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Le début de la fin de l'exubérance?

Chroniqueur, newsmanager

Les stars de la cote américaine ont perdu de 15 à 20% depuis le début du mois de septembre. Et les "Spac" sont scrutées par le gendarme financier US.

Il faut toujours profiter des bons moments. Demandez à Vincent Van Dessel. Sa Bourse de Bruxelles a accueilli deux nouveaux venus sur ses écrans de cotation en l’espace de quelques jours. Et avec succès. Pour sa première cotation mardi, Unifiedpost, la « fintech » de La Hulpe, a bondi de 40% à l’ouverture avant de provoquer quelques froncements de sourcils lorsque le cours est tombé momentanément sous son prix d’introduction. Mais finalement, elle a clôturé la séance sur un gain de 19%. Pour rappel, vendredi passé, Nyxoah avait gagné 15% lors de ses premiers pas sur Euronext. Finalement, les deux sociétés s’en sont relativement bien tirées cette semaine dans un contexte aussi morose que l’arrivée de cet automne venteux et pluvieux. L’indice Bel 20 est en effet entré dans une phase de correction après une baisse de 10%. Depuis le début de l’année, l’indice bruxellois perd même plus de 20%. Aux États-Unis, l’indice S&P 500 a quasiment perdu tous ses gains depuis le début de l’année et le Nasdaq Composite est également entré dans une zone de correction. Et toutes les stars de la cote, les Google (Alphabet), Facebook, Apple, Amazon, Netflix et Tesla ont chuté de 15 à 20% depuis les plus hauts niveaux du début septembre. C’est un petit coup de froid qui s’est installé après des semaines d’une certaine exubérance.

Depuis plusieurs semaines, les introductions boursières (IPO) se sont multipliées à Wall Street avec quelques envolées qui rappellent l'engouement de la fin des années 90. "Party like it's 1999". Ce fut le cas de Snowflake, spécialisée dans les data et le "cloud computing". Introduite à 120 dollars le 16 septembre, le cours a explosé à plus de 300 dollars en séance avant de clôturer à quelque 250 dollars. À la veille du week-end, Snowflake cotait 230 dollars environ, ce qui valorise la société à 60 milliards de dollars, soit davantage que General Motors et presque autant que Goldman Sachs!

Les IPO se sont multipliées à Wall Street avec quelques envolées qui rappellent l'engouement de la fin des années 90. "Party like it's 1999!"

La domination des valeurs technologiques est écrasante. Au sein de l’indice S&P 500, si on additionne le secteur des technologies de l’information (Apple, Microsoft…), celui des services de communication (Facebook, Alphabet…) et qu'on y ajoute Amazon (répertorié dans le secteur de la consommation), on arrive à 45% de l’indice. Jamais le secteur technologique n’a pesé autant. Aujourd'hui, les valeurs financières pèsent un peu moins de 10% de l’indice et les valeurs industrielles à peine 8%. Par comparaison, en Europe, les technologiques n’ont dépassé les valeurs financières que récemment.  Et la première valeur techno, SAP, n’arrive qu’en quatrième place dans l’indice Stoxx Europe 600, derrière Nestlé, Roche et Novartis.    

Spac et SEC...

D'autres éléments attestent encore de cette bouffée d’exubérance boursière aux États-Unis comme l’explosion du trading sur la plateforme Robinhood et l’appétit vorace des investisseurs particuliers pour les options sur les actions. Et puis, il y a ces Spac, ces "Special Purpose Acquisition Companies". Ces sociétés, sorte de coquilles vides, qui viennent se faire coter en bourse avec l’unique but de racheter d'autres entreprises. Les levées de fonds par ces Spac ont dépassé les 40 milliards de dollars cette année, un record. L’investisseur fait le pari (un peu à l'aveugle) que le gestionnaire de la Spac (parfois des noms très connus du monde entrepreneurial et financier) réalisera une belle acquisition, ce qui lui permettra de réaliser une juteuse plus-value. Le constructeur de camions électriques Nikola est entré en bourse via une Spac en juin dernier. Mais ces derniers jours, son fondateur et président Trevor Milton a démissionné alors qu'il était accusé d'avoir trompé les investisseurs (ce qu'il nie). Et dans la foulée, le gendarme des marchés, la SEC, a décidé d'ouvrir une enquête sur ces Spac. C'est peut-être une fenêtre d'exubérance qui est en train de se fermer.

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