analyse

Le Nasdaq digère mal la hausse des taux d'intérêt

Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale, n'est pas parvenu à tempérer la hausse des taux obligataires. ©REUTERS

Les technos, gagnantes durant la crise, marquent le pas. La hausse des taux due à l'attente d'une croissance et d'une inflation plus élevées pèse sur le Nasdaq.

Pour les valeurs technologiques, les bonnes nouvelles sont des mauvaises nouvelles. Paradoxalement, l'embellie économique attendue après la crise sanitaire affecte le Nasdaq : jeudi soir, l'indice américain s'est retrouvé à la limite d'une correction, c'est-à-dire un recul d'au moins 10% depuis son dernier sommet (voir l'infographie).

Pourquoi cet indice fortement pondéré en actions d'entreprises technologiques réagit-il si mal aux perspectives encourageantes pour l'économie? La réponse est à chercher notamment du côté des obligations. Depuis août 2020, les taux d'intérêt des Treasuries, les titres de dette émis par les États-Unis, progressent.

Cette hausse est due à l'anticipation d'une amélioration de l'économie qui devrait s'accompagner d'une inflation plus soutenue. Quand on s'attend à une hausse des prix, les investisseurs qui prêtent de l'argent aux emprunteurs tels que l'État américain réclament un taux d'intérêt plus élevé pour compenser la dévaluation attendue de la monnaie.

L'emploi dépasse les attentes

Cette montée des taux n'est pas bonne pour les actions valorisées en fonction de leurs revenus futurs. Typiquement, les entreprises qui sont censées générer d'importants flux de trésorerie à l'avenir sont pénalisées. En effet, leurs futurs flux de trésorerie n'ont plus autant de valeur aux yeux des investisseurs lorsque les taux d'intérêt des placements sans risque, tels que les obligations gouvernementales, permettent déjà d'obtenir un rendement plus élevé aujourd'hui.

1,62%
Taux américain à 10 ans
Vendredi, le taux des Treasuries arrivant à échéance dans dix ans a dépassé 1,62% pour la première fois depuis le 13 février 2020. Des taux plus élevés affectent les actions des entreprise technologiques.

Les sociétés du secteur technologique correspondent parfaitement à ce profil d'entreprises fortement valorisées en fonction de leurs flux de trésorerie ultérieurs. D'où la méforme de l'indice Nasdaq depuis trois semaines. Et pour cause: sur cette période, le taux d'intérêt des Treasuries à dix ans a accéléré sa progression pour passer de 1,2% à plus de 1,5%.

Jeudi, Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale américaine, avait tenté de rassurer mais sans parvenir à tempérer la hausse des taux. Vendredi, après l'annonce de chiffres de l'emploi meilleurs que prévu aux États-Unis, ce taux de référence américain a même franchi la barre de 1,62%, ce qui n'était plus arrivé depuis février 2020.

La raison est simple: si l'emploi se reprend aussi vigoureusement, cela pourrait soutenir la demande de produits de consommation et ainsi accélérer encore l'inflation, laquelle est déjà attendue en forte progression à cause de la montée des prix des matières premières. Vendredi, le prix du baril de pétrole américain a dépassé 65 dollars pour la première fois depuis janvier 2020.

Gagnants de la crise délaissés

La quasi-correction du Nasdaq est aussi due à une rotation dans les portefeuilles des investisseurs. Les mesures de confinement avaient dopé le Nasdaq à cause du recours accru aux technologies (télétravail, télécommunications, commerce en ligne, etc.). À présent, la perspective d'un retour à une vie plus normale conduit les investisseurs à privilégier les actions bénéficiant plus d'une conjoncture "ordinaire" et à délaisser les technos.

En bourse, les gagnants de la crise sanitaire sont les perdants des derniers jours.

En bourse, les gagnants de la crise sanitaire sont donc les perdants des derniers jours. Cela se remarque dans les sous-indices sectoriels du Nasdaq: depuis début 2021, la composante industrielle, où on trouve notamment les Tesla , Netflix ou encore Peloton (abonnements de fitness en ligne) , recule de plus de 3%; le sous-indice de la santé, très prisé durant la crise sanitaire, perd aussi plus de 3%. La composante bancaire gagne, elle, près de 25%. Bienvenue dans le monde financier post-Covid.

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