Le risque du Brexit s'éloigne

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Les banques britanniques et la livre sterling profitent d’un retour de l’appétit des investisseurs alors que le report du Brexit est pris en compte.

Les marchés semblent avoir mis de côté le risque d’une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Sur les marchés d’actions, les banques britanniques ont signé les meilleures progressions du secteur. Royal Bank of Scotland et Lloyds progressent de 20% de plus que leurs consœurs européennes sur les trois derniers mois. Mais le FTSE100, indice-phare de la Bourse de Londres, a progressé de près de 6% depuis janvier, contre plus de 10% pour le Stoxx 600 européen. Depuis le début de l’année, la livre sterling se distingue par sa performance face aux autres devises, alors que les craintes d’une absence d’accord sur le Brexit ont diminué, remarquent les analystes. Selon les banques interrogées par l’agence d’informations financières Bloomberg, les chances d’un Brexit à la fin du mois sont désormais de 9%. "La date du 29 mars sera reportée, c’est le scénario le plus probable sur les marchés depuis quinze jours, observe Bernard Keppenne, chef économiste de CBC Banque. On le voit dans la stabilité de la livre sterling et dans la hausse des taux obligataires britanniques. Les investisseurs sont confiants sur un report de la date du Brexit."

"Le report de la date du Brexit est déjà une forme d’avancée."
Bernard Keppenne
Chef économiste chez CBC Banque

La livre sterling a pris plus de 3% par rapport au dollar et 5% face à l’euro depuis le début de l’année. Goldman Sachs s’attend à ce que la devise britannique progresse d’avantage alors que les investisseurs retirent leur couverture sur la monnaie mise en place depuis l’annonce du vote du Brexit en juin 2016. Les dernières données de la Commodity Futures Trading Commission montrent que le marché a toujours des positions à la baisse nettes sur la livre sterling, ce qui suggère que des rebalancements en faveur de la devise restent possibles. Mais le marché montre aussi que les investisseurs sont massivement positionnés sur une hausse de la livre sterling. Toutefois, l’enthousiasme des intervenants de marché n’est pas considéré comme durable. "S’il n’y a pas de Brexit, la croissance économique britannique pourrait excéder 3% et l’issue serait favorable pour l’Union européenne également. Mais en cas de Brexit, ce serait catastrophique. Alors le report de la date du Brexit est déjà une forme d’avancée", indique Bernard Keppenne. Il estime que le report va durer maximum deux mois. "Le 26 mai, les élections européennes auront lieu. Il est inenvisageable que la Grande-Bretagne procède à des élections du Parlement avant cette date. Ce serait repoussé à la fin juin. Alors la date ultime sera repoussée à la fin juin", affirme-t-il.

Un enthousiasme fragile

©Bloomberg

L’économiste souligne que les incertitudes autour du Brexit vont resurgir car le Royaume-Uni doit encore négocier avec l’Union européenne les termes de son éventuelle sortie. Les discussions entre Londres et les 27 pour sortir de l’impasse sur le Brexit vont reprendre ce week-end, a annoncé jeudi un responsable britannique, tandis que la ministre française chargée des Affaires européennes soulignait que l’UE attendait des propositions. Cette nouvelle séance de pourparlers, qui implique également le ministre britannique en charge du Brexit, Steve Barclay, avec des négociateurs européens, se déroule en amont d’une semaine cruciale pour Theresa May. La Première ministre cherche à obtenir de nouvelles garanties sur l’accord de retrait, dans l’espoir qu’il soit adopté d’ici le 12 mars par le Parlement britannique, qui l’avait massivement rejeté en janvier. Les marchés parient sur un report de cet accord. Mais ils ne s’attendent pas une absence d’accord. La probabilité d’un non-accord sur le Brexit a chuté sous 10%, en raison de l’assouplissement de Theresa May. La Première ministre britannique a décidé de laisser au Parlement la possibilité d’un vote sur des propositions alternatives si son projet n’obtient pas suffisamment de support.

Toutefois, chez Rabobank, Janet Foley, responsable de la stratégie en devises, souligne que les marchés sont trop complaisants. "L’évolution de la livre sterling me tracasse. La devise a toujours minimisé le risque d’un hard Brexit, souligne-t-elle. Le marché croyait en toute confiance que le peuple britannique allait voter pour rester dans l’Union européenne et s’est trompé. La livre sterling avait chuté après le vote du Brexit." L’OCDE a mis en garde contre les risques de récession au Royaume-Uni en cas de Brexit sans accord. Et même avec un accord, l’organisation des pays riches s’attend à une croissance de seulement 0,8% en 2019.

Une confiance présente

Mais d’autres analystes se montrent plus optimistes. Chez Bloomberg Intelligence, Jonathan Tyce et Dan Hanson estiment que le rally de la livre sterling, "à un plus haut de deux ans face à certaines devises, et un affaiblissement des craintes d’un hard Brexit, sont complètement justifiés et devraient se poursuivre". "Des changements de leadership et une élection générale en Grande-Bretagne restent encore très probables, et la menace disruptive de Jeremy Corbyn (le leader des travaillistes) recule", indiquent-ils. Selon eux, les craintes d’un hard Brexit ont été exagérées. "Le récent rally de la livre sterling et des actions de Royal Bank of Scotland et Lloyds suggère qu’un réalisme sain est revenu", indiquent-ils. Mais ils reconnaissent que "les titres ont fort monté avec des événements comme un taux d’intérêt plus crédible, l’inflation et des scénarios de risque désormais intégrés par les marchés, alors que beaucoup de questions restent sans réponse".

Brexit

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Le fonds souverain norvégien ne s’inquiète guère de l’échéance du Brexit. À son approche, le fonds a renouvelé sa confiance au Royaume-Uni, son deuxième marché derrière les Etats-Unis pour les placements en actions, même en cas de sortie désorganisée de l’UE. "Nous ne voyons aucun problème opérationnel aujourd’hui, a souligné Yngve Slyngstad, le patron du fonds. Nous demeurons un investisseur de long terme au Royaume-Uni et les discussions actuelles autour d’un accord entre le Royaume-Uni et le reste de l’Europe n’affecteront pas nos investissements."

Le dernier sondage de Bank of America/Merrill Lynch auprès des gestionnaires de fonds montre qu’en février, le sentiment des investisseurs s’est amélioré envers les actions britanniques. L’allocation aux titres du marché a augmenté en net de 25% contre 38% de sous-pondération nette en janvier. L’enquête montre aussi que l’issue du Brexit prend moins d’importance aux yeux des investisseurs. En février, les gestionnaires de fonds comptaient plus sur un euro faible et une remontée éventuelle des taux de dépôt négatifs de la Banque centrale européenne comme facteurs de soutien pour les marchés d’actions européens qu’une version douce du Brexit. Les espoirs d’une résolution de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine ont dominé les marchés depuis le début de l’année.

L’inquiétude autour du Brexit se ressent davantage du côté des sociétés. Le constructeur de voitures de sport Aston Martin a mis de côté 30 millions de livres (35 millions d’euros) pour se préparer aux dégâts du Brexit. Un éventuel report de la date du Brexit ne plaît pas aux entreprises britanniques qui se sont déjà préparées à un non-accord le 29 mars.

Le 29 mars, le Royaume-Uni quittera l’Union européenne. Que se passera-t-il si Bruxelles et Londres ne trouvent pas un accord pour une sortie "ordonnée"? Retrouvez ici notre tour d’horizon - non exhaustif - en dix exemples.

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