie d’investissement. Elle a légèrement diminué la pondération des actions pour réduire le profil de risque de ses portefeuilles d’investissement. Mais la banque investit encore en bourse une part plus importante de ses portefeuilles que la "normale". Le poids des obligations d’entreprises a légèrement augmenté.

Les banques belges que nous avons contactées indiquent ne pas avoir l’intention de modifier leur stratégie d’investissement. "La réaction négative initiale des bourses au coronavirus était exagérée", estime Marc Leyder, responsable de la stratégie d’investissement de la banque privée Van Lanschot.

Tout comme JPMorgan, BNP Paribas Fortis investit un peu plus en actions qu’elle ne le fait habituellement. "Compte tenu des taux très bas, la valorisation des actions est raisonnable", ajoute Gijsels. "Si un investisseur achète une action dont le rendement du dividende est de 3% et la conserve pendant un an, il faudra que cette action recule fortement pour être moins rentable que la même somme placée sur un compte d’épargne, qui ne rapporte rien. Nous sommes donc prêts à renforcer nos positions en actions si les cours baissent."

"Plus de cash que d'idées"

Les autres institutions financières se montraient déjà un peu plus prudentes avant l’éclatement de la crise du coronavirus. Degroof Petercam, ABN Amro et Van Lanschot continuent à investir en actions une part "normale" de leurs portefeuilles d’investissement. "Les analystes s’attendent à une hausse de 9% des bénéfices des entreprises en 2020, après une croissance nulle en 2019", explique Van der Bruggen. "Je considère le pronostic de 9% comme plutôt optimiste, mais nous pouvons malgré tout nous attendre à une hausse appréciable des bénéfices des entreprises."

ABN Amro ne cache pas sa préférence pour les actions américaines. Joly: "L’économie américaine croît plus vite que l’économie européenne. Nous trouvons les secteurs technologique et pharmaceutique relativement intéressants. En cas de correction, ces secteurs devraient bien résister." Leyder quant à lui considère les actions pharmaceutiques et les holdings comme assez attrayants.

"J’ai plus de cash que d’idées", confie Van Quaethem, qui gère un fonds d’actions belges chez Econopolis. "Notre fonds dispose d’une trésorerie relativement importante vu qu’on ne trouve pas beaucoup d’actions dignes d’achat en Bourse de Bruxelles."

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