Le rebond des actions, une fausse bonne nouvelle

©REUTERS

L’arbre qui cache la forêt. Après un mois de mai exécrable, les investisseurs semblent avoir repris un léger goût pour le risque si l’on en croit la performance des grands indices actions.

Le Stoxx Europe 600 a notamment gagné plus de 2% cette semaine, affichant sa meilleure performance hebdomadaire en deux mois. Son cousin américain, le S&P 500, a pour sa part signé sa plus forte progression de l’année avec un bond d’environ 4%.

Les risques baissiers pointés par de nombreux observateurs se seraient-ils soudainement évaporés? Au contraire. "L’incertitude concernant les négociations sur le Brexit et celle sur les vulnérabilités de certains pays émergents, qui sont importantes, et plus généralement l’incertitude sur la croissance du commerce mondial, se sont prolongées au-delà de ce que nous pensions en mars", a souligné le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, lors son allocution à l’issue de la réunion du Conseil des gouverneurs jeudi. Ce qui a poussé la BCE à prolonger de sept mois supplémentaires la période pendant laquelle ses taux vont rester à des niveaux historiquement bas. Et entamer les discussions sur d’autres mesures de soutien.

Les trois risques majeurs

Dans l’étude hebdomadaire publiée vendredi par Bank of America Merrill Lynch, ses analystes identifient trois risques majeurs: que Donald Trump décide d’être "l’homme des tarifs" (douaniers) plutôt que "le Président des emplois" et précipite l’économie américaine dans la récession, que les baisses de taux annoncées de la Fed lui fassent rejoindre le cercle des banques centrales impuissantes aux côtés de la Banque centrale européenne et de la Banque du Japon et que le mouvement en faveur du démantèlement des géants des techs ne menace le leadership boursier et économique des Etats-Unis.

À cela se combine le risque de récession, perçu comme une menace de plus en plus importante. Selon la banque d’investissement Morgan Stanley, une récession mondiale pourrait se profiler dans les neuf mois si les États-Unis imposent des tarifs douaniers de 25% sur 300 milliards de dollars de produits chinois supplémentaires et que la Chine réplique.

Un sacré cocktail qui pousse un nombre croissant de gestionnaires à sous-pondérer les actions et se tourner vers des valeurs refuges comme les obligations d’État ou l’or. D’après les chiffres de BofAML, les fonds en obligations d’État ont collecté 8,9 milliards de dollars ces derniers jours. Ce qui représente leur deuxième plus forte collecte historique en une semaine. Les fonds en métaux précieux, principalement l’or, ont de leur côté bénéficié de leurs souscriptions nettes les plus élevées depuis février 2017, à 1,6 milliard. Ce qui a évidemment fait bondir le cours du métal jaune. L’or a gagné près de 3% cette semaine, et signe sa meilleure performance hebdomadaire depuis avril 2016.

Sainte Fed, sauvez-nous!

Comment expliquer alors le rebond des actions cette semaine? Voyez le plutôt comme le reflet des spéculations sur les futures actions de la Réserve fédérale américaine (Fed). Les investisseurs sont plus ou moins certains qu’elle va réduire son taux directeur à court terme. Ils évaluent à plus de 75% la probabilité d’une annonce dans ce sens à l’issue de la réunion de fin juillet, et à plus de 95% en septembre.

Ces spéculations sont d’ailleurs alimentées par le président de la Fed lui-même, qui mardi a laissé la porte ouverte à la possibilité d’une baisse des taux. "Comme toujours, nous agirons comme il se doit pour soutenir la croissance", a-t-il déclaré, évitant (intentionnellement?) de parler de "patience") dans son discours.

La réunion de la Fed prévue les 18-19 juin prochain promet d’être encore suivie de très près.

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