La perspective d'une reprise en V s'éloigne encore

L'accord trouvé au sommet européen, présenté mardi par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Charles Michel, n'a soutenu les marchés qu'en début de semaine. ©REUTERS

La dégradation de la situation sanitaire à l'échelle mondiale a ravivé les craintes pour l'économie, malgré de bons indicateurs conjoncturels. L'automobile a tiré son épingle du jeu.

Malgré l'accord sur un plan de relance européen, des bonnes statistiques et des résultats d'entreprises encourageants, les marchés européens ont enregistré une baisse hebdomadaire, la première en quatre semaines, à cause d'un retour des craintes au sujet des conséquences économiques de la poursuite de la propagation du coronavirus. La plupart des indices boursiers nationaux ont nettement reculé en cinq jours: à Paris, le Cac 40 a perdu 2,23% et à Londres, le FTSE 100 a baissé de 2,65%.

L'indice Dax de la Bourse de Francfort a limité les dégâts: il ne cède que 0,63% sur la semaine. L'indice allemand a bénéficié des hausses hebdomadaires de Continental (+3,66%), Daimler (+1,56%) et Deutsche Börse (+2,74%), qui publie ses résultats mercredi prochain. L'équipementier automobile Continental a, lui, publié, mardi, des résultats trimestriels préliminaires supérieurs aux attentes. Pour UBS, ces chiffres marquent "un changement de tendance évident" pour le groupe allemand.

Le plan de relance européen aurait pu enthousiasmer davantage les investisseurs mais la dégradation de la situation sanitaire a changé la donne.

Le constructeur auto Daimler a quant à lui annoncé qu'il pourrait dégager un bénéfice cette année grâce à la reprise de la demande qui lui a permis de dégager un résultat opérationnel supérieur aux prévisions. Grâce à ces progressions, le secteur automobile est l'un des rares à avoir dégagé une hausse sur les marchés européens cette semaine. C'est aussi grâce à l'action Renault qui a bondi de 5,76% depuis lundi. Le groupe français a dit avoir débuté le deuxième semestre avec un niveau très élevé de commandes. Citigroup est passé à l'achat sur le titre. La banque d'affaires a aussi relevé sa recommandation sur Daimler et BMW . Pour Citi, ces constructeurs vont réaliser des ventes plus élevées que prévu grâce à des commandes qui avaient été reportées à cause de la crise sanitaire.

Indicateurs à relativiser

La plupart des autres secteurs ont battu en retraite cette semaine, même les valeurs bancaires, qui avaient pourtant figuré parmi les bénéficiaires de l'accord sur un plan de relance européen, annoncé mardi matin. Cette manne de 750 milliards d'euros, alimentée en bonne partie par des emprunts communs des Etats membres de l'Union européenne, est une grande première qui aurait pu enthousiasmer davantage les investisseurs mais dès mercredi, ce sont d'autres préoccupations qui ont rattrapé ces derniers.

1,16 $
L'euro au plus haut depuis 2018
L'euro a grimpé de plus de 1,5% cette semaine et a dépassé 1,16 dollars pour la première fois depuis l'automne 2018.

Plusieurs pays ont freiné le retrait progressif des restrictions liées à la crise sanitaire; dans certaines régions, il a même fallu durcir ces mesures. Pendant ce temps-là, la situation ne s'améliore pas, au contraire, de l'autre côté de l'Atlantique. Cette dégradation de la situation sanitaire générale fait logiquement craindre aux investisseurs que le scénario d'une reprise en V de l'économie passe définitivement à la trappe. Certains misaient encore sur cette perspective, dans la mesure où les derniers indicateurs conjoncturels sont bons.

Mais prudence. Nomura avertit que les ventes de détail britanniques, par exemple, qui ont bondi de 10,6% en mai et 13,5% en juin, pourraient être artificiellement dopées par des reports d'achats dus au confinement. La banque japonaise pense que la hausse du chômage finira par ralentir ces ventes. Idem pour les très bons indices PMI publiés vendredi: ils traduisent une forte reprise de l'activité économique mais, souligne Nomura, on vient de niveaux très bas.

Le dollar sous pression

Les craintes des investisseurs sur l'impact économique de la pandémie se sont matérialisées par la nette baisse des valeurs du voyage et des loisirs, qui enregistrent la pire performance sectorielle de la semaine. L'action de la compagnie aérienne Easyjet a perdu 11,16% depuis lundi, le cours de bourse du voyagiste TUI a cédé 6,50% en cinq jours et le titre du groupe hôtelier Accor a enregistré une baisse hebdomadaire de 6,53%.

Le regain de tensions entre les Etats-Unis et la Chine, qui se sont affrontés sur le terrain diplomatique en fermant chacun un consulat de leur rival, ont exacerbé les craintes des investisseurs pour l'économie mondiale. L'indice chinois CSI 300 a perdu 0,86% cette semaine. Les marchés américains n'ont guère fait mieux, surtout pour ceux qui y ont investi depuis la zone euro car le dollar a reculé face à toutes les grandes devises mondiales, dont l'euro, qui a pris plus de 1,5% face au billet vert pour dépasser 1,16 dollar, ce qui n'était plus arrivé depuis l'automne 2018. Le plan de relance européen aura au moins eu cet effet-là.

Enfin, en Bourse de Bruxelles, le Bel 20 a perdu 1,60% cette semaine, pénalisé notamment par Barco (-9,58% en cinq jours), qui continue à payer pour la déception de ses résultats publiés le 16 juillet.

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