Le dollar pas près de perdre sa place de numéro un mondial

La monnaie des Etats-Unis continuera à dominer les échanges internationaux dans les prochaines années, selon une étude de l'UCL. ©REUTERS

Des chercheurs de l'UCL ont étudié divers scénarios susceptibles d'influer sur le rôle des grandes devises. Dans chaque cas, le billet vert resterait dominant.

L'étoile du dollar américain est-elle en train de pâlir? Le billet vert a perdu 9% face à l'euro depuis son pic de mars, atteint juste après le krach boursier dû à la pandémie. Sur cette période, la monnaie des Etats-Unis s'affiche même en nette baisse face aux quinze autres plus grandes devises mondiales, à la seule exception du real brésilien. La méforme du dollar US conduit des observateurs des marchés à s'interroger sur l'hégémonie de la devise américaine dans les réserves de change internationales à l'avenir.

Mais dans la revue "Regards économiques" qui est publiée ce jeudi (disponible sur regards-economiques.be), Vincent Bodart et Pauline Harrak (UCLouvain) démontent l'hypothèse d'une disgrâce du billet vert dans les prochaines années. Basée sur le mémoire de fin d'études de Pauline Harrak, cette recherche envisage trois scénarios pour les dix à trente prochaines années.

49%
Part estimée du dollar dans les réserves mondiales en 2030
Dans le scénario le plus crédible envisagé par l'étude de l'UCL, la part du dollar dans les réserves de change internationales serait encore de 49% dans dix ans, pour à peine 19% pour l'euro et 17% pour le yuan renminbi.

Le premier verrait la zone euro retrouver, d'ici cinq ans, un poids équivalent à celui qu'elle avait dans l'économie mondiale avant la crise financière, tandis que les USA resteraient à leur niveau actuel et ce, jusqu'en 2050. En partant du principe bien établi que la taille d'une économie influence en partie le rôle de sa monnaie à l'échelon international, les chercheurs estiment que, dans ce cas de figure, la part de l'euro dans les réserves de change mondiales grimperait de 20 à 25% environ, tandis que celle du dollar se contenterait de se tasser légèrement, passant d'un peu plus de 60% à un peu moins de 60%.

Pas de quoi tout chambouler

Dans la deuxième hypothèse, sans doute la moins réaliste, l'économie de la zone euro atteindrait le même poids que celle des Etats-Unis d'ici 2050. Mais même dans ce cas, l'étude montre que le dollar resterait encore numéro un mondial dans trente ans avec environ 50% de parts dans les réserves, pour quelque 35% à l'euro.

"La taille économique d’un pays n’est pas le seul facteur qui permet à une monnaie d’acquérir le statut de monnaie de réserve internationale."
Vincent Bodart et Pauline Harrak
UCLouvain

La troisième anticipation, bien plus crédible, verrait les économies des USA, de la Chine et de la zone euro enregistrer, dans les dix prochaines années, une croissance annuelle égale à celle atteinte en moyenne sur la période 2013-2018. Dans ce cas, le poids de l'économie chinoise dans le monde dépasserait celui de la zone euro et s'approcherait de celui des Etats-Unis en 2030. De quoi chambouler les rôles des devises respectives des trois zones monétaires? Pas vraiment. La part du dollar dans les réserves de change diminuerait certes sensiblement, passant de 62% en 2018 à 49% en 2030, mais elle resterait de loin la plus grande puisque la part de l'euro passerait quant à elle de 21 à 19% tandis que celle du yuan renminbi monterait de 2 à 17%.

Si Biden gagne...

Pourquoi le billet vert conserverait-il une avance si confortable? "La taille économique d’un pays n’est pas le seul facteur qui permet à une monnaie d’acquérir le statut de monnaie de réserve internationale", expliquent les auteurs de l'article. "Parmi les autres facteurs, le degré de développement des marchés financiers joue un rôle important." Et à cet égard, les Etats-Unis ont une avance considérable sur la Chine.

Quant à l'euro, il pourrait être mieux représenté dans les réserves mondiales à l'avenir, mais il ne semble pas en mesure de pouvoir concurrencer le roi dollar. Et ce n'est pas la récente appréciation de la monnaie unique face au billet vert qui change la donne. A noter: la hausse de l'euro pourrait continuer en cas de victoire de Joe Biden lors de l'élection présidentielle, selon plusieurs économistes, car les investisseurs auraient moins tendance à chercher refuge dans le dollar. Wait and see.

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