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Le casse-tête des prévisionnistes

Chroniqueur, newsmanager

La crise du coronavirus a brouillé les cartes. Les plans de relance et le rythme des vaccinations engendrent des incertitudes, tant pour l'économie que pour les marchés.

La situation de crise liée au Covid-19, en ce premier anniversaire du confinement, complique singulièrement la vie des prévisionnistes. En 2020, le Produit intérieur brut (PIB) belge s'est contracté de 6,3%, soit la plus grosse récession depuis 1945. Pour donner un ordre de grandeur, cette récession est trois fois plus importante que lors de la grande crise financière de 2009 (-2%). Il est évident qu'une telle crise laissera des traces.

Afin de montrer toute la difficulté de l’exercice de prévision, pour le dernier trimestre 2020, la Banque nationale de Belgique (BNB) avait dans un premier temps estimé que le PIB s’était inscrit en hausse de 0,2%. Mais finalement, la croissance s'est avérée négative de 0,1%. Pour le premier trimestre de cette année 2021, ses deux modèles Brel et R2D2 affichent des prévisions divergentes, +0,45 % pour le premier, 0% pour le second. Par conséquent, vu l'incertitude, les estimations basées sur des modèles doivent être complétées par des informations recueillies auprès d'autres sources, ainsi que par des avis d'experts. Au final, la BNB estime que la croissance sera de 0,5%. Avec toutes les réserves d’usage.

Autre exemple d'incertitude et de controverse avec les États-Unis et le plan de relance de Joe Biden de 1.900 milliards de dollars. Ce montant représente l’équivalent de 8,5% du PIB américain. Pour certains économistes, c’est tout simplement démesuré. Ce sont deux économistes de pointe qui l’affirment: Larry Summers et Olivier Blanchard. Selon eux, un tel montant déversé sur l’économie (avec les chèques de 1.400 dollars versés à des millions d’Américains) risque de provoquer une surchauffe inflationniste. Ils mettent en évidence que les montants sont six fois plus importants que lors de la crise financière de 2008-2009.

Choisir les technologiques ou les cycliques? Le marché ne s'est pas encore totalement fait une religion.

Mais les opinions de Summers et Blanchard sont loin d’être partagées par le prix Nobel Paul Krugman pour qui il était réellement nécessaire de "voir grand" dans cette crise. Laurence Boone, la cheffe économiste de l’OCDE, ne croit pas de son côté que le plan Biden va créer un dérapage des prix, vu la situation du marché du travail et des capacités de production toujours inutilisées. Et puis, on s’est tellement plaint du fait que les banques centrales n’atteignaient pas leurs objectifs en matière de prix qu’un petit retour de l’inflation devrait plutôt être considéré comme le bienvenu.

Les prévisions de l’OCDE, publiées cette semaine, sont clairement marquées du sceau de l'incertitude. La lenteur de la vaccination (surtout en Europe) et l’arrivée de nouveaux variants du virus résistant aux vaccins actuels pourraient en effet affaiblir la reprise et provoquer des pertes d’emploi et des défaillances d’entreprises en plus grand nombre. L’organisation internationale basée à Paris explique que l’engorgement des tribunaux de commerce pourrait même conduire à la liquidation d’entreprises qui, en d’autres circonstances, auraient été viables, une fois restructurées.

Techs contre cycliques

Sur les marchés boursiers, on se pose aussi des questions. Si l'indice Dow Jones a battu de nouveaux records, le marché Nasdaq est, lui, entré en correction après une baisse de 10% par rapport à ses plus hauts niveaux. Mais il en est très rapidement sorti, grâce au fameux "buy the dip" (acheter quand le marché enregistre un creux).
On le sait, le plan Biden et la hausse des taux de rendement obligataires sont plutôt considérés comme un "moins" pour les actions technologiques et un "plus" pour les actions cycliques. Mais le marché ne s'est pas encore totalement fait une religion. Parfois, les deux groupes de valeurs grimpent même de concert. Certains analystes proposent dès lors de s'en tenir à une stratégie dite "barbell" qui consiste à être représenté dans les deux groupes de valeurs et de profiter des replis de cours qui peuvent intervenir. Une manière de traverser le brouillard de ce premier trimestre 2021.

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