La dévaluation, une arme à double tranchant pour la Chine

©Bloomberg

Les Etats-Unis crient à la manipulation du yuan. La Chine nie. Mais poursuit la baisse de sa monnaie. Une stratégie risquée.

En laissant filer sa monnaie, la Chine a ouvert un nouveau front dans sa guerre commerciale contre Washington, avec le potentiel d'atténuer l'impact des sanctions douanières américaines -- mais aussi le risque de se retourner contre son économie en perte de vitesse. 

Même une forte dépréciation du yuan ne permettra pas de compenser totalement l'impact de la guerre commerciale.
Tao Wang
Economiste de la banque UBS

Lorsqu'une monnaie perd de sa valeur, les produits libellés dans cette devise voient leurs prix diminuer pour les acheteurs munis d'autres monnaies, ce qui favorise les exportations et pourrait atténuer le coût des surtaxes douanières de Donald Trump.

 Cette baisse brutale est "le résultat évident d'une intervention active" de la banque centrale, pour favoriser les exportations chinoises et atténuer l'impact de la hausse des droits de douane américains sur les produits chinois, assure Bo Zhuang. Donald Trump a relancé jeudi dernier la guerre commerciale contre Pékin, en annonçant son intention d'étendre des droits de douane supplémentaires à la quasi-totalité des importations en provenance de Chine à compter du 1er septembre.

Mais même une forte dépréciation du yuan ne permettra pas de compenser totalement l'impact de la guerre commerciale, met en garde l'économiste Tao Wang, de la banque UBS. La stratégie de la dévaluation pourrait s'avérer contre-productive pour Pékin qui cherche, au contraire, depuis 2015 à stabiliser sa monnaie pour éviter les fuites de capitaux.

La Banque centrale chinoise "ne laissera pas le yuan (trop) s'affaiblir" car cela aurait "des effets graves et déstabilisants sur l'économie" dans un contexte de ralentissement, prévient Stephen Innes, analyste chez Vanguard Markets. Une baisse du taux de change entraîne un renchérissement des importations, ce qui obligera notamment Pékin à payer plus cher son pétrole importé.

Après la monnaie, les bons du Trésor?

Les Chinois envisagent d'autres options et on ne peut pas exclure l'option des bons du Trésor.
Stephen Roach
Chercheur à l'université Yale

La croissance chinoise s'est essoufflée au deuxième trimestre (+6,2%), signant sa plus faible performance depuis au moins 27 ans. Dans ce contexte, la stabilité est la priorité des autorités chinoises à l'approche d'une date hautement symbolique le 1er octobre prochain: le 70e anniversaire de la fondation de la Chine communiste. Pékin "cherchera probablement à prévenir toute baisse trop importante ou volatilité du yuan en exerçant de stricts contrôles sur les capitaux", explique Mark Sobel, un ancien responsable du Trésor américain sous les administrations républicaine et démocrate.

La Chine pourrait en revanche augmenter la pression sur les Etats-Unis en réduisant sa montagne de bons du Trésor américain -- estimée à plus de 1.000 milliards de dollars. "La plupart des gens ne pensaient pas que les Chinois utiliseraient l'arme de la monnaie et ils l'ont utilisée, chirurgicalement", relève Stephen Roach, chercheur à l'université Yale, cité par l'agence Bloomberg. "Ils envisagent d'autres options et on ne peut pas exclure l'option des bons du Trésor", prévient-il, rappelant que Pékin est le premier créancier des Etats-Unis. Pékin a déjà réduit son portefeuille de bons du Trésor, qui n'a jamais été aussi bas depuis deux ans.

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