analyse

Le pétrole à l'assaut de 80 dollars?

©REUTERS

Porté par de meilleures perspectives pour la demande mondiale et l'accord Opep+, le pétrole a largement rebondi ces derniers mois. Un rebond qui pourrait amener le cartel à ne pas prolonger son accord au-delà du mois de juin.

On fire! Les cours du pétrole brut s’enflamment et rien ne semble pouvoir les arrêter. Après avoir enregistré au premier trimestre sa meilleure performance en près de dix ans (+27,12%), le baril de Brent   est repassé au-dessus de 70 dollars pour la première fois depuis début novembre 2018.

La goutte qui a fait déborder le vase ? Le conflit armé en Libye. Même si les principaux champs et terminaux pétroliers se situent encore loin des combats, les investisseurs craignent des problèmes d'approvisionnement comme ce fut le cas dans le passé.

< 1 million bpj
Les exportations libyennes de pétrole menacées
Les investisseurs craignent que les combats en Libye affectent les livraisons pétrolières du pays. Selon, Mohammad Darwazah de Medley Global Advisors, "tout combat prolongé pourrait rapidement ramener les exportations sous la barre d'un million de barils par jour".

Souvenez-vous, en juin dernier, les livraisons de brut avaient été suspendues pendant des semaines alors que les autorités libyennes rivales se disputaient le contrôle des principaux terminaux pétroliers du pays. Les exportations, qui ont atteint 1,1 million de barils par jour le mois dernier, avaient plongé à 800.000 bpj, faisant perdre à Libye près de 1 milliard de dollars.

Les catalyseurs s'accumulent

Ces craintes de ruptures d'approvisionnement en Libye ne sont toutefois que le sommet de l'iceberg. "Les réductions de production décidées par l'Opep et ses partenaires, ainsi que les sanctions américaines sur l'Iran et le Venezuela, ont été le principal moteur de la montée des prix", explique Hussein Sayed de FXTM. À cela s'ajoute le retour de l'appétit pour le risque, ravivé par le dégonflement des inquiétudes sur l'économie mondiale.

"Le pétrole monte peut-être trop vite pour le moment, mais il est difficile de trouver des signaux baissiers"
Ahn Yea Ha
spécialiste des matières premières pour Kiwoom Securities

Hussein Sayed prédit de son côté une nouvelle hausse de 5% à 10% des cours dans les deux prochaines semaines si la production en Libye était sérieusement affectée par les combats.

Trump revient à la charge

Des perspectives qui ne sont pas du tout au goût de Donald Trump. Comme à son habitude, le président américain a dégainé son arme favorite (Twitter) il y a quelques jours pour critiquer la politique de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole.

Et il pourrait revenir à la charge à court terme. "Le risque d'un tweet de Donald Trump pèse sur le pétrole comme une épée de Damoclès qui s'abattra sur le marché si le baril coûte plus de 70 dollars trop longtemps", ont prophétisé les analystes de Commerzbank vendredi.

Que va faire l'Opep? 

Les membres du cartel semblent pour l'instant partagés sur la marche à suivre dans les prochains mois. L'Opep et ses partenaires, dont la Russie, doivent décider d'ici fin juin s'ils prolongent ou non leur accord sur une limitation de leur production. 

Kirill Dmitriev, directeur général du fonds d'investissement de l'État russe et l'un des principaux promoteurs de l'accord Opep+, juge que de telles mesures pourraient ne plus être nécessaires. "Il est possible qu'au vu de l'amélioration de la situation du marché et de la baisse des stocks, l'Organisation et ses alliés puissent décider en juin de cette année de renoncer aux réductions de production et donc de l'augmenter", a-t-il expliqué ce lundi.

"Cette décision ne signifiera pas la fin de l'accord mais confirmera que les participants continuent de coordonner leurs efforts quand c'est important, non seulement en réduisant mais aussi en augmentant la production en fonction des conditions de marché"
Kirill Dmitriev
directeur général du fonds d'investissement de l'Etat russe

Encore partisan d'une prolongation de l'accord ces derniers mois, le ministre saoudien de l'Energie, Khalid al Falih, se montre hésitant aujourd'hui. "Je pense que le marché se rapproche de l'équilibre", a-t-il déclaré, estimant que l'Opep n'aura peut-être pas besoin de réduire davantage sa production.

Toutefois, selon lui, il est encore "prématuré" d'arrêter une décision. Rendez-vous est donc pris pour le 25 et 26 juin.

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