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Le FMI s'inquiète de l'impact du tapering sur les pays émergents

L'économiste en chef du FMI, Gita Gopinath, souligne que le tapering va s'ajouter aux problèmes des pays émergents. ©AFP

La conseillère économique et directrice du département des études du Fonds Monétaire International s'inquiète de la volonté de la Fed d'enclencher la fin de son programme de rachats d'actifs. Elle craint un impact sur des pays émergents fragilisés par la pandémie.

Le tapering de la Réserve Fédérale américaine inquiète le Fonds Monétaire International. Dans une interview accordée au quotidien britannique Financial Times, l'économiste en chef de l'institution, Gita Gopinath, s'est dite préoccupée par l'impact de ce retrait progressif des rachats d'actifs de la banque centrale sur les pays émergents. Elle a rappelé qu'en 2013, lors du précédent tapering de la Fed, la région avait connu une forte hausse des coûts de financement. Annoncé plus tôt que prévu, ce retrait avait été baptisé "taper tantrum" (en référence à l'expression anglaise "temper tantrum", qui veut dire accès de rage ou de colère, NDLR).

Les pays émergents, où les campagnes de vaccination sont plus lentes qu'en Europe, font actuellement face à des problèmes économiques liés à la pandémie de Covid-19. "Les marchés émergents sont confrontés à des vents contraires beaucoup plus durs" a indiqué Gita Gopinath au Financial Times. "Ils sont touchés de différentes manières, c'est pourquoi ils ne peuvent tout simplement pas se permettre une situation où vous avez une sorte de crise de colère des marchés financiers en réaction aux principales banques centrales."

"Nous sommes préoccupés par un scénario où l'inflation augmenterait beaucoup plus que prévu, et cela nécessiterait une normalisation beaucoup plus rapide de la politique monétaire aux États-Unis."
Gita Gopinath
Conseillère économique du FMI

La spécialiste en économie du FMI rappelle que les pays émergents, et les États-Unis, sont confrontés à une inflation plus forte. "Nous sommes préoccupés par un scénario où l'inflation augmenterait beaucoup plus que prévu, et cela nécessiterait une normalisation beaucoup plus rapide de la politique monétaire aux États-Unis" a-t-elle indiqué. Toutefois, le FMI ne retient pas ce scénario pour le moment. Il a calculé que 4.500 milliards de dollars pourraient être effacés du PIB mondial en cas de normalisation massive de la Fed et d'une nouvelle vague de contamination mondiale du Covid-19.

Un tapering prévu cette année

120
Milliards de dollars
La Fed veut ralentir le montant qu'elle rachète tous les mois sur les marchés, sans donner plus de détails.

Les propos de l'économiste font écho au discours de Jerome Powell, le président de la Fed, lors du symposium de Jackson Hole la semaine dernière. Celui-ci a affirmé que l'économie américaine s'avère suffisamment solide pour que la banque centrale puisse ralentir ses rachats d'actifs à hauteur, actuellement, de 120 milliards de dollars par mois. Toutefois, Jerome Powell n'a pas donné de calendrier précis pour le début de ce ralentissement.

Le président de la Fed a aussi souligné, lors de son discours, que la réduction du soutien de la banque centrale à l'économie américaine ne signifiait pas que la hausse des taux d'intérêt suivrait immédiatement. Les analystes ont estimé que le resserrement de l'institution sur les marchés d'actifs serait doux. Même Gita Gopinath a reconnu que la communication de la Fed est claire cette fois-ci, contrairement à 2013, où les marchés avaient été surpris par son ton.

Une Asie mieux lotie

Des analystes ont souligné que cette fois-ci, les pays d'Asie du Sud-Est sont mieux lotis pour faire face à un tapering, contrairement à ce que craint Gita Gopinath.

"En partie à cause du taper tantrum en 2013, les banques centrales d'Asie du Sud-Est disposent désormais de meilleurs coussins de réserves de change."
Vishnu Varathan
Responsable de l'économie et la stratégie chez Mizuho Bank

"En partie à cause du taper tantrum en 2013, les banques centrales d'Asie du Sud-Est disposent désormais de meilleurs coussins de réserves de change", a constaté Vishnu Varathan, responsable de l'économie et de la stratégie chez Mizuho Bank. "Le degré de pentification de la courbe des obligations du Trésor américaines semble beaucoup plus modéré cette fois-ci, ce qui peut être confondu avec une pression réduite pour la fuite des capitaux hors de l'Asie émergente", a-t-il ajouté.

De plus, les devises des pays d'Asie du Sud-Est s'avèrent sous-évaluées pour la plupart, alors qu'en 2013, elles étaient surévaluées. Cette sous-évaluation réduit les risques de fuites de capitaux étrangers en cas d'aversion au risque sur les marchés financiers, d'après les analystes.

Le résumé

  • L'économiste en chef du FMI, Gita Gopinath, s'inquiète de l'impact du tapering de la Fed sur les pays émergents.
  • Elle a souligné que les pays émergents sont confrontés à la pandémie de Covid-19 et à une inflation forte.
  • Elle a toutefois reconnu que la Fed communique clairement sur ses intentions contrairement à 2013.
  • Des analystes ne sont pas inquiets pour les pays d'Asie du Sud-Est.

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