La Fed condamnée à rester accommodante

Grâce à la vaccination, la consommation devrait reprendre aux États-Unis, ce qui doperait l'inflation. Mais la Fed n'interviendrait pas pour autant. ©EPA

La poussée inflationniste attendue dans les mois à venir ne devrait pas provoquer de changement de politique monétaire aux États-Unis. La Fed marche sur des œufs.

La Fed "ne peut pas remettre le dentifrice dans le tube". C'est le constat que dresse Steve Ellis, responsable de l'investissement en obligations mondiales chez Fidelity, dans une note d'analyse sur la politique monétaire des États-Unis. La Réserve fédérale (Fed) doit se prononcer sur celle-ci mercredi, à 20h, heure belge. Les économistes s'attendent à voir la banque centrale américaine maintenir ses taux d'intérêt directeurs et ses achats d'actifs inchangés, une stratégie qui doit continuer à stimuler l'économie pour soutenir la reprise et l'emploi.

"Ce n'est pas le moment de débattre d'une sortie du programme d'achats d'actifs."
Jerome Powell
Président de la Fed

Pourtant, une prochaine accélération de la hausse des prix se précise, une situation qui réclame habituellement une politique monétaire plus stricte. Mais la Fed a déjà fait savoir qu'elle tolérerait un dépassement temporaire de son objectif d'inflation, fixé à 2%, afin d'atteindre par la suite ce niveau en moyenne dans la durée, sachant que la hausse des prix est longtemps restée inférieure à ce seuil auparavant.

"Ce n'est pas le moment de débattre d'une sortie du programme d'achats d'actifs" en cours de la Fed, qui atteint 120 milliards de dollars, a tranché Jerome Powell, le président de la banque centrale, il y a moins de deux semaines. Ces achats, qui portent principalement sur les obligations du Trésor américain, maintiennent les taux d'intérêt de ces titres de dette de référence sous pression. Inflation accrue ou pas, la Fed continuera donc à alimenter le marché en liquidités abondantes.

Une grande question

Les investisseurs peuvent tout au plus espérer un peu plus de clarté au sujet de la "forward guidance" (indication pour l'avenir) de la banque centrale américaine. En décembre, le comité de politique monétaire, son organe décisionnel, avait décidé de maintenir ses achats d'actifs jusqu'à ce qu'il observe "des progrès substantiels" en vue d'atteindre les objectifs d'emploi et d'inflation.

2%
Le seuil d'inflation peut être dépassé
L'un des "faucons" de la Fed, Esther George, reconnaît que la Fed ne réagira pas en cas de dépassement du seuil de 2% d'inflation.

Cette indication, jugée "efficace" par Jerome Powell, laisse les observateurs sur leur faim. Pendant combien de temps le taux d'inflation peut-il dépasser les 2% visés et dans quelle ampleur avant que la Fed se décide à réduire son soutien monétaire? C'est la grande question qui taraude les investisseurs.

Les banquiers centraux américains semblent désireux d'éviter tout débat à ce sujet. Ils gardent en effet en mémoire la tension des taux d'intérêt des obligations de 2013, due à l'annonce d'une normalisation à venir de la politique monétaire. Cette brusque remontée des taux avait désarçonné toute la planète financière et sans doute entravé la croissance économique à l'époque.

Faucon conciliant

Alors, les membres de la Fed marchent sur des œufs. Même les "faucons", c'est-à-dire les partisans d'une politique monétaire plus stricte focalisée sur la maîtrise de l'inflation plutôt que sur le soutien à la croissance et à l'emploi, se montrent conciliants. Esther George, le président de la Fed de Kansas City, l'une des branches régionales de la Réserve fédérale américaine, considéré comme l'un des membres les plus stricts du comité de politique monétaire, a signalé que la Fed ne réagirait pas si l'inflation dépassait 2%.

Or, de l'inflation, les États-Unis s'attendent à en connaître dans les prochains mois. Grâce à la vaccination, les Américains devraient reprendre leurs habitudes et ainsi doper la consommation, principal moteur de l'économie américaine. De quoi accélérer la hausse des prix de manière sensible, compte tenu de l'effet de comparaison avec les niveaux de prix maintenus sous pression en 2020 à cause de la crise. La Fed devra manœuvrer habilement.

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