Le marché obligataire en mode attentiste sur le dossier grec

©Bloomberg

L’échéance du calendrier de la dette grecque arrive à grands pas.

Mais le marché obligataire reste presque de marbre, en particulier les obligations des pays de la périphérie de la zone euro. "Les spreads (écart de rendement avec le Bund allemand à dix ans) italiens et espagnols restent sous contrôle" observe Nicolas Forest, responsable produits taux chez Candriam. Alexandre De Groote, administrateur-délégué de Petercam Institutional Bonds, tire le même constat. "Le marché ne souffre pas tellement de la saga grecque" relève-t-il.

Le mois prochain s’annonce particulièrement épineux pour la Grèce. Dès le 5 juin, le pays doit procéder au remboursement d’un prêt de 303 millions d’euros au Fonds monétaire international. Ce prêt fait partie d’un plan de sauvetage de la Grèce déployé en 2010, dont les premiers décaissements arrivent tout au long du mois de juin. L’agence Bloomberg a toutefois relevé que le risque majeur pour la dette grecque arrive le 20 juillet, car ce jour-là, le pays doit rembourser 3,5 milliards d’euros à la Banque centrale européenne.

Le marché obligataire ne réagit que très peu à la saga grecque.

Les nouvelles contradictoires sur un accord entre la Grèce et ses créanciers laissent les investisseurs indécis.

Les obligations des pays périphériques ne réagissent pas, comme le pointent les analystes.

En outre, le programme de rachat d’obligations de la Banque centrale européenne calme les investisseurs, comme le souligne Alexandre De Groote (Petercam).

Le gouvernement d’Alexis Tsipras négocie toujours avec le FMI, la BCE et les représentants de l’Union européenne en vue de trouver une solution pour ces paiements. Car le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, n’a pas caché que le pays se trouve à court d’argent.

Le risque d’un défaut de paiement de la Grèce plane donc à nouveau, trois ans après la restructuration de la dette du pays. Mais sur les marchés, ce n’est pas la panique. "Nous ne sommes pas en 2010 et 2012. Des mécanismes ont été mis en place depuis lors" rappelle Alexandre De Groote.

Toutefois, Eric Dor, directeur des Études économiques à l’Ieseg School of Management à Lille, indique dans un article qu’"à cause d’un défaut sur ses emprunts au FMI, la Grèce pourrait être obligée à rembourser tout de suite ce que le FESF (Fonds européen de stabilité financière) lui a déjà prêté, donc 141,8 milliards d’euros."

Un marché volatil

Ce mercredi, des informations ont circulé sur un accord entre la Grèce et ses créanciers. Le taux grec à dix ans s’est détendu de 86 points de base. Mais, comme le souligne Alexandre De Groote, "les nouvelles sur la Grèce sont contradictoires, et elles ne cessent de pleuvoir".

Nicolas Forest observe de la nervosité sur le marché depuis déjà plusieurs semaines. "Il faut noter que les spreads italiens et espagnols sont plus élevés depuis le début du quantitative easing de la Banque centrale européenne (plan de rachats de titres) en mars, ce qui montre des signes d’inquiétude", indique-t-il.

Pourtant, le quantitative easing de la BCE a pour effet de contenir la hausse des taux d’intérêt des dettes des pays périphériques, à l’exception de la Grèce, qui n’entre pas dans ce programme. "La BCE rachète depuis mars 50 milliards d’euros de dette d’État par mois. Et elle a récemment indiqué qu’elle rachètera plus d’obligations avant l’été, à 55-60 milliards d’euros par mois, car les volumes d’émission en juillet et en août, et même jusqu’à la fin de l’année, sont moindres", observe Alexandre De Groote. "Si les obligations d’État des pays de la périphérie devaient subir une contagion du dossier grec, la BCE viendrait contrecarrer cette hausse avec ses rachats d’obligations" ajoute-t-il.

Un risque de sortie de la zone euro

Comme le pointe Eric Dor dans sa note, le nœud du problème en Grèce se situe au niveau des courants politiques au sein de Syriza, le parti d’Alexis Tsipras. "Une motion a été présentée ce dimanche par l’aile gauche, emmenée par le ministre de l’énergie, pour demander que le gouvernement s’engage clairement à ne pas payer le FMI en juin si celui-ci, la BCE et la Commission européenne continuent à vouloir extorquer à la Grèce des réformes libérales supplémentaires, et à étudier des options de rechange, c’est-à-dire abandonner l’euro", souligne-t-il. Mais cette motion n’a pas été votée à majorité.

©AFP

Syriza est arrivé au pouvoir en Grèce sur fond de ras-le-bol de la population grecque des programmes d’austérité imposés par les créanciers de la Grèce. Ce dimanche, la victoire de Podemos, en Espagne, un parti qui milite également pour la fin de l’austérité, a aussi laissé un goût amer aux investisseurs.

Ceux-ci s’inquiètent de la perte d’influence des partis traditionnels: les cartes de l’avenir politique du pays sont moins claires, ce qui crée une incertitude sur la situation financière à venir de l’Espagne. Le taux espagnol à dix ans avait connu mardi un sursaut temporaire, comme le note Alexandre De Groote. Mais depuis, il s’est détendu. Preuve de la nervosité du marché obligataire.

Le risque d’un grexit (sortie de la Grèce de la zone euro) n’est toujours pas évacué sur les marchés.

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