Le luxe se paie cher en Bourse. Oui mais…

©REUTERS

Les unes après les autres, les entreprises actives dans le secteur du luxe dévoilent des résultats qui survolent les attentes. Et qui séduisent les investisseurs sur les marchés boursiers.

LVMH avait donné le ton il y a deux semaines. Le premier groupe de luxe au monde avait fait part d’une hausse de 13% de ses ventes au 1er trimestre de cette année pour franchir la barre des 10 milliards d’euros pour la première fois de son histoire.

Cette nouvelle, on s’en souvient, avait dopé tout le secteur du luxe sur les marchés boursiers mondiaux. À ce jour, et alors que l’indice Stoxx 600 limite ses gains à 1% depuis le 9 avril, la veille de la publication des résultats de LVMH, Hermes (+3,1%) à Paris, l’Italien Prada (+3,2%) coté à la Bourse de Hong Kong, Burberry (+3%) à Londres, Hugo Boss (+4,5%) à Francfort, Richemont (+6,4%) à Zurich de 6,4%, Moncler (+7,5%) et Salvatore Ferragamo (+13,3%) à Milan, toutes ces actions ont surperformé.

Ces gains s’ajoutent à ceux déjà enregistrés ces 12 derniers mois et qui font que ces actions, à l’exception de Ferragamo (-9,7%), affichent des returns positifs allant de 14% (Burberry) jusqu’à 82% (Kering). L’indice Stoxx 600 Return, celui qui tient compte des paiements des dividendes, n’a progressé que d’un modeste pour cent sur cette période. Par return, on entend la performance du cours de l’action, à laquelle on ajoute le rendement du dividende.

Rien ne permet de dire que le secteur du luxe est sur le point de terminer sa course folle sur les marchés boursiers.

Manifestement, le marché s’attendait ces derniers temps à de confortables résultats pour ce secteur qui a énormément profité de l’engouement élevé des consommateurs chinois pour ses produits. Mais visiblement aussi, il a été surpris par les chiffres qui, dans la majorité des cas ont été sensiblement plus élevés que ce que les analystes avaient prévu.

Ce mercredi, Kering, le propriétaire des marques tels que Gucci (60% de ses ventes), Boucheron et Saint-Laurent notamment, en a donné une preuve supplémentaire. Les analystes attendaient une croissance de 24% pour ses ventes à taux de changes constants. Elle a été de 36,5% au premier trimestre! Soit 3 fois plus importante que chez LVMH. À suivre le commentaire de Deborah Aitken, l’analyste de Bloomberg Intelligence (BI), "la supériorité de Gucci qui a vu ses ventes s’envoler de 49% à changes constants vis-à-vis de ses proches concurrents devrait dominer pendant plusieurs trimestres".

Valorisations élevées

Dans ce contexte enthousiasmant, doit-on penser que le secteur du luxe est bien positionné pour poursuivre sa course folle sur les marchés boursiers? Cette perspective ne peut être exclue. D’autant qu’il nous a habitués jusqu’ici à enregistrer un taux de croissance des affaires deux fois plus élevé que la moyenne du marché. Les analystes suivis par Bloomberg prévoient un bénéfice par action de 18,4 euros pour Kering. Un montant 3 fois supérieur à celui enregistre en 2010.

Il ne faudrait cependant pas que cette dynamique subisse une inflexion que pourrait provoquer un ralentissement des économies chinoise ou américaine par exemple. Surtout que l’on ne peut ignorer que le secteur dans son ensemble est actuellement chèrement valorisé en Bourse. Il se traite entre 22 fois (Burberry) et 36 fois (Prada) les bénéfices attendus pour 2018.

D'après Christodoulos Chaviaras, analyste auprès de BI, Hugo Boss "a peu de chances d’excéder les attentes du marché à court terme". ©© Oscar Malpica

Cela dit, il va falloir tenir compte de certains éléments défavorables pour l’un ou l’autre des acteurs. Comme pour le groupe familial Ferragamo (article en cuir haut de gamme) qui a peiné l’an passé à mettre en œuvre son ambitieux virage stratégique passant par un renouvellement de sa gamme pour attirer une clientèle plus jeune afin de redresser ses ventes et sa rentabilité.

Ou comme pour le tailleur allemand Hugo Boss qui "a peu de chances d’excéder les attentes du marché à court terme alors qu’il tarde à relever ses prix ou à ouvrir de nouveaux points de vente", estime Christodoulos Chaviaras, analyste auprès de BI. Un euro plus fort risque aussi d’affecter ses ventes. Ce risque vaut pour l’ensemble du secteur très souvent actif dans toutes les régions du monde.

Parmi les facteurs favorables, on retiendra principalement la riche trésorerie dont disposent certaines sociétés. Elle fait espérer des acquisitions qui soutiendront la croissance des affaires. Mais aussi des retours de cash aux actionnaires. Hermes par exemple vient de décider de leur verser un montant exceptionnel de 5 euros par action.

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