Le secteur bancaire réagit positivement à l'annonce de la BCE

Christine Lagarde, la présidente de la BCE, n'emboîte pas encore le pas de la Fed, qui a annoncé récemment qu'elle rachètera des obligations notées au moins BB-. ©Dirk Claus/European Central Bank

La Banque centrale européenne a décidé d'accepter certaines obligations devenues "junk bonds" en garantie pour accorder des crédits aux banques. Une décision jugée rassurante par les analystes, mais qui est considérée avec précaution sur les marchés obligataires.

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé, mercredi, qu'elle pourra accepter des obligations dégradées en catégorie "pourrie" comme garanties pour des crédits accordés aux banques, une nouvelle mesure destinée à soutenir le système financier européen en pleine crise du coronavirus. L'objectif est de soutenir la capacité des banques à prêter pour "continuer de mettre à disposition des ressources financières pour l'économie de la zone euro", indique la BCE dans un communiqué.  

Il s'agit d'une décision "exceptionnelle et rassurante", a tweeté Eric Dor, directeur de recherche à l'Institut d'économie scientifique et de gestion (IESEG).  

Réception partagée sur les marchés

Pour les marchés, cela concerne en premier lieu la dette italienne, qui est menacée de tomber, dès cette semaine, dans la catégorie "spéculative". Pour l'instant, elle est notée seulement deux crans au-dessus. L'agence de notation Standard & Poors pourrait abaisser vendredi la note de crédit du pays, déjà placée sous surveillance négative. Et même si la descente en catégorie "spéculative" n'est pas pour vendredi, elle semble "presque inévitable", écrivait, début avril, Commerzbank dans une note d'analyste consultée par l'AFP. 

"La descente en catégorie spéculative n'est pas pour vendredi, elle semble presque inévitable."
Des analystes de Deutsche bank

Sur les marchés obligataires, l'annonce a été reçue avec précaution par les investisseurs. Les taux longs italiens ont observé une légère détente. Les spreads (écarts de rendement avec l'obligation allemande de même échéance) des pays périphériques ont légèrement diminué. Le taux italien à dix ans a réduit son spread de 7,6 points de base. Le taux grec de même échéance a vu son spread baisser de 15 points de base et celui du taux espagnol a diminué de 7 points de base.

Sur les marchés d'actions, les indices européens se sont par contre affichés en progression à la clôture avec un Stoxx 600 en hausse de 0,94%. Le secteur bancaire européen, qui avait gagné 2,65% mercredi en anticipation de cette décision, a continué de progresser de 3,03% ce jeudi. Car "ces mesures visent à garantir que les banques disposent desuffisamment d'actifs susceptibles d'être mobilisés comme collatéraux au sein de l'Eurosystème pour participer aux opérations d'approvisionnement en liquidités et pour continuer à fournir des financements à l'économie de la zone euro", a rappelé mercredi l'institution basée à Francfort. Mais les investisseurs espèrent surtout que la banque centrale se mette à son tour à racheter des obligations "pourries" comme la Réserve Fédérale américaine.

Clause de grand-père

En raison de la crise, certains titres pourraient être moins bien notés dans le futur et entrer en catégorie "spéculative" ou "pourrie" (junk) en langage commun, ce qui les aurait exclus des opérations de refinancement. Si une dette avait une qualité suffisante le 7 avril, la BCE va cependant geler cette appréciation tant que la note ne tombe pas en dessous d'un deuxième seuil plus bas. Elle neutralise ainsi d'avance une possible multiplication des baisses des notes par les agences de notation. Les papiers restent éligibles, tout en appliquant une certaine décote.  

Dans son communiqué de mercredi, l'institution n'évoque toutefois pas le sort d'obligations devenues pourries en ce qui concerne leur éligibilité pour ses rachats d'actifs sur le marché.

Cette clause dite de "grand-père", valable au moins jusqu'en septembre 2021, doit aussi désamorcer le risque pour nombre de sociétés qui redoutent de basculer en territoire "pourri", devenant ce que le marché appelle des "anges déchus" ("fallen angels"), et de voir les investisseurs leur tourner le dos. Car si pour les marchés les mesures concernent principalement la dette publique, les obligations des entreprises n'en restent pas moins une grosse source d'inquiétude, tant la capacité des groupes à honorer leurs traites sera la clef d'une convalescence réussie de l'économie après la crise sanitaire. 

L'annonce est "un pas supplémentaire bienvenu", selon Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management tandis que Gregory Claeys, de Bruegel, salue une "décision cruciale" en réponse à une "faiblesse importante" dans le dispositif de crédits de la BCE. 

Quelle éligibilité par rapport au "QE"?

Dans son communiqué de mercredi, l'institution n'évoque toutefois pas le sort d'obligations devenues pourries en ce qui concerne leur éligibilité pour ses rachats d'actifs sur le marché, le fameux "QE" relancé fin 2019 et encore musclé dernièrement pour soutenir l'économie. Cela pourra faire l'objet de décisions ultérieures, la BCE se disant prête à "de nouvelles mesures, si nécessaire, pour continuer à assurer la bonne transmission de sa politique monétaire" au sein de la zone euro.

Pour rappel, la Réserve Fédérale américaine a annoncé récemment qu'elle rachètera des obligations notées au moins BB – (de meilleure qualité).

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