La robotique s'invite dans de nouveaux secteurs

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Après le secteur industriel, l’intelligence artificielle poursuit son avancée dans les secteurs pharmaceutique, financier et automobile.

Un robot "Packbot" dans la centrale contaminée de Fukushima ©REUTERS

L’intelligence artificielle n’a pas fini de se développer. Jusqu’à présent, elle a surtout touché l’industrie, où des tâches jadis attribuées aux travailleurs ont été automatisées, soit parce que les machines sont plus rapides, soit parce qu’elles prennent le risque à la place des travailleurs. Un exemple en date, relevé par le magazine américain spécialisé Wire, montre que dans la centrale nucléaire de Fukushima, des robots ont été envoyés dans des parties contaminées dangereuses pour l’homme. Ceux-ci ont reçu la délicate mission de nettoyer et de trouver le fuel radioactif perdu dans la centrale nucléaire depuis la catastrophe survenue en 2011.

La technologie médicale en ligne de mire

Peter Lingen, gestionnaire du fonds Pictet Robotics, note que "ces dernières années, on a connu un point d’inflexion avec des robots plus avancés, alors que ceux-ci sont employés depuis longtemps. Un segment entier s’est développé. Au sein du secteur manufacturier traditionnel, on est passé à un modèle où les plus petites usines ont désormais accès à des robots plus petits et plus faciles à manier. De plus, des secteurs comme la pharmacie et les processus de business ont vu arriver l’automatisation. Le marché de la robotique s’est développé de manière significative".

Le gestionnaire observe que depuis le lancement de son fonds en 2015, "l’innovation a amené énormément de nouveaux produits sur le marché".

Un robot d'assistance médicale (TMS Robot) ©AFP

Une étude de la firme de consultance Boston Consulting Group indique que ces quatre dernières années, la technologie médicale s’est imposée en Bourse et a dégagé des rendements importants pour les actionnaires. Mais de l’avis des analystes, le secteur n’a pas encore tout à fait migré vers plus d’automatisation, en particulier le segment médical.

"De plus en plus de fabricants de robots de chirurgie veulent lancer leurs systèmes cette année et en 2020, et nous estimons que cela pourrait susciter l’attention et amener une adoption pour un marché sous-pénétré, souligne Jason McGorman, analyste spécialisé dans les soins de santé chez Bloomberg Intelligence. La pénétration du marché américain général de la chirurgie est de 20 % seulement. De plus, il y a environ 1 à 2 millions de procédures annuelles en dehors des Etats-Unis. Le spectre des activités des start-ups de robots de chirurgie s’étend sur tout le corps humain, et elles sont soutenues par des investisseurs comme Bill Gates, à travers Vicarious Surgical, ce qui indique que la robotique dispose encore de beaucoup de place pour se développer dans les années qui viennent."

La concurrence commence seulement à s’organiser dans ce segment, où Intuitive Surgical a réussi à s’imposer dans les domaines de la gynécologie et de la chirurgie générale, créant un marché de 4 milliards de dollars pour ses robots, indique Jason Mc Gorman.

Un robot assiste une transplantation de rein (hôpital de Pise) ©BELGAIMAGE

L’analyste relève que la pénétration des systèmes de robotique dans le domaine de la chirurgie générale aux Etats-Unis a été de moins de 20% en 2018, en hausse par rapport aux 14% de l’année précédente et aux 5% de 2013. "La robotique peut aider les patients obèses et traiter les cas plus complexes de hernies", indique-t-il. Il relève qu’aux Etats-Unis, sur le 1,2 million de procédures annuelles pour les réductions de hernies, une petite partie commence à être traitée avec la robotique.

"La robotique va permettre de limiter les dommages causés aux patients en réduisant la pression sur les tissus"
Jason McGorman
Analyste spécialisé dans les soins de santé chez Bloomberg Intelligence

En outre, l’analyste souligne qu’au niveau international, "la chirurgie peu invasive et la robotique de chirurgie sont sous-utilisées par rapport aux Etats-Unis". La Chine, d’après lui, pourrait être un catalyseur important pour l’utilisation de la robotique de chirurgie.

La robotique s’invite aussi dans les domaines de la radiothérapie. "La robotique va permettre de limiter les dommages causés aux patients en réduisant la pression sur les tissus", indique-t-il.

La voiture autonome, autre enjeu stratégique

©REUTERS

La voiture autonome constitue un autre segment de développement pour la robotique. "Depuis quatre ans, le développement de la voiture sans chauffeur a été incroyable. Aujourd’hui, on voit des voitures autonomes, et c’est parti sur du long terme. Des sociétés comme Tesla ou Alphabet sont très avancées dans le domaine de la voiture autonome, dont le développement va de concert avec celui de la voiture électrique, précurseur de la voiture autonome, relève Peter Lingen. Alphabet, par exemple, comptabilise 10 millions de miles avec ses voitures autonomes, mais en simulation, le chiffre s’élève à 10 milliards de miles, ce qui montre le potentiel." Mais il admet qu’il faudra encore du temps pour que les véhicules autonomes se généralisent.

De plus, Tesla essuie des critiques pour son Model 3. L’option requiert encore les mains du conducteur sur le volant, ce qui ne confère pas à la voiture une autonomie complète.

Le rôle clé des semi-conducteurs

"Les simulations, l’exploitation de données, l’utilisation plus efficace des softwares, les robots plus collaboratifs… promettent une croissance rapide ces prochaines années, et les semi-conducteurs sont bien positionnés pour en profiter."
Peter Lingen
Gestionnaire du fonds Pictet Robotics

Peter Lingen relève que le développement de la robotique s’accompagne d’une demande accrue pour les semi-conducteurs. "Le secteur est très cyclique, mais sur le long terme, le thème reste intact. Le secteur automobile et l’industrie sont consommateurs et la demande augmente avec les années, note-t-il. Les semi-conducteurs accèdent à de nouveaux marchés avec le développement de la robotique dans le secteur de la santé, et celui de la voiture autonome. Les simulations, l’exploitation de données, l’utilisation plus efficace des softwares, les robots plus collaboratifs… promettent une croissance rapide ces prochaines années, et les semi-conducteurs sont bien positionnés pour en profiter."

Le secteur vit en ce moment les aléas de la guerre commerciale. Mais en coulisses se joue un enjeu clé qui commence à prendre de l’ampleur. Devant son besoin croissant de semi-conducteurs, le fabricant de smartphones Apple a payé à la fin du mois de juillet dernier 1 milliard de dollars pour acquérir une filiale du spécialiste des puces électroniques américain Intel, afin de gagner son indépendance dans le domaine. Le groupe à la pomme reçoit grâce à cette opération 17.000 brevets technologiques sans fil, allant de la communication cellulaire aux modems. Il veut se positionner par cette acquisition comme leader global des brevets 5G, comme Huawei Technologies. C’est dire combien le secteur des semi-conducteurs reste important.

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