edito

Le bitcoin n'est pas (encore) une devise

Journaliste

Tesla a décidé d'accepter le bitcoin. Pour autant, la cryptomonnaie deviendra-t-elle une devise bien réelle?

Quand un géant de l'automobile tel que Tesla accorde sa confiance au bitcoin, cette cryptomonnaie franchit un pas. Elle s'éloigne (un peu) de la zone des actifs qui suscitent la méfiance et se rapproche (un peu) du statut de véritable devise. Elle en reste toutefois encore loin. Une hirondelle – même si elle a une fameuse envergure – ne fait pas le printemps. Rien ne dit que d'autres grandes entreprises vont aussi se mettre à investir dans le bitcoin et à l'accepter comme moyen de paiement pour leurs produits et services. Rien ne permet non plus de préjuger de l'attitude des consommateurs, dont une écrasante majorité se garde bien d'utiliser la célèbre monnaie virtuelle à l'heure actuelle.

Que se passera-t-il si, demain, d'autres géants tels que Tesla acceptent aussi le bitcoin et si les consommateurs l'utilisent? Ne deviendra-t-il pas une véritable devise, de facto?

Beaucoup d'autorités, telles que la Banque centrale européenne (BCE), dénient au bitcoin le statut de véritable devise. Mais que se passera-t-il si, demain, d'autres géants tels que Tesla acceptent aussi la cryptomonnaie et si les consommateurs, mis en confiance par cet adoubement du bitcoin par leurs fournisseurs préférés, se mettent à l'utiliser régulièrement? La monnaie virtuelle ne deviendra-t-elle pas, de facto, une monnaie à part entière?

On a vu, avec l'affaire GameStop, combien les jeunes générations d'investisseurs, férus de nouvelles technologies, sont disposées à prendre des risques financiers, peut-être sans en mesurer toute la portée. Les autorités monétaires devront réagir, car leur rôle est d'assurer aux acteurs économiques – consommateurs, entreprises et pouvoirs publics – une stabilité financière. À cet égard, la volatilité du bitcoin peut poser un gros problème. Mais bonne chance pour réglementer un actif qui, par son recours à la technologie de la blockchain, est nécessairement décentralisé.

Il reste donc aux banques centrales à proposer une alternative crédible susceptible d'emporter l'adhésion des fans de nouvelles technologies et d'absence de contrôle du système. Ce dernier critère est déjà rencontré, dans le monde physique, par les espèces, soit les billets et pièces, dont la valeur est stable et dont l'usage garantit un anonymat. Dans le monde numérique, il reste à créer une monnaie digitale équivalente à ce cash. La BCE travaille à un euro numérique. D'autres banques centrales suivent la même voie. Il est temps.

Enfin, il faudra aussi s'interroger un jour sur le bilan carbone de ces devises électroniques dont l'utilisation implique de faire tourner des serveurs informatiques énergivores. Les jeunes amateurs des nouvelles technologies sont aussi sensibles à l'écologie. Pourra-t-on concilier les deux?

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés