Le compte d'épargne: produit simple, gestion sophistiquée

L‘engouement pour les comptes d’épargne ne fléchit pas. À la fin du mois d’août, l’encours des comptes d’épargne réglementé atteignait le record de 208,45 milliards d’euros, selon les chiffres publiés vendredi sur son site internet par la Banque nationale de Belgique.

En août, les livrets ont collecté plus de 1,9 milliard d’euros supplémentaires, soit une hausse de 0,95 % par rapport à juillet. Au total, les comptes d’épargne ont gonflé de 19,7 milliards d’euros cette année, soit une hausse de 10,5 %.

Les incertitudes économiques semblent donc toujours inciter les épargnants à la prudence et les poussent à privilégier le bon vieux livret, sûr et liquide. Des atouts qui compensent les maigres rendements. La rémunération la plus élevée du marché ne dépasse actuellement pas les 2,5 %, prime de fidélité incluse — chez Rabobank.be et Axa — soit un rendement inférieur à l’inflation qui atteignait 2,91 % le mois dernier. Le rendement global des comptes d’épargnes ordinaires auprès des grandes banques oscille, lui, entre 1,25 et 1,50 %.

Livret surrémunéré

Malgré leur faiblesse apparente, les taux offerts par les banques sont élevés, au regard des taux sur le marché interbancaire. L’Euribor à trois mois, la référence sur le marché, a récemment progressé pour atteindre 0,97 % vendredi, contre 0,89 % la semaine précédente. Mais ce taux reste néanmoins inférieur au taux de refinancement de la zone euro qui atteint 1 %, alors qu’il est supérieur de 15 à 20 points de base en temps normal. Les banques continuent en effet à se refinancer sans limites auprès de la Banque centrale européenne et font peu appel au marché interbancaire.

Les taux offerts par de nombreuses banques pour rémunérer les épargnants traduisent donc un réel effort de la part des banques. "Le produit reste surrémunéré, explique pour sa part Barbara Roels, spécialiste en produit d’épargne chez BNP Paribas Fortis. Le marché est très concurrentiel. Les grandes banques ont voulu se repositionner dans ce marché. Dans la phase avant la crise, les joueurs de niche, comme les banques internet ont occupé beaucoup d’espace et les grandes banques ont voulu reconquérir leur clientèle."

Risque de liquidité

"Pour obtenir un taux de 1,65 %, le taux de base de notre compte Azur, avec un placement sans risque, soit des emprunts d’État, il faut investir dans des échéances de près de quatre ans, explique Thierry Ternier, Chief Executive Officer de Keytrade Bank. Ce qui est problématique dans la mesure où les clients peuvent à tout moment disposer de leur argent sur les comptes d’épargne. Pour déterminer la durée d’un produit qui, contrairement aux bons de caisse par exemple, n’a pas de durée, nous nous basons sur des études régulières analysant le comportement des clients sur de longues périodes. La moyenne de notre portefeuille de placement s’élève à un peu moins de deux ans."

"Dans le cas d’un bon de caisse, les risques pour la gestion des liquidités sont très faibles: si le client décide de retirer ses dépôts avant l’échéance, il devra payer l’impact du marché sur les dépôts, précise Barbara Roels. Pour des produits sans maturité comme le compte d’épargne, le schéma de tarification est différent: le client reçoit une rémunération au jour le jour et un bonus pour récompenser sa fidélité."

Les banques ont donc intérêt à stabiliser les dépôts d’épargne et à inciter les épargnants à augmenter la durée de leur dépôt. C’est en tout cas la politique des grandes banques qui concentrent depuis longtemps une partie de leurs efforts sur la prime de fidélité, alors que petites banques préfèrent profiter de leur structure réduite de coûts pour stimuler au maximum le taux de base. Ces dernières avaient vivement critiqué la réforme du compte d’épargne, entrée en vigueur en 2009, qui instaurait un minimum pour la prime de fidélité à un quart du taux de base effectif, soutenant ainsi les grandes banques.

Effet retard

Les rendements actuels sont en fait générés par le stock de placements effectués dans le passé par les banques à des taux plus élevés. Mais ces réserves ne sont pas éternelles, d’autant que les flux massifs vers les comptes d’épargne, diluent le portefeuille. "Le portefeuille d’épargne constitué avant 2008 était placé à des conditions de marché plus favorables, explique Barbara Roels. Suite à la crise boursière et à un moment où les taux de marché tombaient drastiquement, on a vu un afflux vers l’épargne qui dilue la valeur de ce stock et donc les rendements."

Une série de banques ont baissé au début du mois les tarifs des livrets et ce mouvement devrait se poursuivre. "Si les taux d’intérêt restent à leur niveau actuel, il sera mathématiquement impossible de maintenir le rendement actuel de l’épargne", concède Thierry Ternier.

Cet effet retard qui explique le niveau supérieur des tarifs des comptes d’épargne par rapport aux taux du marché jouera en défaveur des rendements lorsque les taux remonteront. "L’épargne ne bouge pas dans de l’eau mais dans de la confiture: tous les effets de marché sont amortis", conclut Barbara Roels.

 

Carine Mathieu

 

 

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