La crise du coronavirus chinois contamine les marchés

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Les investisseurs ont vivement réagi à l’annonce de plusieurs morts en Chine à cause d’un virus semblable au Sras. Les mauvais souvenirs de 2003 refont surface.

Une pandémie. Les investisseurs semblent s’attendre au pire après l’apparition en Chine d’un coronavirus de type inconnu qui a déjà causé plusieurs décès (voir encadré). En témoigne la réaction des actions asiatiques ce mardi, qui ont signé leur plus forte baisse depuis août dernier: l’indice Hang Seng de la Bourse de Hong Kong a lâché 2,8%, tandis que l’indice CSI 300 – qui regroupe les plus grandes capitalisations des Bourses de Shanghai et de Shenzhen – a reculé de 1,7%.

"La plupart des gens ne disposent que d’informations très limitées sur ce virus, et il est trop tôt pour dire à quel point il est grave. Il est donc logique que les investisseurs soient sur la défensive en ce moment", souligne Chi Man Wong, analyste chez China Galaxy International Financial Holdings.

Sur le marché des devises, le yuan a perdu 0,48% face au dollar et 0,65% par rapport au yen.

Back to 2003?

La réaction des investisseurs est d’autant plus épidermique aujourd’hui que la situation leur rappelle de mauvais souvenirs. Entre novembre 2002 et août 2003, une épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) s’est répandue à travers l’Asie du sud-est. La Chine, Hong Kong, Taïwan, Singapour mais également le Canada sont durement touchés. Quelque 8.000 personnes, issues d’une trentaine de pays, sont infectées, causant la mort de près de 800 d’entre elles.

L’impact économique est important car la population hésite à sortir de chez elle durant la crise sanitaire.

L’impact économique est également important car la population hésite à sortir de chez elle durant la crise sanitaire. Et des secteurs comme le tourisme, le transport et la distribution en souffrent particulièrement. Les marchés financiers s’inquiètent: le CSI 300 et le Hang Seng perdent environ 10% en quelques mois. Selon le Bureau national des statistiques de Chine, l’épidémie aura finalement coûté 0,8 point de pourcentage au PIB chinois en 2003. Bloomberg cite également une étude de 2003 qui évalue à environ 40 milliards de dollars l’impact économique au niveau mondial.

Rat échaudé…

Ce qui préoccupe les investisseurs aujourd’hui, c’est l’approche à grands pas du Nouvel An chinois. Les festivités commenceront ce vendredi 24 janvier pour se clôturer le jeudi suivant. Et qui sait comment réagiront les consommateurs face à cette nouvelle épidémie. Vont-ils, comme en 2003, être réticents à se déplacer pour les repas de famille?

"Nous ne savons comment le virus va se développer en Chine durant les vacances", s’inquiète Jackson Wong, responsable de la gestion d’actifs chez Amber Hill Capital. C’est pourquoi il a augmenté sa part de liquidités et conseille d’éviter notamment les actions liées au secteur du tourisme. Des titres comme China Eastern Airlines et China Southern Airlines ont d’ailleurs été particulièrement malmenés, avec une chute d’environ 10% ces deux derniers jours.

Ces craintes sur la consommation locale ont également touché des acteurs internationaux qui réalisent une partie de leur chiffre d’affaires en Chine. À commencer par le secteur du luxe comme LVMH (-1,12%), Kering (-2,07%), Richemont (-1,87%) et Burberry (-0,61%). Selon JP Morgan, toute entrave au tourisme à cause de cette épidémie pourrait être un risque important pour ce secteur. Les compagnies aériennes internationales comme Lufthansa (-3,38%) et IAG (-2,95%) sont aussi concernées.

"Une opportunité d’achat"

"Les investisseurs ont tendance à réagir de manière excessive."
Chen Shi
Gestionnaire de fonds chez Shanghai Jade Stone Investment Management

Certains observateurs estiment cependant que la chute des marchés asiatiques est plutôt liée à leur important rebond depuis fin novembre. "Les investisseurs ont tendance à réagir de manière excessive", explique Chen Shi, un gestionnaire de fonds chez Shanghai Jade Stone Investment Management, qui y voit une opportunité d’achat.

Rappelons que si les marchés ont réagi négativement début 2003 à la crise sanitaire de l’époque, ils ont progressivement effacé leurs pertes à partir d’avril. À tel point qu’en septembre 2003, lorsque l’épidémie a été totalement endiguée, l’indice Hang Seng avait rebondi d’environ 15% par rapport à son niveau d’avant-crise.

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