La Fed s'active à étancher la soif de dollars des banques

La Réserve fédérale de New York ©REUTERS

Les injections de dollars dans le marché par la Fed rappellent la crise financière de 2008. Les causes de l'assèchement des liquidités ne sont cependant pas semblables.

La banque centrale américaine (Fed) rejoue aux pompiers. Elle injecte, chaque jour ouvrable depuis mardi passé, des milliards de dollars sur le marché interbancaire. Ce marché sur lequel les banques disposant de liquidités prêtent librement à d’autres qui en ont besoin pour un temps généralement assez court. Si celles-ci ne trouvent pas de prêteurs, c’est la Fed qui intervient en dernier ressort. Ses interventions visent à contenir les taux d’intérêt à court terme (repo), dans la fourchette du taux directeur de la Fed (entre 1,75% et 2%).

Du fait de la rareté des liquidités, ce taux s’était brusquement emballé jusqu’à 10% il y a huit jours, avant de revenir par la suite en arrière.

Les causes

Depuis lors donc, la Fed a réactivé ce rôle qu’elle n’avait plus joué depuis... la crise financière de 2008. Elle a injecté à ce jour pour un montant proche de 370 milliards de dollars dans le circuit  bancaire. Devons-nous nous attendre au retour de sombres journée sur les marchés financiers? "Non pas vraiment, répond d’emblée Frank Vranken, responsable de la stratégie auprès de Puilaetco. Mais on pourrait y revenir. On a vu la semaine passée les premiers signes d’un manque potentiel de liquidités, et cela risque d’aller plus loin."

Pour l’heure, et à l’inverse de la crise de liquidités de 2008, il ne s’agit pas d’une crise de confiance entre les banques. "Les banques disposent d’énormément de liquidités. Mais elles ont aussi énormément de contraintes sur la façon dont elles utilisent ces liquidités."  C’est ainsi que Jamie Dimon, le CEO de JP Morgan, résume ce qui s’est passé la semaine dernière.

Le président de la Fed Jerome Powell a de son côté assez vite tenu à minimiser les préoccupations des investisseurs, assurant que ce manque de liquidités n’avait pas d’incidences sur l’économie ou la conduite de la politique monétaire. Selon Powell, plusieurs facteurs techniques expliquent ces problèmes, dont une échéance d’impôts pour les entreprises, à l’affût pour cette raison d’importantes liquidités, et le règlement des grandes adjudications du Trésor américain qui avaient eu lieu la semaine précédente.

L’offre de bons du Trésor US est de plus en plus importante, et la demande rétrécit. Les teneurs de marché doivent prendre sur leur bilan, et voient donc celui-ci s’alourdir. En deux ans, le montant des bons du Trésor repris sur leur bilan est passé de presque 100 milliards à 200 milliards de dollars
Frank Vranken
Chief Strategist chez Puilaetco

 "La dette des Etats-Unis, explique Frank Vranken, ne cesse de s’alourdir. Elle impose la nécessité d’émettre davantage de bons du Trésor. Les teneurs de marché qui placent ces obligations dans le marché font face à un rapport entre la demande et l’offre de moins en moins favorable. L’offre est de plus en plus importante, et la demande rétrécit. Les teneurs de marché doivent prendre sur leur bilan, et voient donc celui-ci s’alourdir. En deux ans, le montant des bons du Trésor repris sur leur bilan est passé de presque 100 milliards à 200 milliards de dollars."

Le dollar menacé?

Le stratégiste de chez Puilaetco pointe encore la réduction du bilan de la Fed parmi les facteurs responsables de l’assèchement de liquidités. La cession sur le marché financier d’obligations que la banque centrale détenait induit un retrait de liquidités du marché. Ce type d’opérations, la Fed ne devrait pas les remettre en œuvre avant un bon bout de temps.  

Pour Frank Vranken, si la crise perdure, la Fed ne pourra éternellement échapper à l’impression de billets. Cela affectera-t-il le dollar? "Pas dans premier temps", entrevoit-il. "La semaine passée, on a aussi observé des tensions sur le marché des ‘cross country swaps’. La pénurie conduira à un renforcement du dollar. Mais si le taux de repo devait rester élevé pendant trop longtemps, cela risque alors de déclencher une crise sur les marchés de taux et de provoquer une récession et de plomber in fine le dollar". Vendredi, le taux de repo était revenu à 1,93%.

La Fed avait aussi indiqué ce jour-là être prête à intervenir tous les jours, pour un montant de 75 milliards de dollars. Et cela, au moins jusqu’au 10 octobre.

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