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La Fed cherche à prolonger l'expansion économique des Etats-Unis

©AFP

La banque centrale américaine a réduit son taux directeur. Cela, afin de protéger la croissance de son économie contre le ralentissement mondial. Pour autant, sa politique monétaire ne basculera pas dans un cycle baissier.

Voilà que les politiques monétaires des principales banques centrales du monde convergent à nouveau. En ayant réduit son taux directeur de 25 points de base dans la fourchette de 2%-2,25% mercredi soir, la Réserve fédérale américaine (Fed) rejoint ainsi la Banque centrale européenne et celle du Japon dans l’assouplissement des conditions du crédit. Avec une différence de taille toutefois: le geste posé par la Fed doit être considéré, selon les propos tenus par Jerome Powell en personne, le président de la Fed, lors de la conférence de presse comme un "ajustement monétaire de milieu de cycle".

De quoi Wall Street a vraiment peur?

Cette formule n’implique pas qu’il y ait des réductions de taux prononcées en vue. La réaction à chaud à cette perspective des investisseurs à Wall Street était la déception. Etait-elle justifiée? On peut le considérer. Mais on peut également penser que les investisseurs ont fait part de leur désabusement pour un autre motif. Rappelons-nous.

1,106$
Au lendemain de la décision de la Fed, l’euro est tombé à un plus bas depuis mai 2017. À 1,106 dollar.

La Fed avait amorcé la "normalisation" de sa politique monétaire en décembre 2015. Depuis, à chaque fois qu’elle annonçait une hausse de son taux directeur, Wall Street accusait le coup. À tort ou à raison. Plutôt à tort, comme en témoigne l’ascension de 50% de l’indice Dow Jones entre la fin de l’année 2015 et ce jour.

La Fed a cherché ces dernières années à éviter une surchauffe de l’économie alors en grande forme, qui aurait alimenté une inflation incontrôlable. L’économie américaine se portant bien, il n’y avait pas grand-chose à craindre pour les bénéfices des sociétés qui, comme on le sait, comptent parmi les éléments principaux dans l’orientation des cours des actions à la Bourse de New York.

Mais aujourd’hui, le décor a changé. L’économie américaine approche de la fin d’un cycle favorable. Certes, la consommation des ménages se porte encore bien et le chômage reste collé à ses plus bas niveaux de ces 50 dernières années. Mais, comme le souligne la Fed, l’investissement des entreprises est terne et les mesures de compensation de l’inflation restent basses. La Fed craint que la faiblesse de la conjoncture mondiale alimentée par les interminables tensions commerciales – sans nommer Donald Trump, le principal responsable de ces tensions –, ne finisse par contaminer celle des Etats-Unis déjà moins vigoureuse qu’il y a quelques années.

La Fed affirme qu’elle "continuera à surveiller" la manière dont les informations les plus récentes affectent l’économie, ajoutant au passage qu’elle "agira de manière appropriée pour soutenir" la longue expansion de l’économie américaine. Il reste que l’incertitude plane désormais sur l’évolution des bénéfices à venir des entreprises américaines. Déjà que celles qui composent l’indice Dow Jones s’échangent en ce moment à 18 fois les bénéfices. Ce ratio indique que les actions ne sont plus particulièrement bon marché.

Les observateurs sont légion pour affirmer que la croissance économique poursuivra sa décélération et que l’inflation restera modérée.

Gare donc à l’accroc macroéconomique. L’on peut affirmer avec peu de risques de se tromper que la baisse de 25 points de base du taux directeur intervenue mercredi, sera insuffisante. Les observateurs sont légion pour affirmer que la croissance économique poursuivra sa décélération et que l’inflation restera modérée. Ce qui soutient la perspective d’une nouvelle réduction du taux de 25 points de base d’ici la fin de cette année. Peut-être déjà lors de la prochaine réunion de la Fed. Celle-ci se déroulera les 17 et 18 septembre prochains.

Trump plus contrarié que jamais

En plus de la réduction du taux directeur, la Fed a décidé de cesser de vendre des actifs financiers (bons du Trésor entre autres) qu’elle détient dans son bilan, en août. Soit deux mois plus tôt que prévu. L’impact de cette décision sera de faire baisser les rendements de la dette américaine. Encore à 2,06% lundi avant que ne démarre la réunion de la Fed, le rendement à 10 ans du bon du Trésor US est tombé à 1,977% ce jeudi. Celui à 2 ans est passé de 1,86% à 1,83%.

Ces mouvements de repli des taux auraient pu plaire à Donald Trump. Mais pour le Président américain – qui avait lui-même suggéré la nomination de Jerome Powell au poste de président de la Fed –, la baisse du taux directeur est largement insuffisante. "Comme d’habitude, Powell nous a laissés tomber", a-t-il tweeté après l’annonce de la décision de la Fed.

On imagine assez bien combien Trump doit être "affecté" par cette contrariété. D’autant que la précision de la Fed selon laquelle il ne faut surtout pas imaginer que "la politique monétaire américaine a basculé dans un cycle de baisse", a eu pour effet de doper le dollar. Plutôt que de le mettre sous pression comme c’est généralement le cas quand les taux sont réduits. Il est vrai aussi que la bonne santé de l’économie américaine, surtout en regard de celle de la zone euro, prêche pour une supériorité du dollar par rapport à nombre de devises, et notamment l’euro.

La monnaie européenne est tombée de 1,1145 dollar à 1,1055 dollar.


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