La débâcle du réal brésilien et du peso argentin

©Bloomberg

Dépréciation record pour le réal brésilien. Un peso argentin en recul de plus de 6% sur une semaine. Les monnaies d'Amérique latine sont à la peine. Que se passe-t-il?

Incertitudes autour de la présidentielle du mois d'octobre au Brésil; crise monétaire en Argentine. Les monnaies de ces deux pays accusent le coup et ne cessent de reculer pour atteindre des plus bas records.

→ Au Brésil:

Le réal a ainsi connu jeudi la pire dépréciation depuis sa mise en circulation en 1994. Depuis le début de l'année, la devise brésilienne a été dépréciée de 21,06% par rapport au dollar. Le précédent record remontait au 21 janvier 2016, quand le dollar cotait à 4,166 réais à la clôture.

Le 7 octobre prochain, les Brésiliens sont appelés aux urnes pour élire un nouveau président. La campagne fait rage depuis des mois, mais a pris une nouvelle tournure la semaine dernière avec l'attentat au couteau contre le candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro, en tête des intentions de vote pour le premier tour. Il est actuellement toujours hospitalisé dans un état jugé grave et pourrait être absent pour la poursuite de la campagne et même au-delà.  

Quant aux analystes, ils tablent sur une progression dans les sondages du candidat de gauche Fernando Haddad, désigné mardi comme remplaçant de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, incarcéré pour corruption et déclaré inéligible. 

→ En Argentine:

Alors qu'il s'était légèrement repris la semaine dernière, le peso argentin a recommencé à chuter progressivement: -2,88% jeudi; -6,14% en une semaine.

©REUTERS

Depuis avril, la 3e économie d'Amérique latine est secouée par une crise monétaire. Le peso argentin a ainsi perdu plus de 50% de sa valeur. Pour stabiliser une économie fragile, le gouvernement argentin s'est tourné vers le Fonds monétaire international (FMI). Il lui a attribué un prêt de 50 milliards de dollars sur trois ans. Le pays attend désormais le feu vert du Fonds pour une accélération des versements par tranche. Le pays a en effet un besoin pressant de liquidités. 

Le gouvernement a certes tenté de redresser la barre, mais la politique monétaire n'a pas permis jusqu'ici d'enrayer la crise. Jeudi, l'Argentine a publié son indice d'inflation pour le mois d'août. Il est de 3,9% et le pire est attendu pour septembre. La hausse des prix annuelle va nettement dépasser les 40% en 2018, selon les estimations des instituts économiques privés.

Dans la rue, les manifestations se multiplient. Ce jeudi, les enseignants réclamaient encore une hausse de leur salaire, laminé par une inflation incontrôlée.

Les enseignants argentins réclament une hausse salariale. ©REUTERS

 

Tant que la Chine ne flanche pas ...

De l'Argentine à la Turquie et, plus récemment, le Brésil, les turbulences financières frappant à tour de rôle les pays émergents pourraient selon les analystes épargner le reste de l'économie mondiale ... tant que la Chine tient bon.

La mauvaise passe des émergents suit jusqu'à présent un scénario plus ou moins classique: les Etats-Unis relèvent leurs taux d'intérêt. Les pays lourdement endettés en dollars en pâtissent. Les investisseurs retirent leurs billes pour des placements en dollars redevenus attractifs. Et les devises émergentes flanchent.

Cette fois, un élément nouveau pourrait aggraver la situation: "les incertitudes liées au président américain", Donald Trump, et à sa politique protectionniste, a reconnu Jérôme Marcilly, chef économiste de l'assureur-crédit Coface. Le locataire de la Maison-Blanche pourrait mettre le feu aux poudres s'il impose de nouveaux droits de douane punitifs sur les importations chinoises, déjà taxées à hauteur de 50 milliards de dollars.

Une nouvelle hausse des droits de douane aurait "un impact mesurable sur la croissance en Chine", estime Christine Lagarde, directrice du FMI, ce qui "ajouterait un choc à une situation où il n'y a pas de contagion, mais des vulnérabilités fragmentées".

Pour l'instant, "l'Asie tient globalement très bien", estime Julien-Pierre Nouen, directeur des études économiques chez Lazard Frères Gestion.
"Si nous avions un ralentissement plus notable de la croissance en Chine, ce serait beaucoup plus compliqué pour le marché asiatique et donc pour la zone émergente dans son ensemble." Jusqu'ici Pékin a "toujours été capable" de relancer son activité.

"Nous ne prévoyons pas une crise majeure dans les marchés émergents", affirme Joydeep Mukherji, de S&P Global. "Il y aura, certes, des problèmes dans les pays qui ont un important déficit courant, ce qui signifie qu'ils empruntent à l'étranger, mais tous les marchés émergents ne sont pas aussi vulnérables". 

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