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analyse

Bientôt la fin de la croissance folle des Big Tech?

Alphabet, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft ont annoncé leurs résultats cette semaine. ©Filip Ysenbaert

Les résultats des grands noms de la technologie ont révélé que ceux-ci se sont montrés prudents pour leurs prévisions. La réaction des marchés a été relativement modérée suite à ces publications.

L'événement qu'il ne fallait pas manquer cette semaine fut les résultats des Big Tech. Tellement attendus, ces résultats ont suscité un accueil divers sur les marchés. Suite à leurs chiffres, qui, au passage, ont battu les attentes des analystes, le cours de Microsoft, de Facebook et d'Apple a fait grise mine. Alphabet a par contre bondi. Seule Amazon n'a pas dépassé les prévisions du marché et a été fort sanctionnée. "La réaction à ces résultats a été modérée. Ces sociétés ont toutes dépeint la même  image, à savoir un trimestre excellent, meilleur que prévu, et certaines ont été plus prudentes que d'autres avec leurs prévisions", a commenté Johan Van der Biest, gestionnaire de fonds chez Candriam. "Dans l'ensemble, tout se passe comme prévu. Je n'ai pas été surpris par les résultats des grandes sociétés technologiques", ajoute-t-il.

"À court terme, il n'est pas impossible qu'un juge dans le monde inflige une amende énorme à Google, Microsoft ou Facebook. Mais il faut souligner que ces sociétés collaborent un maximum avec les demandes des différentes autorités."
Johan Van der Biest
Gestionnaire de fonds chez Candriam

Les analystes, au terme de l'examen des résultats de ces sociétés,  n'ont pas soulevé le risque d'une réglementation plus sévère pour les Big Tech. Pourtant, récemment, des sociétés comme Facebook et Alphabet, actives dans les réseaux sociaux, ont connu de multiples démêlés avec la justice en Europe, autour des contenus, comme les discours de haine, sur leur plateforme et autour de la protection des données des utilisateurs. "Depuis des années, ces sociétés sont bien conscientes des litiges qui sont en place. Des questions autour du comportement monopolistique de certaines, ou des questions autour de l'utilisation des données privées sont soulevées", a noté Johan Van der Biest. "Mais force est de constater que ces sociétés continuent de croître et sont capables d'augmenter leurs marges. Néanmoins, une amende sévère représente une épée de Damoclès permanente sur ces entreprises", ajoute-t-il. "À court terme, il n'est pas impossible qu'un juge dans le monde inflige une amende énorme à Google, Microsoft ou Facebook. Mais il faut souligner que ces sociétés collaborent un maximum avec les demandes des différentes autorités." D'ailleurs, ce vendredi, Amazon a annoncé avoir été condamnée à une amende de 746 millions d'euros par la CNPD, l'organisme de surveillance luxembourgeois, pour une infraction à la législation sur la protection de la vie privée. Le groupe a indiqué ne pas être d'accord avec cette décision.

Inquiétudes sur Apple

1.500
milliards de dollars
Daniel Ives, analyste de Wedbush, pointe que l'activité de services d'Apple représente plus de la moitié de la valeur de la société.

Le fabricant de smartphones a publié des résultats jugés excellents par les analystes, mais ses prévisions prudentes pour ses ventes ont tempéré leur enthousiasme. Le groupe a notamment évoqué des problèmes d'approvisionnement de certains éléments comme les semi-conducteurs. Cela n'a pas empêché certains analystes de relever leurs objectifs de cours sur le titre. "Nous pensons que la pénurie de semi-conducteurs n'aura probablement qu'un impact transitoire sur Apple, et pensons que la société devrait voir davantage d'opportunités grâce à sa franchise iPhone, avec des modèles améliorés au coin de la rue, ainsi qu'à partir de son activité de services à croissance rapide et très lucrative", ont estimé les analystes de Trefis Team. Chez Wedbush, l'analyste Daniel Ives a aussi noté l'importance de l'activité de services d'Apple. Il a prédit que la capitalisation boursière de la société pourrait toucher 3.000 milliards de dollars, alors qu'actuellement, celle-ci pointe à 2.500 milliards de dollars. "Rien que l'activité de services d'Apple vaut 1.500 milliards de dollars", a remarqué Daniel Ives.

Des analystes ont par contre souligné qu'Apple pourrait ne pas excéder la forte croissance que la société a connue cette année. Ces doutes ont pesé sur le titre, qui sous-performe depuis le début de l'année le S&P 500, alors que les investisseurs se sont éloignés des valeurs technologiques au profit d'actions davantage liées au cycle économique. Apple a pris près de 10% alors que le S&P 500 a engrangé plus de 17% depuis janvier.

Une vache à lait moins productive pour Microsoft

"Les gens ne sont pas contents si Azure décélère car ils craignent que les beaux jours soient terminés."
Mark Moedler,
Analyste chez Sanford C. Bernstein

La performance de l'action Microsoft (+29%) s'avère par contre meilleure que celle du S&P 500 sur la même période. Mais le titre n'a pas suscité l'enthousiasme des investisseurs après les résultats du groupe, malgré ses prévisions de résultats optimistes. En cause, la faible croissance de l'activité de cloud computing Azure du géant informatique. Les analystes ont remarqué que sans des effets de change, la croissance d'Azure ne s'est élevée que de 45% au cours du quatrième trimestre fiscal de la société, ce qui représente une décélération par rapport aux précédents exercices de Microsoft. En mars, cette croissance s'était élevée de 46% à effet de change constant. "Les gens ne sont pas contents si Azure décélère car ils craignent que les beaux jours soient terminés", a relevé Mark Moerdler, analyste chez Sanford C. Bernstein. "Les gens semblent s'inquiéter qu'Azure ne soit jamais aussi gros qu'Amazon", a -t-il ajouté. Cette faiblesse de croissance peut représenter un sérieux bémol pour l'action, qui avait jusqu'ici bénéficié de l'enthousiasme des investisseurs pour les perspectives d'Azure, mais aussi pour celles des jeux, du logiciel Office, et de l'activité d'intelligence artificielle de Microsoft. Chez Barclays, les analystes ont estimé que cette faiblesse n'est que passagère et que la déroute actuelle de l'action offre une opportunité d'achat. "Les prévisions de Microsoft pour 2022 impliquent que la croissance d'Azure va réaccélérer", ont souligné les analystes de Citi.

Alphabet très confiant

Pas de nuages à l'horizon en revanche pour Alphabet, la maison mère de Google et de YouTube. Au lendemain de ses résultats tombés mardi après bourse, l'action a bondi de 3,18%. Le groupe s'est dit confiant dans ses prévisions de revenus pour la fin de l'année. Les analystes ont relevé que la société continue de bénéficier d'un marché de la publicité en ligne très solide. "Les tendances à l'origine des résultats du deuxième trimestre de Google devraient se poursuivre, comme le comportement des consommateurs est désormais définitivement plus digital post-pandémie, ce qui crée des opportunités de croissance durable dans le commerce de détail, la vidéo et presque tous les grands secteurs verticaux", ont affirmé les analystes de JM Securities. "YouTube se démarque dans les résultats sur sa capacité à capturer un public très engagé avec plus de publicité adaptée", a indiqué Doug Anmuth, analyste chez JPMorgan." Il reste beaucoup de place pour des revenus supplémentaires chez Google et YouTube", ont ajouté les analystes de Jefferies. Les investisseurs se sont alignés avec les analystes et n'ont trouvé aucun bémol dans les résultats d'Alphabet. Depuis le début de l'année, l'action a décollé de près de 55%, dépassant largement la performance du S&P 500 sur la même période.

Facebook tempère

Facebook, l'autre Big Tech qui profite de la publicité en ligne, a dépeint une évolution moins rose de ses revenus. Le groupe a déclaré mercredi s'attendre à une décélération de la croissance de ses revenus.  Il s'attend à ce que la récente mise à jour d'Apple sur son système d'exploitation iOS ait un impact sur sa capacité à cibler les publicités et donc sur les revenus publicitaires au troisième trimestre. Les modifications apportées à la confidentialité par le fabricant de l'iPhone rendent plus difficile le suivi des utilisateurs par les applications et empêchent les annonceurs d'accéder à des données précieuses pour cibler les publicités. "Les changements de protection de vie privée sur Apple vont contribuer partiellement à une baisse significative de la croissance des revenus de Facebook et toucher durement la société au troisième trimestre", a noté Thomas Champion, analyste chez Piper Sandler. "Cette annonce survient alors que des concurrents comme Snap, Twitter et Google ont tous constaté une accélération au deuxième trimestre, alors que Facebook a alerté d'une décélération", a-t-il ajouté. Chez Jefferies, les analystes sont plus optimistes. "Nous anticipons un ralentissement plus limité au deuxième semestre, après les commentaires plus émotionnels de la direction que prévu, qui anticipent déjà une décélération au second semestre", ont-ils indiqué. "Mais le programme de rachat d'actions de 7 milliards de dollars annoncé, additionné à une plateforme de commerce à plusieurs revenus, dont Reel et les offres de shopping, offrent un encouragement", ont-ils ajouté. Et malgré la déroute du titre depuis les résultats de Facebook, celui-ci évolue toujours proche d'un record absolu, avec une performance de plus de 31% depuis le début de l'année.

Amazon très prudent

"Amazon a rarement manqué les attentes du marché. Cela démontre combien il est difficile pour une société de prévoir sa sortie de la pandémie."
Ross Sandler
Analyste chez Barclays

Facebook ne s'est pas retrouvé tout seul à avoir annoncé une décélération de la croissance. Amazon a aussi indiqué que la croissance de ses ventes ralentira au troisième trimestre. Le géant du commerce en ligne a prédit que les consommateurs vont sortir davantage de chez eux grâce à la progression des campagnes de vaccination contre le Covid-19. Les résultats du groupe témoignent déjà d'un ralentissement. Au second trimestre, la croissance des revenus s'est élevée de 27%, contre 44% au premier trimestre. "Amazon a rarement manqué les attentes du marché", a indiqué Ross Sandler, analyste chez Barclays. "Cela démontre combien il est difficile pour une société de prévoir sa sortie de la pandémie", a-t-il ajouté.

L'avenir de la société est remis en question, alors que Jeff Bezos, le fondateur du groupe, a cédé sa place à Andy Jassy. Celui-ci doit convaincre les investisseurs qu'Amazon reste un pari sur le long terme alors que la société fait face à une défiance des régulateurs en Europe et aux États-Unis, ses deux plus gros marchés. "Cette passation de pouvoirs chez Amazon était connue depuis longtemps. Mais on ne constate pas d'impact sur une société lorsqu'un CEO d'une telle importance pour elle s'en va. La vision stratégique et l'entreprise ne changent pas", a remarqué Johan Van der Biest. "Jeff Bezos reste encore dans la société et reste impliqué dans toutes les décisions stratégiques", a-t-il ajouté. "Des sociétés comme Microsoft ont montré l'atout d'avoir un nouveau management, alors je ne suis pas inquiet pour Amazon."

L'arrivée d'Andy Jassy n'a pas inquiété les autres analystes. "Rien ne remet en cause la solidité de la société sur le long terme. Mais il est possible que l'action évolue dans des marges étroites pendant quelques mois avant qu'elle ne trouve un nouveau catalyseur", a souligné Ross Sandler. Depuis le début de l'année, l'action Amazon a pris plus de 10%.

Le résumé

  • Les grands noms de la technologie ont publié dans leur ensemble des résultats meilleurs qu'attendu, mais aussi des prévisions plus prudentes.
  • La réaction des marchés a été limitée de manière générale, sauf pour Facebook et Amazon.
  • La question d'une réglementation plus sévère des Big Techs n'a pas été soulevée par les analystes.

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