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Le pari de la reflation se dégonfle brusquement

©AFP

Les investisseurs qui pariaient sur une forte inflation et un rebond élevé de l'économie ont déchanté cette semaine suite à des statistiques peu rassurantes et à l'évolution de la situation sanitaire.

"Les indicateurs continuent d'indiquer une croissance, mais le rythme du changement ralentit et les marchés en tiennent compte."
Matt Miskin
Responsable de l'investissement chez John Hancock Investment Management

Les marchés d'actions et d'obligations ont vécu des grosses secousses durant la semaine écoulée. Au cœur du problème s'est trouvé le pari de la reflation, qui a prévalu depuis le mois d'avril. Les investisseurs ont parié en masse sur une croissance économique en pleine expansion et une inflation très forte.

Mais une série de statistiques économiques est venue apporter des doutes. "D'avril à mai et jusqu'en juin, on a observé beaucoup de données économiques en pointe et cela s'est répercuté sur toutes les classes d'actifs", a indiqué Matt Miskin, responsable de l'investissement chez John Hancock Investment Management. "Les indicateurs continuent d'indiquer une croissance, mais le rythme du changement ralentit et les marchés en tiennent compte."

8%
Les économistes interrogés par Bloomberg s'attendent à un ralentissement du PIB au deuxième trimestre en Chine.

Parmi les indicateurs économiques inquiétants, l'indice ISM des services aux États-Unis et celui des achats de directeurs des services globaux sont tous les deux ressortis plus faibles qu'attendu. L'indice de Citigroup sur les surprises économiques, qui mesure l'ampleur à laquelle les statistiques dépassent ou manquent les prévisions, est descendu à son plus bas niveau depuis février. En Chine, la reprise économique a récemment montré des signes d'essoufflement. La flambée des matières premières a affecté les entreprises et le secteur des services en raison de la faiblesse des dépenses de consommation et des épidémies sporadiques de virus. Les économistes interrogés par l'agence d'informations financières Bloomberg s'attendent à ce que les données de la semaine prochaine montrent que la croissance du PIB a ralenti à 8% au deuxième trimestre contre une expansion record de 18,3% au cours des trois mois précédents.

Face aux craintes économiques, l'évolution de la situation sanitaire a rajouté une couche d'inquiétudes chez les investisseurs. La progression du variant Delta du Covid-19 fait craindre une quatrième vague de l'épidémie.

Repli vers les refuges

Le détricotage du pari de la reflation, qui s'est traduit sur les marchés par une baisse des obligations et une hausse des indices d'actions, s'est rapidement manifesté cette semaine. Les obligations, en particulier les gouvernementales, ont bénéficié d'un repli vers les actifs refuges. Les taux obligataires, qui évoluent en sens inverse au prix des obligations, ont baissé. Le taux américain à dix ans a reculé de huit points de base à 1,3%. Le taux allemand à dix ans a aussi lâché huit points de base pour se retrouver à -0,3%.

"Si un ralentissement de l'économie mondiale se manifeste en raison de l'augmentation des cas de variant Delta, cela devrait être positif pour l'or."
Michael Hewson
Analyste chez CMC Markets

L'or a aussi bénéficié de ce repli vers les valeurs refuges. Le métal jaune a progressé de 1,18% à 1808,40 USD sur la semaine. "Si un ralentissement de l'économie mondiale se manifeste en raison de l'augmentation des cas de variant Delta, cela devrait être positif pour l'or", prédit Michael Hewson, analyste chez CMC Markets.

Du côté des marchés d'actions, l'aversion au risque s'est fait sentir, mais moins que sur les marchés obligataires. Le Stoxx 600 a terminé sur une légère hausse hebdomadaire de 0,19%. Les secteurs de l'automobile, des banques et de l'énergie, grands gagnants du pari de reflation, ont signé les pires performances de l'indice cette semaine, avec des replis de plus de 1% pour le compartiment automobile et celui de l'énergie.

Aux États-Unis, le Dow Jones, plus exposé aux valeurs liées au cycle économique, a traîné la patte alors que le Nasdaq, à orientation fortement technologique, a profité du retournement de sentiment chez les investisseurs. Il a touché un nouveau record à 14.891,19 points.

Volatilité accrue

La semaine a été marquée par une forte volatilité sur les marchés d'actions. De l'avis de plusieurs analystes, le second semestre sera marqué par de la volatilité. Chez Bank of America, les analystes ont noté que les canaris de marchés au premier semestre laissent présager les six mois suivants plus volatils. "L'indice Hang Seng est en baisse depuis 8 jours d'affilée, le bitcoin a perdu son élan, la dette à haut rendement en livre sterling augmente pour la première fois en un an et les actions renouvelables sont toujours à 20 % par rapport aux sommets récents", pointent-ils dans une note. Ils constatent un environnement moins marqué par des bulles sur les marchés. "Nous pensons qu'un changement de régime sur les marchés est en cours, car les grandes impulsions de l'année dernière s'estompent: le QE ralentit, les mesures politiques monétaies s'évaporent et les vaccinations atteignent un pic", soulignent-ils.

Le résumé

  • Les marchés d'actions et d'obligations ont vécu un changement de régime cette semaine.
  • Le pari de la reflation, une inflation forte et une croissance économique soutenue, s'est dissipé.
  • Les investisseurs ont privilégié les actifs refuges comme les obligations et l'or.
  • Le deuxième semestre s'annonce plus volatil que les six premiers mois de l'année.

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