"La zone euro n'est pas en crise" (Samy Chaar)

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Pour l'économiste Samy Chaar, le marché domestique européen se porte bien. Mais notre vulnérabilité, c'est l'effondrement du commerce international. Il remet par contre en doute la pertinence du modèle économique allemand.

La zone euro est un patient économique qui a été très malade il y a une dizaine d’années, mais qui est aujourd’hui sorti de l’hôpital. Tel est le diagnostic établi par Samy Chaar, économiste en chef de la banque suisse Lombard Odier.

Cela ne signifie pas pour autant que la Banque centrale européenne (BCE) n’a plus rien à faire. "Quand on a subi une intervention aussi importante, on est médicamenté pendant très longtemps (injections de liquidités, taux extrêmement bas, etc.). Et au fur et à mesure que la santé du patient s’améliore, on réduit très progressivement le dosage médicamenteux".

Une réduction qui peut être mise en pause en cas de gros choc économique comme c’est le cas actuellement. "Ce que la BCE a annoncé début mars, ce n'est pas une augmentation ou un changement du dosage. C'est juste qu'elle va mettre plus de temps à le réduire". À l’image de ce qu'a fait la Réserve fédérale en 2014-2015.

 

Une vulnérabilité externe

De nature plutôt optimiste, Samy Chaar estime que "la zone euro n'est pas en crise aujourd'hui". Et de citer un taux de chômage bas, des salaires en hausse… "La vraie vulnérabilité de l’Europe, ce n’est pas son marché domestique. C’est l’effondrement du commerce mondial". L’économiste parle même d’une "récession globale des échanges commerciaux".

Un choc violent qui s’est déclaré en seulement deux mois.

  • Il y a d’abord eu les tarifs douaniers mis en place par les États-Unis
  • Provoquant un effondrement du commerce mondial. 
  • Lequel a fait baisser la demande asiatique
  • Impactant les exportations allemandes et donc l’économie européenne
Samy Chaar, économiste en chef de Lombard Odier ©Lombard Odier

"L’Europe ne peut pas faire grand-chose dans cette lutte entre Américains et Chinois. Elle doit subir, tout en s’assurant que cela n’affecte pas trop son économie domestique. Et espérer – légitiment selon moi – que les deux parties se rendent compte qu’il y a déjà eu assez dégâts."

La BCE est trop pessimiste

Tablant sur un deal USA-Chine dans les mois à venir, Samy Chaar juge par conséquent que les prévisions économiques de la BCE sont "extrêmement sévères". "Une croissance au-dessus de 1,5% est réalisable cette année. Mais si Américains et Chinois mettent beaucoup de temps à trouver cet accord, il faut alors s’attendre à un rebond plutôt en 2020".

L’économiste souligne tout de même le rebond de plusieurs paramètres économiques en zone euro, qui l’incitent à s’attendre à une meilleure croissance que ce que l’on a connu ces neuf derniers mois.

L’Allemagne restera-t-elle la locomotive européenne?

Une croissance qui pourrait ne plus compter autant sur l’Allemagne. "Pour moi, le modèle économique allemand est obsolète aujourd’hui. (…) Quand vous êtes la 3e économie de la planète, vous devez aussi être une source de demande". Et d’avancer que si l’Allemagne refuse de jouer ce rôle, elle ne pourra plus être la locomotive de l’Europe dans les 10-15 prochaines années.

"Pour moi, le modèle économique allemand est obsolète aujourd’hui. (…) Quand vous êtes la 3e économie de la planète, vous devez aussi être une source de demande"
Samy Chaar
économiste en chef de Lombard Odier

Samy Chaar conclut en affirmant que le grand défi de la zone euro est de répondre à ce dilemme. Soit l’Allemagne est capable de se réinventer, soit il faudra compter sur les économies de services et espérer que la France puisse prendre le relais.

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