Lagarde imprime son style, "ni colombe, ni faucon, mais chouette"

©EPA

Pour sa première réunion à la tête à la BCE, Christine Lagarde n’a pas modifié les mesures prises récemment par son prédécesseur. Elle prévient d’emblée qu’elle aura son propre style, et promet une première revue stratégique depuis 16 ans.

À vrai dire, on attendait davantage la conférence de presse qu’a donnée Christine Lagarde après sa première réunion en tant que présidente de la Banque centrale européenne (BCE), que le communiqué final publié à l’issue de cette réunion. Car il était quasi acquis pour la plupart des économistes que le taux des dépôts de l’institution, descendu à moins 0,5% par son prédécesseur Mario Draghi en septembre dernier, ne serait pas modifié. Le principal taux d’intérêt a, lui, été maintenu à zéro.

Ces taux resteront à leur niveau actuel "ou à des niveaux plus bas" jusqu’à ce que l’institution constate un retour durable de l’inflation dans la cible de son mandat, soit un niveau légèrement inférieur à 2%, indique le communiqué.

En outre, comme anticipé également, la BCE continuera de racheter de la dette publique et privée sur les marchés financiers. Elle avait repris ces achats en novembre dernier à raison de 20 milliards d’euros par mois et sans horizon de temps, dans l’espoir de ranimer une économie plombée par les tensions commerciales.

"Je vais être moi-même"

"Ne surinterprétez pas, n’anticipez pas, ne faites pas de références. Je vais être moi-même, donc probablement différente"
Christine Lagarde
Directrice de la BCE

14h39, Christine Lagarde est fin prête. Elle se lance dans sa toute première conférence de presse en tant que numéro un de la BCE face aux journalistes venus d’horizons divers. "J’aurai mon propre style, dit-elle durant l’heure que dure habituellement une conférence de la BCE. Ne surinterprétez pas, n’anticipez pas, ne faites pas de références. Je vais être moi-même, donc probablement différente", conjure-t-elle.

L’ancienne directrice du Fonds monétaire international (FMI), connue pour sa communication habile, va plus loin encore dans la précision. Elle refuse de se laisser enfermer dans cette alternative qui oppose depuis des décennies – et qui fait régulièrement les choux gras de la presse financière – les partisans de politiques monétaires souples comparés à des colombes, à ceux prônant des politiques plus strictes surnommés, eux, des faucons. "Une bonne fois pour toutes, je ne suis ni une colombe, ni un faucon", a-t-elle martelé. "Mon ambition est d’être une chouette, que l’on associe souvent avec une certaine sagesse", a-t-elle ajouté. Pour le chef économiste d’ING en Allemagne, Carsten Brzeski, "Christine Lagarde veut être autant que possible consensuelle".

Revue stratégique à l’agenda

Voilà pour les présentations. Sur le plan macroéconomique, la BCE note que les risques pour la croissance sont toujours baissiers. Mais dans une proportion quelque peu moins prononcée qu’auparavant. C’est pourquoi elle n’a que légèrement revu ses perspectives économiques pour les deux prochaines années. De 0,1 point à 1,1% pour 2020 pour monter jusqu’à 1,4% en 2021. L’inflation va pour sa part remonter à 1,6% en 2022. "Les dernières données macroéconomiques indiquent une poursuite des pressions inflationnistes atones et une dynamique de croissance faible dans la zone euro, bien qu’il y ait des signes initiaux de stabilisation du ralentissement de la croissance et d’une légère augmentation de l’inflation sous-jacente conforme aux attentes précédentes."

Christine Lagarde a aussi promis la première revue stratégique de la BCE depuis 2003. Cela lui permettra d’évaluer si l’objectif d’inflation doit être ajusté. Cet examen débutera en janvier. Il est prévu de l’achever avant la fin de l’année prochaine. "Il n’y a pas de zone d’atterrissage préconçue à ce stade pour le résultat de l’examen stratégique", a-t-elle dit.

Sur les marchés financiers, l’euro qui était monté jusqu’à 1,1154 dollar est revenu en fin de journée à 1,1120. Quant aux rendements obligataires à 10 ans, celui du Bund est passé de -0,33% à -0,26%. Celui de l’OLO de -0,05% à 0,01%.

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