La chute boursière pourrait accentuer l'impact du coronavirus

En Bourse de Francfort comme ailleurs en Europe, les actions ont continué à plonger vendredi. ©Boris Roessler/dpa

Les actions ont à nouveau mordu la poussière ce vendredi, ce qui conclut la pire semaine boursière depuis la crise financière. Gare à la prophétie autoréalisatrice, avertit Bernard Keppenne (CBC).

Sauve-qui-peut sur les marchés. Vendredi, les actions ont continué à dégringoler dans la crainte des conséquences économiques de l'épidémie de Covid-19, ce qui a provoqué des chutes de 3% à 4% des principaux indices boursiers.

Le Stoxx 600  représentatif des plus grandes capitalisations européennes a chuté de 3,54%. L'EuroStoxx 50  des sociétés les mieux capitalisées de la zone euro a dévissé de 3,66%. En Bourse de Bruxelles, le Bel 20  s'est recroquevillé de 4,15%. Les valeurs refuges telles que les obligations allemandes (Bund) ont progressé.

Le coronavirus aura un impact sur l'économie mais personne n'est capable de le chiffrer. On est plutôt dans une prophétie autoréalisatrice.
Bernard Keppenne
Chef économiste de CBC

La tendance extrêmement négative qui prévaut sur les marchés depuis lundi — à l'exception d'une brève et faible accalmie mercredi — conduit même les indices boursiers à afficher leur pire bilan hebdomadaire depuis la crise bancaire de l'automne 2008. Cette semaine désastreuse plombe évidemment le bilan boursier de février qui est le pire mois recensé sur les marchés européens depuis l'été 2011, lors de la crise de la dette grecque.

Réaction "irrationnelle"

C'est la peur des effets du Covid-19 sur l'économie en général et sur les affaires des sociétés cotées en particulier qui a conduit beaucoup d'investisseurs à vendre des actions.

Si la bourse subit un choc, cela peut peser sur la confiance des entrepreneurs et des consommateurs.
Peter Vanden Houte
Chef économiste d'ING Belgique

Cette réaction est "irrationnelle", juge Bernard Keppenne, chef économiste de la banque CBC. "Le coronavirus aura un impact sur l'économie mais personne n'est capable de le chiffrer. On est plutôt dans une prophétie autoréalisatrice", c'est-à-dire un phénomène en vertu duquel la crainte d'un événement provoque des réactions qui précipitent l'événement redouté.

"Effet psychologique"

©mediafin

Les investisseurs "se disent que le virus aura un impact négatif, ce qui provoque une correction telle sur les marchés boursiers qu'on observera finalement des effets négatifs", précise M. Keppenne. La glissade des actions peut avoir "un effet psychologique susceptible d'affecter l'économie", confirme Peter Vanden Houte, chef économiste d'ING Belgique. "Si la Bourse subit un choc, cela peut peser sur la confiance des entrepreneurs et des consommateurs."

Mais "tant que le consommateur américain n'est pas touché, on ne risque pas de récession aux États-Unis", estime Bernard Keppenne. "Aujourd'hui, ce n'est pas le cas mais on a le sentiment que les marchés s'attendent au pire. Cela me semble totalement irrationnel. Cela dit, on partait de niveaux tellement élevés (des indices boursiers, NDLR) que la correction actuelle provoque des prises de bénéfices qui amplifient le mouvement. Mais à l'analyse, toute une série d'actions n'a aucune raison de se retrouver en correction."

Baisse de taux "quasi certaine"

La chute boursière de cette semaine fait penser à celles qu'on a connues lors de la crise financière. Si le coronavirus débouchait sur une récession, pourrait-elle être de la même ampleur? "Il y a vraiment une différence fondamentale avec la crise de 2008-2009", souligne Bernard Keppenne. "À l'époque, c'était une crise systémique de la finance. Ici, on serait dans un scénario de ralentissement global de l'économie, avec un impact beaucoup plus immédiat et efficace des politiques monétaires (interventions des banques centrales, NDLR) et budgétaires (soutien des États, NDLR)."

Une "crise coronavirus" serait donc "beaucoup plus courte", estime l'économiste, avec "une reprise en forme de V plausible", selon lui. "Car aujourd'hui, il est quasiment certain que les banques centrales baisseront leurs taux", précise-t-il. "Hormis la Banque centrale européenne, toutes ont une marge de manœuvre, en Amérique comme en Asie."

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