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Les 6 raisons derrière la chute des bourses

©Arne Dedert/dpa

Le Bel 20, le Cac 40 ou le Dax lâchent de plus de 10% par rapport à leur pic de l'été dernier. La crainte de l’impact de la deuxième vague de coronavirus sur l’économie et les bénéfices des entreprises est la principale raison de cette chute boursière, aux côtés d’autres incertitudes.

Les bourses s'enfoncent à cause d’une nouvelle vague d’inquiétude et d’incertitude. Quels sont les principaux risques qui poussent les investisseurs à jeter l’éponge 

1) La pandémie

Les bourses ont bien résisté pendant des mois, mais elles commencent clairement à s’inquiéter des dommages économiques dus à la seconde vague de coronavirus. Avec la saturation des hôpitaux, de plus en plus de pays ont décidé de reconfiner - du moins partiellement - leur population. Le monde enregistre désormais en moyenne 411.321 nouvelles contaminations par jour. Avec 1.448,5 contaminations pour 100.000 habitants, la Belgique est l'un des pays européens les plus touchés. Les Etats-Unis enregistrent également un nombre record de nouvelles infections.

-6%
SAP a lourdement pesé lundi sur le secteur technologique européen.

Les secteurs les plus touchés, comme le tourisme, l’horeca et les transports aériens, ont à nouveau cédé du terrain en bourse au cours des dernières semaines. Mais ils ne pèsent pas très lourd dans les indices boursiers. Ce qui est plus inquiétant, c’est que les poids lourds ont récemment lancé des messages alarmants. Le géant allemand des progiciels SAP a indiqué que les entreprises investissaient moins et que les grands projets devenaient difficilement réalisables à cause de la pandémie. Lundi, SAP a fait plonger le secteur technologique européen de 6%, cédant lui-même 22%. Jusqu’à tout récemment, ce secteur était le pilier fort de la bourse, mais la pilule amère de SAP a ébranlé ce socle. Le groupe franco-belge Econocom avait déjà mis en garde contre cette évolution.

2) L’économie

Dans quelques jours, nous aurons une idée des chiffres du PIB des Etats-Unis et de l’Europe. Sur base trimestrielle, ils devraient faire partie des meilleurs de toute l’histoire. On s’attend à ce que l’économie américaine affiche une croissance de 33% par rapport à son plus bas du trimestre précédent où la population était en confinement.

Depuis peu, les indicateurs prospectifs - comme la confiance des entrepreneurs - s’effondrent à vitesse grand V.

Mais les investisseurs regardent toujours vers l’avant et non en arrière. Le quatrième trimestre devrait être beaucoup plus mauvais, en particulier en Europe. Depuis peu, les indicateurs prospectifs - comme la confiance des entrepreneurs - s’effondrent à vitesse grand V. En France, le sentiment des chefs d’entreprises et des consommateurs a pris un coup dans l’aile suite au couvre-feu. ING estime que les mesures prises pour lutter contre la pandémie devraient faire baisser le PIB de 1 à 2%. Les experts s’attendent aujourd’hui à un scénario en « W », à savoir deux creux successifs.

Malgré tout, l’économie ne va pas mal partout.

Malgré tout, l’économie ne va pas mal partout. Le Google Mobility Index, qui nous renseigne sur la fréquentation des magasins, entreprises, parcs d’attractions, horeca ou l’intensité du trafic routier via la localisation de nos smartphones, indique surtout un ralentissement en Europe. Aux Etats-Unis, les activités économiques continuent à augmenter. « L’intensité du trafic augmente, les transports par train se situent même au-dessus du niveau d’avant-crise et la ruée vers les sites d’allocations de chômage est en baisse. Cela suggère que l’économie n’est pas entravée par les chiffres élevés de contamination », explique-t-on à la maison de bourse Jefferies. En Chine, où le virus est sous contrôle, l’économie a repris des couleurs.

Jusqu’à présent, les résultats du troisième trimestre sont encourageants.

3) Bénéfices des entreprises

Jusqu’à présent, les résultats du troisième trimestre sont encourageants. A Wall Street, 27% des entreprises de l’indice S&P 500 ont publié leurs résultats et 84% d’entre elles font mieux que les attentes, ce qui représente un record. Mais les investisseurs ne sont pas rassurés pour l’avenir. Les entreprises affichant des résultats meilleurs qu’attendu ont vu en moyenne leur cours baisser de 0,24%. Celles qui n’ont pas répondu aux attentes ont été impitoyablement sanctionnées par une baisse moyenne de 4,4%. « C’est la plus forte pénalité de toute l’histoire », explique l’analyste Christopher Harvey de Wells Fargo. « Cela démontre que les investisseurs ont peur des trimestres à venir. »

-0,24%
La baisse moyenne du cours des entreprises qui ont affiché des résultats meilleurs que prévu au troisième trimestre.

En Europe, la situation n’est pas différente. Chez Morgan Stanley, on estime que les entreprises européennes devront attendre 2022 au plus tôt pour retrouver les mêmes bénéfices qu’avant la crise. Mais sans vaccin ou sans affaiblissement naturel du virus, cela restera difficile, reconnaît-on à la banque d’affaires.

4) Elections américaines

Le 3 novembre, les Américains se rendront aux urnes non seulement pour élire leur prochain Président, mais aussi une série de parlementaires et 13 gouverneurs. Ces derniers jours, le président Donald Trump a regagné du terrain dans les sondages par rapport à son concurrent Joe Biden. Selon ces sondages, le démocrate dispose de meilleures chances, mais c’est aussi ce qu’ils indiquaient pour Hillary Clinton il y a quatre ans. Les incertitudes quant à l’issue du scrutin gardent les marchés en tenaille et font hésiter les investisseurs à prendre de nouvelles positions.

"Il faut que le résultat (de l'élection présidentielle américaine) soit clair. Si le comptage des voix prend trop de temps ou si un candidat conteste le résultat, la période d’incertitude pourrait se prolonger."
Marco Wilner
Analyste chez NN Investment Partners

« Quel que soit le résultat du vote, nous pensons que les bourses réagiront positivement lorsque l’incertitude sera levée », estime Marco Wilner de NN Investment Partners. « Mais il faut que le résultat soit clair. Si le comptage des voix prend trop de temps ou si un candidat conteste le résultat, la période d’incertitude pourrait se prolonger. » Un résultat au coude-à-coude pourrait être un véritable cauchemar. Certains observateurs n’excluent pas l’éventualité que des émeutes éclatent.

Chez le gestionnaire de fonds Pimco, les experts craignent que la course à la présidence ait des conséquences importantes pour les marchés. « Un ‘sweep’ démocrate, avec une majorité à la Maison-Blanche et au Congrès, signifierait que les marchés devront escompter plus de taxes, tant pour les bénéfices des entreprises, les plus-values et les particuliers. Cela peut être problématique pour les actions qui se négocient à des valorisations supérieures à la moyenne », explique-t-on chez Pimco.

« Par ailleurs, il faut s’attendre à des changements. Sous Biden, nous nous attendons à ce que les investissements dans les infrastructures aillent plus loin que la simple construction de ponts et de routes, mais soient aussi consacrés à la construction de bâtiments et d’écoles climatiquement neutres. Biden souhaite également rendre les soins de santé plus abordables, ce qui implique de nouvelles hausses d’impôts. Et les entreprises actives dans les carburants fossiles devraient souffrir à cause de la réduction des émissions de CO2 et de la production de gaz de schiste. »

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La baisse des suppléments d'allocations de chômage aux Etats-Unis depuis juillet.

5) Crainte d’une diminution des aides

A cause des élections, les démocrates et les républicains refusent de faire la moindre concession à l’autre camp. Il est donc impossible d’établir un nouveau plan de relance aux Etats-Unis. « Il sera probablement difficile de déployer la prochaine phase des aides d’Etat avant la fin de l’année », estime Jefferies. « Cela signifie que le programme d’aide supplémentaire aux chômeurs ne sera pas prolongé. Depuis juillet, ces suppléments d’allocations ont déjà baissé de 70% à cause de la fin des programmes d’aide fédéraux. Nous craignons que de nombreux chômeurs et familles à faibles revenus aient entièrement épuisé leurs économies, ce qui pourrait faire baisser les dépenses de consommation au cours des prochains mois. »

Il ne faut cependant pas craindre la fin des mesures de soutien des banques centrales. Celles-ci ont promis de tout mettre en œuvre, et si nécessaire, de prendre des mesures supplémentaires.

6) Brexit

A cause de la pandémie de coronavirus, le Brexit est passé au second plan mais reste suspendu comme une épée de Damoclès au-dessus de l’économie européenne. « L’impact d’un Brexit sans accord sera important, avec des deux côtés des taxes d’importation et des perturbations dans plusieurs secteurs », prévient l’économiste d’ING Timme Spakman. Le Premier ministre britannique Boris Johnson a déclaré qu’il était prêt, s’il le fallait, à se retirer des négociations et à accepter une sortie sans accord. « Nous pensons qu’un accord pourra finalement être trouvé, mais le temps presse. Si l’on veut être réaliste, on peut dire que les deux camps ont jusqu’à mi-novembre pour s’entendre. »

La Belgique pourrait être durement touchée. Près de 4% de notre production traverse la Manche. Seuls Malte, le Luxembourg et l’Irlande dépendent davantage des Britanniques. Le Royaume-Uni a déjà publié une liste de tarifs douaniers si les règles de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) devaient s’appliquer. Pour les animaux vivants, les taxes d’importation pourraient augmenter de 33% et de 13% pour les produits alimentaires, les boissons et le tabac. Les exportations belges vers le Royaume-Uni seraient alors taxées à un peu moins de 6%.

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