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La Fed s'inquiète des valorisations boursières élevées

Lael Brainard, responsable de la stabilité financière au sein de la Réserve fédérale, évoque des "fragilités" dans le système financier des États-Unis. ©REUTERS

La banque centrale américaine met en garde contre les niveaux élevés des actions et des obligations. Elle souligne aussi les conséquences de l'affaire Archegos.

Avertissement sans frais. La Réserve fédérale (Fed) souligne les risques liés aux valorisations élevées atteintes sur les marchés boursiers, dans son rapport semestriel sur la stabilité financière, publié jeudi soir. "Pour certains actifs, les valorisations sont élevées par rapport aux normes historiques", avertit la banque centrale des États-Unis dans ce document qui dresse un bilan de santé de la finance du pays. "Les prix des actifs pourraient s'exposer à des reculs significatifs si l'appétit pour le risque devait chuter."

"La combinaison de valorisations tendues et de niveaux très élevés d'endettement d'entreprises requiert l'attention."
Lael Brainard
Responsable de la stabilité financière à la Fed

Jeudi, à Wall Street, le Dow Jones a clôturé à 34.548,53 points, un sommet historique. Les autres indices américains ont récemment aussi atteint des niveaux inédits. Les intervenants des marchés spéculent sur de bons résultats futurs parmi les entreprises cotées en bourse, grâce à la reprise économique qui se précise de plus en plus, compte tenu de l'avancée de la vaccination contre le coronavirus. En prévision d'une forte remontée de la consommation, les entreprises ont commencé à reconstituer leurs stocks, ce qui fait grimper les indicateurs conjoncturels les plus avancés à des niveaux inédits.

Mais pour la Fed, un excès d'optimisme pourrait provoquer des déconvenues. "La combinaison de valorisations tendues et de niveaux très élevés d'endettement d'entreprises requiert l'attention à cause de sa capacité à amplifier les effets d'un événement de rééquilibrage des prix", avertit Lael Brainard, membre de la Fed en charge de la stabilité financière, dans un communiqué publié en marge du rapport de stabilité financière.

Fonds spéculatifs

La banque centrale semble craindre les conséquences d'une correction bousière potentielle sur l'ensemble du système financier. "Les fragilités associées à un appétit élevé pour le risque augmentent", souligne Lael Brainard. "Les valorisations parmi une série de classes d'actifs ont continué à grimper à partir de niveaux qui étaient déjà élevés à la fin de l'année dernière."

La gouverneure de la Fed évoque des ratios cours-bénéfices proches de sommets historiques et un appétit pour le risque largement répandu, comme l'illustre le phénomène des "meme stocks" (actions mèmes), ces titres dont la valeur boursière a fortement augmenté uniquement à cause de leur popularité sur des réseaux sociaux et non sur la base d'une évaluation rationnelle de leurs perspectives bénéficiaires.

Il n'existe plus qu'un faible écart entre les taux d'intérêt des obligations d'entreprises et les taux des obligations d'État.

La Fed note que l'appétit pour le risque se constate aussi sur le marché des obligations, où il n'existe plus qu'un très faible écart entre les taux d'intérêt des titres de dette des entreprises, pourtant censés être relativement risqués, et les taux des obligations gouvernementales, actifs les plus sûrs en raison de la garantie de l'État. Habituellement, les obligations d'entreprises sont assorties de taux plus élevés car les investisseurs exigent une rémunération plus grande pour prendre le risque de prêter de l'argent à ces sociétés en achetant leurs obligations.

Lael Brainard pointe aussi le problème des liens entre des banques et des fonds spéculatifs exposés à des risques élevés à cause de l'effet de levier, c'est-à-dire le recours à de l'endettement pour investir afin de maximiser les gains mais en s'exposant à des pertes plus grandes en cas d'échec.

Effet sur la politique monétaire?

La responsable de la stabilité financière de la banque centrale américaine fait explicitement référence à l'affaire Archegos, du nom du fonds spéculatif dont la faillite a eu des répercussions sur plusieurs grands groupes financiers à l'échelle mondiale: "L'épisode Archegos illustre la visibilité limitée sur l'exposition des fonds spéculatifs et rappelle que les données disponibles de l'effet de levier des fonds spéculatifs peut ne pas inclure des risques importants." Pour Mme Brainard, il faudrait que ces "hedge funds" soient contraints de divulguer des informations plus ciblées et à haute fréquence sur leur situation financière exacte.

"Ne serait-il pas logique de se demander si les achats d'actifs ont un rapport avec la trop grande exubérance sur les marchés financiers?"
Frank Vranken
Chef stratégiste chez Puilaetco

Cette communication de la banque centrale américaine pourrait avoir des conséquences sur les attentes des investisseurs en matière de politique monétaire. "Si vous lancez un avertissement au sujet d'une trop grande exubérance sur les marchés financiers et sur des valorisations excessives, ne serait-il pas logique de se demander si les achats d'actifs ont un rapport avec cela?", s'interroge Frank Vranken, chef stratégiste de Puilaetco, dans une note publiée vendredi. "Les investisseurs feront sans aucun doute le lien. Ils n'ont pas de doutes sur le fait que la Fed ralentira ses achats mais sur le moment où cela interviendra."

Les mauvais chiffres de l'emploi publiés vendredi après-midi risquent toutefois de tempérer l'anticipation d'un changement de la politique monétaire américaine.

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