Les actions européennes ont surperformé Wall Street cette semaine

En annonçant un gonflement de son programme spécial face à la pandémie, la BCE a alimenté le rally boursier. Sur le marché obligataire, les spreads se sont également réduits entre l'Allemagne et les pays dits périphériques. ©REUTERS

La ruée vers les marchés actions s'est largement poursuivie ces derniers jours, portée notamment par la synchronisation des politiques monétaire et budgétaire. Fait plutôt rare, le Stoxx 600 surperforme son homologue américain, le S&P 500.

L'événement de la semaine sur les marchés financiers, c'est bien entendu la réunion du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) et l'annonce du gonflement de l'enveloppe globale de son programme d'achats d'urgence face à la pandémie (PEPP) à 1.350 milliards d'euros. Ce qui a fait taire au passage les critiques autour de sa présidente Christine Lagarde, qui est désormais perçue comme la "digne héritière de Mario Draghi". 

"Il semble maintenant que le discours de Christine Lagarde soit un peu plus rodé et on a l'impression que la réduction des 'spreads' périphériques est vraiment l'objectif de la BCE. Christine Lagarde a donc, en quelque sorte, pris le contre-pied de la petite erreur du début de son mandat."
Valentin Bissat
économiste chez Mirabaud

"Ce qui lui avait été reproché principalement dans sa réunion du 12 mars, c'était d'avoir dit que la BCE n'était pas là pour réduire les écarts de rendements sur la dette périphérique", rappelle Valentin Bissat, économiste chez Mirabaud. "C'était une erreur de sa part mais c'était l'une de ses premières réunions, donc cela peut s'expliquer. Il semble en effet maintenant que son discours soit un peu plus rodé, et on a l'impression que la réduction des 'spreads' périphériques est vraiment l'objectif de la BCE. Christine Lagarde a donc, en quelque sorte, pris le contre-pied de la petite erreur du début de son mandat."

Et le message a visiblement été bien accueilli sur le marché obligataire. Le taux italien à 10 ans est passé de 1,549% mercredi à 1,405% ce vendredi. Même constat du côté de la Grèce - où le rendement est tombé à 1,299% contre 1,468% mercredi - ou de l'Espagne avec un taux à 10 ans qui évolue à présent autour de 0,54%. L'écart de rendement avec le Bund allemand s'est par ailleurs réduit fortement. Après avoir atteint 278 points de base à la mi-mars, en pleine pandémie du Covid-19, le spread Italie-Allemagne est redescendu à 168 points ce vendredi.

"On a probablement touché le fond"

Sur le marché des devises, l'euro a également bien réagi aux annonces de la BCE. La monnaie unique a gagné 1,77% cette semaine face au dollar. Mais tout le mérite ne revient pas à Christine Lagarde. La journée de jeudi a également été marquée par l'annonce historique d'un plan de relance de 130 milliards d'euros sur deux ans en Allemagne. 

+7%
pour le Stoxx 600
L'indice paneuropéen Stoxx 600 a surperformé son homologue américain cette semaine, grâce notamment au bond du secteur bancaire. Le Stoxx 600 a gagné 7,12% contre environ 5% pour le S&P 500.

Le contexte économique - bien qu'encore difficile - semble progressivement s'améliorer. Soulignons ainsi le rebond surprise de l'emploi américain en mai. Selon les chiffres du département du Travail, quelque 2,509 millions d'emplois non agricoles ont été créés le mois dernier après 20,687 millions de suppressions de postes en avril. "La bonne nouvelle, c'est qu'on a probablement touché le fond", estime Sung Won Sohn, professeur de finance et d'économie à la Loyola Marymount University de Los Angeles. "Mais la reprise sera douloureusement lente. Il faudra des années, peut-être une décennie, pour revenir là où nous étions à la fin de l'an dernier."

Le rally boursier continue

Qu'à cela ne tienne! Pour les investisseurs, ces données les confortent dans l'idée d'une reprise de l'économie mondiale et les poussent à prendre davantage de risques en matière d'investissement. Pas étonnant donc que le rally boursier se soit encore poursuivi cette semaine. L'indice Stoxx 600 a bondi de 7,12%, soutenu par ses valeurs cycliques comme les banques (+16,67%), l'énergie (+14,01%) ou encore l'automobile (+13,31%).

À noter qu'outre-Atlantique, le S&P 500 a fait moins bien, avec une performance hebdomadaire d'environ 5%. Autrement dit, les marchés européens surperforment Wall Street et ce, depuis plusieurs semaines déjà. Reste à savoir si cette tendance va perdurer. "Avant de nous laisser emporter, n'oublions pas que l'Europe a toujours réussi à saper la confiance des investisseurs et qu'un euro plus fort n'aide pas notre économie tournée vers l'exportation", avertit Frank Vranken, stratégiste en chef de Puilaetco.

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