Le danger des dettes

Plus personne ou presque ne veut acheter des dettes émises par les États n’appartenant pas au "noyau dur" de la zone euro. Et les pays en délicatesse avec leurs finances posent aussi question. Même la dette belge sent passer le vent du boulet

Plus personne ou presque ne veut acheter des dettes émises par les États n’appartenant pas au "noyau dur" de la zone euro. Et la tâche d’huile commence même à s’étendre aux dettes des principaux garants de l’Union monétaire. Même l’Allemagne, qui est pourtant la seule vraie locomotive de la croissance continentale, a vu sa dernière émission obligataire être sous-souscrite. Un signe manifeste de la défiance grandissante des investisseurs quant à la capacité de la zone euro à surpasser la crise des dettes publiques.

Le sauvetage de l’Irlande, le deuxième du genre après celui de la Grèce, ne parvient pas à enrayer la hausse du risque de restructuration d’une ou plusieurs dettes publiques dans la zone euro. Un risque d’autant plus tangible que les États membres de l’UE et le FMI viennent justement d’accepter un rééchelonnement de la dette grecque et que l’on sait désormais qu’à partir de 2013 les investisseurs privés pourraient être contraints d’en faire de même pour une ou l’autre dette souveraine.

Résultat des courses, la prime de risque étatique a bondi en novembre de 2,14 % en Irlande, de 1,33 % en Hongrie, de 1,24 % en Espagne, ou de 0,96 % au Portugal. Ce qui nous donne les quatre emprunts d’État les moins rentables du mois écoulé: les pertes s’élèvent, selon le classement d’EFFAS, à -10,54 % pour l’Irlande, -8,26 % pour la Hongrie, -6,6 % pour l’Espagne, et -5,44 % pour le Portugal.

Ce que nous disent les marchés obligataires, c’est que le Portugal et l’Espagne ne pourront vraisemblablement pas, compte tenu du caractère exorbitant des coûts du crédit auxquels ils doivent faire face (respectivement 6,9 % et 5,4 % à 10 ans), se refinancer durablement sur le marché. Un appel à l’aide européenne risque de s’avérer nécessaire. Mais le fonds de stabilité financière européenne aura-t-il les reins financiers assez solides? Le doute est permis lorsque l’on sait que l’Espagne aurait besoin de près de 400 milliards d’euros, soit plus de deux fois l’aide accordée à la Grèce et l'Irlande.

Du coup, ce sont tous les pays en délicatesse avec leurs finances qui posent actuellement question. Même la dette belge (-2,66 % en novembre) sent passer le vent du boulet: sa prime de risque par rapport aux Bunds allemands à 10 ans (-0,87 %) est désormais de 1,2 %, contre un plancher 2010 de 0,29 %.

Par ricochet, l’euro est repassé à moins de 1,30 USD (-7,4 % sur le mois écoulé) et les dettes des entreprises européennes (près de -1 %), surtout financières, ne font plus recettes. La dette générique du Crédit Agricole a ainsi perdu en novembre 3,3 % de sa valeur (la pire performance parmi les 50 principaux émetteurs mondiaux repris dans l’indice BofA Merrill Lynch).

 

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