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La livre sterling au plus haut face au dollar depuis le vote du Brexit

©REUTERS

La monnaie du Royaume-Uni grimpe face à quasiment toutes les autres devises depuis le début de l’année. La suite dépendra de l’inflation et de la Banque d’Angleterre.

La livre sterling se remet petit à petit de sa chute lors du vote du Brexit. Mercredi, de bons chiffres sur l’emploi au Royaume-Uni ont permis à la devise britannique d’atteindre son plus haut niveau face au dollar depuis le 23 juin 2016, date du référendum qui avait vu les Britanniques se prononcer en faveur de la sortie de leur pays de l’Union européenne.

En Bourse, la hausse de la livre pénalise les valeurs britanniques. Mercredi, l’indice FTSE 100 a reculé alors que les autres places boursières européennes montaient.

Le sterling a dépassé 1,42 dollar dans l’après-midi, du jamais vu depuis plus d’un an et demi. Face au billet vert, la livre gagne 5% depuis le début de cette année. Sur un an, sa progression dépasse 13%.

L’évolution de la devise britannique face à l’euro est plus mesurée: en 2018, le sterling affiche un gain de près de 3% contre la monnaie unique et il a grimpé de 6% depuis son plancher de la fin du mois d’août dernier. à près de 1,15 euro mercredi, la livre est à un niveau inédit face à son homologue de la zone euro depuis plus de sept mois. Elle reste toutefois loin de son niveau d’avant le référendum sur le Brexit, qui se situait à plus de 1,30 euro.

Ce qui explique la différence d’ampleur entre la hausse du sterling face au dollar et sa montée contre l’euro, c’est l’affaiblissement du billet vert lui-même. "C’est un phénomène spécifique, explique Bernard Keppenne, chef économiste chez CBC. Le dollar décroche face à la plupart des devises, la monnaie britannique en profite." Le billet vert souffre notamment du déficit de la balance commerciale des Etats-Unis.

Toujours est-il qu’à plus court terme, le sterling est en hausse face à la plupart des devises de la planète. En 2018, il n’y a guère que le peso mexicain, le peso colombien ou la couronne norvégienne pour afficher de meilleures performances sur le marché des changes. Et pour cause: deux bonnes nouvelles pour l’économie britannique soutiennent la livre actuellement.

Le choc s’atténue

Premièrement, "l’accord intervenu en décembre pour passer à la deuxième phase des négociations sur le Brexit permet d’écarter l’hypothèse d’un hard Brexit (sortie désordonnée du Royaume-Uni de l’Union européenne, c’est-à-dire sans accord négocié sur le commerce, les frontières et le statut des résidents étrangers, NDLR), indique Bernard Keppenne. Et ce, même si la deuxième phase de ces négociations s’annonce également compliquée, voire davantage que la première. Le marché a pris acte de ce premier accord."

Deuxièmement, la conjoncture économique est favorable à la livre. "L’industrie manufacturière britannique est en forte progression, souligne Bernard Keppenne. Ce secteur a bénéficié de l’affaiblissement de la livre sterling depuis juin 2016, ainsi que de l’essor du secteur manufacturier mondial. La hausse des exportations a permis de compenser une demande intérieure qui n’a pas suivi à cause de la hausse de l’inflation au Royaume-Uni. Au point de vue économique, on n’est donc pas du tout dans les scénarios de récession qui avaient été envisagés après le vote en faveur du Brexit. L’économie britannique a une croissance largement inférieure à celle de la zone euro mais ce n’est pas une récession. Ce qui explique que le choc sur la devise s’atténue."

La livre sterling va-t-elle continuer à se renforcer dans les prochains mois? La réponse à cette question réside sans doute dans l’attitude qu’adoptera la Banque d’Angleterre face à l’évolution des prix à la consommation. En principe, l’inflation britannique devrait décroître dans les prochains mois. La BoE (Bank of England) pourrait ainsi laisser sa politique monétaire inchangée.

Salaires sous la loupe

"Par contre, si l’inflation reste aux niveaux actuels (elle a dépassé 3% en novembre, ce qui n’était plus arrivé depuis mars 2012, avant de revenir à 3% en décembre, NDLR), la banque centrale britannique devra intervenir pour éviter des effets de second tour", explique Bernard Keppenne. Ces effets consistent en une répercussion de la hausse des prix à la consommation sur les salaires, ce qui risque d’enclencher une spirale inflationniste.

Mercredi, Londres a annoncé une hausse de l’emploi fin 2017, alors que les économistes tablaient sur une baisse. Par ailleurs, les salaires ont connu leur plus forte progression depuis décembre 2016. De quoi alimenter la réflexion des banquiers centraux britanniques, qui se réuniront dans deux semaines, le 8 février, pour fixer la politique monétaire du Royaume-Uni.

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