Le gourou de l’investissement Dr. Doom met en garde contre l’éclatement de la bulle boursière

Marc Faber, surnommé Dr. Doom, est l’invité vedette du Fund Insider Forum de L’Echo et de De Tijd.

La flambée de dettes inédite au niveau des banques centrales a créé des bulles spéculatives dans presque tous les coins du marché, prévient le très influent économiste Marc Faber. Le Suisse, connu pour ses prévisions boursières pessimistes, conseille de chercher refuge sur les marchés émergents, dans les métaux précieux et les matières premières agricoles.

Le nom de plume de Marc Faber a rarement été aussi justifié qu’à l’heure actuelle. L’investisseur suisse est devenu mondialement célèbre lorsqu’il a conseillé à ses clients, une semaine avant le krach boursier de 1987, de vendre toutes leurs actions. Aujourd’hui encore, Dr. Doom – qui s’est adressé ce mardi aux gestionnaires de fonds belges à l’occasion du Fund Insider Forum de L’Echo et de De Tijd, mérite sa réputation de prophète de malheur. "La bourse est totalement décorrélée de l’économie et depuis 2008, elle ne vit que de l’argent créé par les banques centrales", prévient Faber. Dans un avenir proche, le ressort sautera, poursuit-il. "Les investisseurs se trouvent sur un navire qui fait naufrage, et la question qui se pose aujourd’hui est de savoir si l’on se rue dès à présent dans les canots de sauvetage ou si l’attend encore un peu dans l’espoir que le capitaine offre une tournée gratuite."

"La bourse est totalement décorrélée de l’économie et depuis 2008, elle ne vit que de l’argent créé par les banques centrales."
Marc Faber

Faber n’a pas dressé un portrait très encourageant de l’économie mondiale. "Les banques centrales ont créé énormément de richesses pour une petite élite, mais ont réduit en miettes les perspectives pour la jeunesse", estime ce super-investisseur. "Les jeunes qui ont aujourd’hui 20 ou 30 ans seront les premiers de notre histoire à vivre une situation moins bonne que celle de leurs parents", poursuit-il. "C’est du jamais vu." Malgré tout, et en dépit de ses défauts, le capitalisme reste le meilleur système économique, estime-t-il. "Avec le socialisme, tout le monde partage la même misère. Avec le capitalisme, les richesses ne sont pas partagées de manière égale, certes, mais la moyenne est tout de même bien meilleure."

"Les banques centrales ont créé énormément de richesses pour une petite élite, mais ont réduit en miettes les perspectives pour la jeunesse."
Marc Faber

Lorsqu’on l’interroge sur le fait que les jeunes sont plus actifs sur les marchés d’actions et donc contribuent à la hausse des cours, Faber devient aussi sombre que son surnom. "Les prétendus Robinhood se font rouler, quoi qu’ils fassent", ajoute Faber qui, malgré ses messages pessimistes, reste souriant. "Leurs plateformes de trading vendent leurs ordres en blocs à des fournisseurs de liquidités comme Citadel et Flow Traders. Ils ont une longueur d’avance sur ces ordres. Résultat: les Robinhood sont par définition toujours en retard, explique-t-il. "Ils gagnent peut-être de temps en temps le gros lot, mais sur le long terme ils sont perdants. Il y a deux ans, tout le monde se ruait sur les actions de cannabis, qui ont désormais perdu 90%. Parmi les exemples récents, on peut citer Nikola et Kodak, qu’ils ont achetés comme des moutons de Panurge et dont la valeur boursière est ensuite partie en fumée."

"Les Robinhood gagnent peut-être de temps en temps le gros lot, mais sur le long terme ils sont perdants."
Marc Faber

Reset

Faber s’attend à ce que la croissance économique redémarre lorsque le monde politique et monétaire mondial aura fait un "reset". Il n’exclut pas des révolutions et des flambées de violence. Les élections présidentielles américaines pourraient en être une des premières manifestations, pense l’économiste qui partage les idées de Friedman et des économistes autrichiens Von Mises et Hayek. "En réalité, les deux candidats à la présidence sont peu recommandables et incapables", ajoute Faber qui ne se prive d’aucune phrase assassine. "Mais, quel que soit le vainqueur, le résultat sera contesté par l’autre candidat. Dans les mois à venir, je m’attends à une véritable 'rocky road' pour les actions américaines."

"Que vous le vouliez ou non, vous devez acheter un morceau de Chine et d’Inde."
Marc Faber

Pour Faber, cette période ira de pair avec une longue période de faiblesse du dollar. "Si la Réserve Fédérale américaine imprime 120 milliards de dollars supplémentaires par mois, le marché – déjà en offre excédentaire – sera inondé", poursuit Faber. L’euro et le dollar s’en sortiront moins bien que les métaux précieux, prédit Faber. Les matières premières agricoles et les métaux industriels sont aujourd’hui particulièrement bon marché et représentent une excellente possibilité de diversification, estime l’économiste. "Que vous le vouliez ou non, vous devez acheter un morceau de Chine et d’Inde", conclut Faber. "Lorsque vous voyez qu’un whisky single malt produit en Inde a été élu troisième meilleur whisky au monde, vous savez où vous trouverez les vainqueurs du nouvel ordre mondial."

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