La fin des rendements à deux chiffres?

©Thierry du Bois

Bruno Colmant, directeur de la recherche chez Degroof Petercam, souligne que la croissance des marchés d’actions à deux chiffres arrive en fin de cycle, sous l’effet des faibles taux d’intérêt.

De 2008 à aujourd’hui, les marchés financiers ont connu une forte progression annuelle, à plus de deux chiffres. Mais cette performance pourrait toucher à sa fin. Bruno Colmant, directeur de la recherche économique chez Degroof Petercam, indique que la banque gère désormais ses actifs différemment. "Nous ne sommes plus dans une économie de marché, nous sommes dans une économie politique. Nous avons dû prendre une gestion hyperdiversifiéé pour diluer le risque politique, binaire. Nous nous trouvons face à un nouveau paysage" indique-t-il. Cela se traduit par plus de cash dans les portefeuilles de placement, et moins d’exposition aux valeurs européennes, américaines et émergentes, avec le dollar comme rôle de diversification.

"On assiste à une montée du populisme mais parallèlement, l’économie est plus ouverte aux capitaux. On se trouve dans un cycle moins centré sur les marchés, car les pouvoirs publics sont rentrés sur les marchés à travers les banques centrales, qui sont devenues en dix ans des opérateurs de marchés, souligne Bruno Colmant. Quand les banques centrales jouent le rôle d’opérateur de marchés, tous les acteurs qui ont besoin de rendements élevés comme les fonds de pension entrent en conflit avec les banques centrales."

L’effet du vieillissement de la population

"Entre 2008 et aujourd’hui, on a assisté à un effet de rattrapage sur les marchés financiers alors que les taux d’intérêt ont baissé. Mais on arrive à la fin du cycle. On ne va pas retrouver une croissance à deux chiffres sur les marchés", explique-t-il.

Bruno Colmant constate que le taux de croissance des marchés est lié au taux de croissance économique. "En Belgique, le taux de croissance a été revu à 1,5%, bien plus bas qu’anticipé." Selon lui, la cause du taux faible de l’économie s’explique par le vieillissement de la population. "Les personnes âgées vivent de leur épargne et évitent de prendre du risque, ce qui conduit à un comportement économique plus prudent. On se trouve dans un arrière-plan démographique jamais observé auparavant. Toutes les théories économiques ont été établies alors que l’économie était positive. Désormais, on se trouve face à une nouvelle économie", indique-t-il.

"On se trouve face à une nouvelle économie."
Bruno Colmant
Directeur de la recherche chez Degroof Petercam

Selon lui, le grand danger pour les marchés "pourrait venir des Etats-Unis car leur économie est un peu tendue. La réforme fiscale s’avère un gigantesque prélèvement sur le PIB et a augmenté la dette publique, qui pose un risque de décélération économique".

"Si on a une économie vieillissante, il faut que la stimulation vienne d’autre part, du monde politique, comme en Belgique, avec les 150 milliards d’euros du gouvernement", conclut-il.

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