La réunion de la BCE en cinq points

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Les membres de la Banque centrale européenne se réunissent ce jeudi pour faire le point sur sa politique monétaire. Les économistes évoquent plusieurs questions encore en suspens, comme le lancement de TLTRO.

 

 

Le pouvoir des mots. Un concept que connaît très bien Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE). Le 26 juillet 2012, en pleine crise de la zone euro, il prononça ces trois mots devenus célèbres dans la sphère économique et financière: "Whatever it takes". "Dans le cadre de notre mandat, la BCE est prête à faire tout ce qu'il faudra pour préserver l'euro ." Ce qui suffit à rassurer les investisseurs internationaux.

Aujourd'hui, bien que nous soyons loin de connaître pareille situation, la BCE se situe à un carrefour. L'institution monétaire devra "trouver un équilibre ce jeudi entre les inquiétudes sur la croissance et la confiance dans les perspectives à moyen terme", résume Frederik Ducrozet, économiste chez Pictet Wealth Management. Mario Draghi devra une nouvelle fois user de toute son éloquence pour rassurer les marchés et laisser le champ libre à son successeur qui doit être désigné dans quelques mois.

1. De nouvelles prévisions de croissance et d'inflation

Comme le montrent la plupart des indicateurs macroéconomiques publiés ces dernières semaines, le ralentissement économique - que certains espéraient temporaire - perdure en zone euro. "L'Europe est plutôt proche de la récession", a affirmé ce week-end Bruno Colmant, directeur de la recherche chez Degroof Petercam. Plusieurs grandes institutions internationales ont d'ores et déjà abaissé leurs prévisions à court terme. Dernier exemple en date, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Elle a annoncé ce mercredi tabler sur une croissance de 1% pour la zone euro cette année (-0,8 point par rapport aux chiffres présentés en novembre) et 1,2% l'an prochain (-0,4 point).

Pour la plupart des observateurs, la BCE devrait l'imiter ce jeudi. "Le consensus est actuellement à 1,3% pour 2019 et 1,4%, ce qui suggère également des révisions pour 2020", indiquent les économistes de Société générale. La banque centrale avait déclaré en décembre prévoir une croissance de 1,7% en 2019 et 2020, et de 1,5% en 2021. Ses prévisions d'inflation pourraient également être revues à la baisse, passant de 1,6% à 1,4% pour cette année. Mais selon Florian Hense (Berenberg Bank), la BCE ne devrait pas toucher à sa prévision de moyen terme, c'est-à-dire 1,8% en 2021.

2. Une révision impactée par les tensions commerciales

Les nouvelles prévisions de la BCE pourraient être assombries par les incertitudes géopolitiques comme l'approche du Brexit ou la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Mario Draghi avait indiqué en janvier percevoir le danger d'un retournement conjoncturel à cause des incertitudes qui pèsent sur les échanges commerciaux.

Plusieurs économistes se demandent également s'il va évoquer dans son discours les tensions naissantes entre le pays de l'Oncle Sam et l'Europe. Mi-février, le président américain Donald Trump s'est donné 90 jours pour décider d'augmenter ou non les taxes douanières sur les importations de voitures et de pièces détachées. Une telle mesure pourrait durement impacter le secteur automobile, surtout en Allemagne, et pousser indirectement la BCE à la prudence.

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3. À quand une première hausse de taux?

"La BCE pourrait réviser ses prévisions et éliminer la possibilité d’une hausse des taux plus tard cette année. Une telle démarche n’entraînerait pas un revirement dans le destin de l’Europe. Mais cela surprendrait le marché et indiquerait que la BCE n'est pas toujours la dernière à accepter la réalité économique"
Paul Diggle
Aberdeen Standard Invbestments

Dans son rapport publié ce mercredi, l'OCDE a également invité la BCE à s'assurer que les taux d'intérêt de la zone euro resteront bas encore longtemps et que les marchés financiers continueront à fonctionner sans à-coup. "Cela appelle un pilotage renforcé des anticipations pour signaler que les taux resteront bas longtemps et, si nécessaire, de nouvelles mesures bien conçues pour améliorer le financement à long terme du secteur bancaire", a-t-elle expliqué. Il est déjà certain que la banque centrale ne relèvera pas ses taux avant cet été, et plus aucun observateur ne s'attend à un resserrement monétaire cette année. Pour Gilles Moec (Bank of America), le marché a déjà "fait le métier" en repoussant les attentes d'une première hausse de taux à mi-2020.

Mario Draghi va-t-il pour autant changer son discours ce jeudi? Rien n'est moins sûr. "La BCE devrait aller plus loin que quelques rétrogradations progressives. Elle pourrait réviser ses prévisions et éliminer la possibilité d’une hausse des taux plus tard cette année. Une telle démarche n’entraînerait pas un revirement dans le destin de l’Europe. Mais cela surprendrait le marché et indiquerait que la BCE n'est pas toujours la dernière à accepter la réalité économique", affirme Paul Diggle, économiste principal d'Aberdeen Standard Invbestments. "Malheureusement, Mario Draghi ne fera rien de tel, de peur de lier les mains de son successeur, qui prendra la relève plus tard cette année."

4. La succession de Mario Draghi en ligne de fond

Erkki Liikanen ©AFP

Le mandat du président actuel de la banque centrale se termine en octobre, ce qui pourrait le contraindre à rester modéré dans ses propos. Déjà en coulisses, les préparatifs de sa succession ont démarré. Selon un sondage réalisé par l'agence Reuters, une grande partie des économistes voit en Benoît Coeuré le candidat le plus qualifié pour prendre le poste. "Coeuré est bien considéré et respecté pour sa grande expertise (macro et marché)", souligne Frederik Ducrozet. Responsable des opérations de marché à la BCE et principal architecte de sa politique d'assouplissement, le banquier central français s'inscrit dans la droite ligne de Mario Draghi.

Mais à cause des obstacles légaux et surtout du jeu politique entre les pays membres de la zone euro, beaucoup pensent que la course à la succession sera remportée par Erkki Liikkanen, l'ancien gouverneur de la Banque de Finlande. Une nomination qui pourrait changer la politique monétaire de la BCE, le banquier central finlandais étant perçu comme "faucon" (c'est-à-dire en faveur d'une ligne plus dure).

5. Un nouveau programme de refinancement des banques

Ce que la Banque centrale européenne pourrait par contre annoncer ce jeudi, c'est le lancement d'une nouvelle salve de prêts géants et avantageux à destination des banques. Autrement dit, des opérations de refinancements à long terme (LTRO), peut-être ciblés (TLTRO). Les membres de la BCE ont d'ailleurs déjà parlé de cette mesure lors de la réunion de janvier. "Mario Draghi pourrait bien annoncer un renouvellement du programme de refinancement TLTRO. Mais nous devrons probablement attendre des mois pour les détails et il est plus que probable qu'il signalera simplement que cela est en route", estime Paul Diggle. D'aucuns pensent que les opérations seront lancées au plus tard en juin pour que les banques aient les liquidités suffisantes pour rembourser les précédentes TLTRO qui arriveront à échéance mi-2020.

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