Le marché obligataire prudent après la détente exceptionnelle

Le marché obligataire tentait de retrouver un équilibre mardi, au lendemain d'une spectaculaire détente des taux grecs, alors que les investisseurs se montraient plus circonspects sur les détails du vaste plan de secours annoncé par l'Union européenne.

(afp) - A 18H00 (16H00 GMT), le rendement de l'obligation grecque à 10 ans ressortait à 7,338%, soit une nette tension par rapport aux 6,717% de la veille à la même heure, mais un niveau bien inférieur à son record historique --12,65% en séance-- atteint vendredi.
Le différentiel ("spread") avec le Bund allemand à 10 ans (référence sur le marché obligataire européen), qui s'était réduit à 377 points de base lundi, s'élargissait de nouveau à 440 points de base.
De même, le taux grec à échéance 2 ans montait à 7,139%, contre 5,480% lundi soir, même s'il restait très loin des 18,4% atteints vendredi.
Le rendement des obligations d'Etat portugaises à 10 ans ralentissait son mouvement de détente, à 4,519% contre 4,697% lundi, et les taux longs espagnols progressait légèrement à 3,932%, contre 3,915% la veille.
Les investisseurs avaient salué lundi dans l'euphorie l'annonce d'un vaste mécanisme de secours de l'UE et la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de racheter des obligations des Etats de la zone euro en difficulté, mais la prudence revenait mardi au premier plan.
Alors que l'agence de notation Moody's a fait savoir qu'elle pourrait encore baisser la note de la Grèce et du Portugal, la pression restait forte sur les pays jugés les moins solvables de la zone euro.
En dépit du plan européen, "les problèmes structurels chez les membres les plus affaiblis de l'eurozone subsistent (...) Il reste une probabilité importante que la Grèce, comme le Portugal et l'Espagne, se révèle incapable d'appliquer toutes les mesures de rigueur budgétaire exigées", relève Azad Zangana, économiste chez Schroders.
Par ailleurs, les opérations de rachat de dette souveraine par les banques centrales, commencées lundi, conservaient un impact significatif sur le marché.
"La BCE mène le jeu sur la courbe des taux (des pays) +périphériques+: elle semble compenser par ces rachats les tendances du marché, ce qui explique les mouvements erratiques observés aujourd'hui", explique à l'AFP Nordine Naam, stratégiste chez Natixis.
"Le marché est en train de se chercher un équilibre. On essaie de digérer les annonces de lundi, et il y a encore beaucoup d'interrogations sur ce grand plan de secours européen, on se demande notamment si son activation pourrait affecter la note (de la dette) des pays contributeurs", poursuit M. Naam.
Les craintes de ralentissement de l'activité économique en Europe, alors que se profilent d'importants plans d'austérité, n'étaient pas de nature à conforter la confiance des investisseurs.
"A l'heure de la rigueur, le plan de soutien européen apparaît comme un choc supplémentaire que les Etats contributeurs devront absorber dans leur budget respectif (...) La croissance économique de l'Europe se trouve hypothéquée sur le long terme", estiment dans une note les analystes d'EFG Asset Management.
"Les pays européens s'acheminent clairement vers un durcissement rapide de leur politique budgétaire pour les prochains mois. Ce mouvement sera plus rapide et violent qu'anticipé précédemment", confirme Christian Parisot, économiste chez Aurel bgc.
Les taux des pays considérés comme les plus sûrs (France et Allemagne) bénéficiaient d'un regain d'"aversion au risque" (préférence des investisseurs pour les actifs les moins risqués) mais cela était très loin d'effacer la nette tension enregistrée lundi.
Le rendement du Bund allemand à 10 ans glissait à 2,927% contre 2,943% lundi et l'OAT française ressortait à 3,212% contre 3,220%.
Le Gilt britannique reculait à 3,885% contre 3,917% la veille au soir.
Aux Etats-Unis, le rendement du bon du Trésor à 10 ans se détendait à 3,552% contre 3,556% lundi et celui du bon à 30 ans montait à 4,431% contre 4,417%. Les taux américains à échéance courte restaient stables, à 0,15%.
Le marché interbancaire confortait sa stabilisation après plus de six semaines de tensions continues.
L'Euribor à trois mois, principal taux du marché monétaire en zone euro, est resté stable, à 0,682%, tandis que le taux interbancaire à trois mois offert à Londres, le Libor exprimé en dollars, progressait de 0,4212% à 0,4228%.
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