La contamination des taux négatifs

©Arne Dedert/dpa

Les nouvelles interventions qu'envisage la BCE ont fait reculer les taux d'intérêt en dessous de zéro dans plusieurs pays, y compris hors de la zone euro. Explication.

Avant même d'être assouplie officiellement, la politique monétaire de la zone euro provoque déjà une chute des taux d'intérêt, y compris chez nos voisins suisses. Lors de sa réunion du 25 juillet dernier, la Banque centrale européenne (BCE) a ouvert la porte à une baisse du taux d'intérêt de sa facilité de dépôt en septembre. Actuellement, ce taux est déjà négatif, à -0,4%, mais il pourrait donc le devenir davantage.

De plus, la BCE a fait savoir qu'elle envisageait aussi de relancer son programme d'achats d'obligations. Ces acquisitions sur le marché obligataire provoquent une hausse des cours des titres de dette cotés et, de manière mécanique, une baisse de leurs taux d'intérêt, parce que le coupon devient plus faible en proportion de la valeur de l'obligation.

De la zone euro à la Suisse

-0,75%
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La Banque nationale suisse (BNS) applique un taux d'intérêt de -0,75% sur les avoirs à vue des banques commerciales.

Depuis le début de cette année, les taux d'intérêt des obligations des pays de la zone euro sont en baisse, certains étant même passés sous le seuil de 0%, parce que la probabilité d'une intervention de la BCE sur le marché de la dette a augmenté à mesure que les perspectives économiques se sont dégradées. Les investisseurs du marché obligataire cherchent toujours à anticiper les mouvements des taux.

L'influence de la BCE a dépassé les frontières de la zone euro. En Suisse, les taux d'intérêt des obligations ont suivi la même tendance baissière, au point que même les titres de dette suisses à 30 ans sont désormais assortis de taux négatifs. Pourtant, lors de sa dernière réunion, la Banque nationale suisse (BNS) n'a pas modifié sa stratégie. Le taux appliqué aux avoirs à vue des banques suisses reste à -0,75%.

Aussi sur les (gros) comptes bancaires

Comment, dès lors, expliquer la baisse des taux suisses? Par la tendance des investisseurs à anticiper: la BNS ne pourra vraisemblablement pas rester sans réaction si la BCE intervient comme elle l'a annoncé. Il se peut même qu'elle soit déjà passée à l'action... Sur le marché des changes, la baisse des taux qui se précise en zone euro a provoqué une hausse du franc suisse face à l'euro, ce qui ne plaît pas à la banque centrale suisse. Or, fin juillet, des observateurs du marché des changes ont remarqué des mouvements de la devise helvétique qui laissent penser que la BNS est intervenue en vue d'affaiblir le franc.

Les investisseurs du marché obligataire se sont donc adaptés à cette nouvelle donne monétaire, ce qui a pesé sur les taux suisses.

La contamination des taux négatifs n'est pas seulement géographique: elle traverse aussi les frontières poreuses des différents marchés financiers. Alors que les taux inférieurs à zéro se cantonnaient auparavant au marché de la dette, ils se retrouvent désormais dans les tarifs que certaines banques appliquent à leurs (grands) clients. Sur des dépôts d'un montant très élevé, des taux négatifs sont comptabilisés. Cette politique des banques commerciales s'applique dans plusieurs pays, y compris la Suisse et... la Belgique.

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