Le pétrole au plus haut depuis deux ans

Les prix pétroliers ont grimpé d'environ 3% cette semaine. ©REUTERS

La vigueur du baril a conduit les investisseurs à privilégier les pétrolières au détriment des électriciens cette semaine. Un tri a été opéré dans les technos.

L'événement marquant de la semaine sur les marchés est la poursuite de la montée des prix pétroliers. Mine de rien, les cours du brut ont déjà grimpé d'environ 40% depuis le début de cette année, ce qui constitue une différence énorme pour beaucoup d'entreprises qui doivent composer avec les coûts de produits dérivés de l'or noir. La transition énergétique en cours n'a pas (encore) permis de déconnecter nos économies de ce paramètre fondamental qu'est le baril.

72 $
Pétrole Brent
Le prix du Brent a dépassé 72 dollars le baril vendredi en cours de séance, une situation inédite depuis mai 2019.

En cinq jours, les prix pétroliers ont encore grimpé de quelque 3%. Le cours du Brent a atteint plus de 70 dollars le baril, ce qui n'est plus arrivé en clôture depuis plus de deux ans. Il a même dépassé 72 dollars en cours de séance vendredi, du jamais vu depuis le 22 mai 2019. Le baril de pétrole américain WTI (West Texas Intermediate) a quant à lui dépassé 69 dollars, une situation inédite depuis octobre 2018.

La cause de la vigueur du baril? La saison estivale approche, les consommateurs aspirent à voyager et, cette année, ça se présente mieux puisque la vaccination progresse et les déconfinements sont en cours dans les pays occidentaux. La demande de pétrole devrait donc être soutenue, prévoit l'Agence internationale de l'Énergie. Les prix grimpent d'autant plus que, du côté de l'offre, on n'est pas pressé de s'adapter à l'accélération de la demande: les pays de l'Opep (Organisation des pays producteurs de pétrole) et leurs alliés, dont la Russie, réunis au sein de l'Opep+, ont décidé mardi dernier de se contenter de poursuivre l'augmentation très progressive de leur production.

Secteur aérien pénalisé

Les conséquences de tout cela? On risque de voir les prix des carburants grimper dans la foulée, ce qui va augmenter les coûts dans plusieurs secteurs. Le transport aérien est en première ligne. Ceci peut expliquer pourquoi l'indice européen du secteur des voyages et loisirs n'a progressé que de 0,7% cette semaine malgré les avancées en matière de déconfinement. Parmi les entreprises qui composent cet indice sectoriel, on remarque d'ailleurs des différences nettes entre les compagnies aériennes, telles que Ryanair (-3,68% en cinq jours), EasyJet (-6,39%) ou encore TUI (-2,98%), et des groupes hôteliers comme Accor (+3,94% cette semaine) ou Intercontinental Hotels (+0,55%).

Les actions des groupes pétroliers ont progressé, celles des entreprises actives dans les énergies renouvelables ont reculé.

La hausse des cours du brut a évidemment eu un effet plus direct sur les valeurs du secteur énergétique européen , dont l'indice a grimpé de 2,7% depuis lundi. Mais attention, ici aussi, toutes les sociétés qui composent cet indice sectoriel ne sont pas logées à la même enseigne. Les actions des groupes qui tirent encore largement parti des produits pétroliers affichent des progressions hebdomadaires: TechnipFMC (+20,88%), OMV (+6,93%), BP (+4,21%), Lundin Energy (+4,04%), Shell (+3,58%) ou encore ENI (+2,83%).

Ça va beaucoup moins bien pour les sociétés d'énergies renouvelables, dont la rentabilité souffre de la comparaison avec celle des valeurs précitées en cas de prix pétroliers élevés: Vestas et Siemens Gamesa ont chuté de 5,53% et 5,75% respectivement cette semaine. Les électriciens n'ont pas le sourire non plus: EDF (-3,32% en cinq jours), Endesa (-7,86%), Orsted (-6,32%) ou encore Iberdrola (-6,15%) ont fait baisser l'indice du secteur des utilities (services aux collectivités) de 2,36%.

Ageas pèse sur le Bel 20

Les perspectives de consommation soutenue grâce aux déconfinements n'ont pas seulement bénéficié aux sociétés liées au pétrole. Ces attentes ont aussi donné un nouveau coup de fouet à la rotation sectorielle qui conduit les investisseurs à alléger leur exposition aux actions de croissance, telles que certaines sociétés technologiques, et à miser davantage sur les actions cycliques, comme les titres des constructeurs automobiles , dont l'indice sectoriel a bondi de 5,27% depuis lundi.

Dans le secteur technologique, les valeurs qui avaient bénéficié du confinement ont souffert mais les actions des producteurs de semi-conducteurs ont progressé.

Dans ce contexte, les valeurs technologiques sont donc largement boudées. Mais pas toutes! Les investisseurs opèrent un tri entre les groupes technologiques qui avaient largement bénéficié des mesures de confinement, comme Teamviewer (-3,79% cette semaine) ou encore Atos (-2,37), et les producteurs de semi-conducteurs, dont le business devrait être florissant grâce aux plans de relance axés sur la transition vers une économie plus numérique. On trouve parmi ces derniers AMS (+8,13% en cinq jours), BE Semiconductor (+7,91%), Soitec (+4,94%) ou encore ASM International (+3,90%). Inutile de préciser dans quel camp se situent les très en vue FAANG: les actions de ces géants technologiques ont toutes battu en retraite cette semaine à Wall Street. Apple réussit même l'exploit d'aligner une sixième semaine négative d'affilée, ce qui ne lui était plus arrivé depuis deux ans et demi.

Mais dans l'ensemble, le thème de la reprise a permis aux hausses de prendre le dessus. Le Stoxx 600 des grandes capitalisations européennes a avancé de 0,8% depuis lundi. La Bourse de Bruxelles n'a pas pu suivre le rythme: le Bel 20 est resté inchangé cette semaine. L'indice belge a été pénalisé par le recul de 6,36% d'Ageas dont certains actionnaires n'ont pas apprécié le nouveau plan stratégique.

Le résumé

  • Les prix pétroliers ont grimpé d'environ 3% pour atteindre leurs plus hauts niveaux depuis plus de deux ans.
  • La vigueur du baril a pesé sur le secteur aérien, tandis que les déconfinements en cours ont soutenu les groupes hôteliers.
  • La montée des prix du brut a soutenu les pétrolières au détriment des valeurs du renouvelable et de l'électricité.
  • Les valeurs technologiques gagnantes du confinement ont plié tandis que les producteurs de semi-conducteurs se sont distingués.

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