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Les actions gardent la cote pour la seconde partie de l'année

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Mais les nombreuses incertitudes qui planent sur les marchés feront que l’investissement en actions risque de ne pas être un long fleuve tranquille…

Que nous réservent les marchés financiers pour la seconde partie de l’année? À une large majorité, les spécialistes de la prévision restent plutôt favorables à la prise de risque, c’est-à-dire à l’investissement dans les actions d’entreprises cotées. Mais avant de nuancer leurs avis, il peut être intéressant de se remettre en mémoire les faits essentiels survenus sur les marchés au début de cette année. Cela permettra de mieux comprendre la manière dont les marchés pourraient se comporter dans les prochains mois.

Après un début d’année en fanfare qui avait conduit les principaux indices boursiers dans le monde à des sommets jamais atteints jusque-là pour certains d’entre eux, les marchés ont brutalement décroché entre la fin du mois de janvier et les premiers jours de février. Et cela, sans que l’on ait saisi, à ce moment-là du moins, les véritables raisons. L’indice Dow Jones de la Bourse de New York s’était replié de 10% en une poignée de jours. En Europe, le Stoxx 600 qui faisait mine de retrouver son pic historique d’avril 2015 (414 points), avait rétrogradé de 8%.

Changement de paradigme

Certains ont attribué après coup ce fameux coup de blues des marchés à l’ascension des cours du pétrole. Pour d’autres, les raisons étaient à chercher ailleurs. "L’importante baisse des marchés fin janvier et début février semble avoir été bien davantage imputable au positionnement exagérément optimiste des investisseurs spéculatifs qu’à une altération des fondamentaux du marché ou de l’économie, lesquels demeurent sains", explique Alexandre Tavazzi, stratégiste auprès de Pictet Wealth Management.

"Des tarifs douaniers sur l’ensemble des exportations mondiales entraîneraient l’Europe dans une profonde récession."
Koen De Leus
BNP Paribas Fortis

On se souviendra qu’au cours des premières semaines de l’année, la hausse des cours s’était follement emballée sur les marchés des actions. En moins de deux semaines, l’indice Dow Jones avait progressé de 1.000 points! Précisons au passage qu’un tel rythme a souvent été dans le passé précurseur d’une rechute imminente des cours des actions. Celui observé au début de cette année n’a donc pas dérogé à cette "règle".

Depuis, les marchés fluctuent sous leur plus haut de cette année. Pour Alexandre Tavazzi, "cette situation paraît à présent s’expliquer par l’évolution des taux d’intérêt après neuf ans de reprise économique et un environnement de croissance qui n’a jamais été aussi favorable depuis que les taux d’intérêt ont commencé à se normaliser. Au niveau macroéconomique, les chiffres trahissent de leur côté un ralentissement de la croissance aux Etats-Unis et en Europe." Ce que les différents indicateurs mensuels PMI IHS Markit manufacturiers publiés depuis février confirment.

Avec de tels indicateurs, les interrogations relatives à la croissance future des économies et donc aussi des bénéfices des entreprises n’ont cessé de faire l’objet d’interrogations. Si l’on sait que de l’évolution des résultats des sociétés, dépend celle des marchés d’actions…

Davantage de volatilité

Voilà pourquoi les marchés n’arrivent pas à revenir, pour le moment du moins, à leur plus haut point atteint en janvier. Vont-ils pouvoir y retourner au cours de la seconde partie de cette année? Voilà pourquoi, aussi, les marchés qui ont renoué avec la volatilité depuis février, continueront à l’être. Cela dit, pour les stratégistes de Goldman Sachs AM "les dégagements sur les marchés des actions procurent pour le court terme un meilleur équilibre des risques, et donc des perspectives plus positives. Mais à moyen terme, nous nous attendons à assister à des dégagements boursiers plus fréquemment, vu l’intérêt plus élevé du marché pour des stratégies d’investissement actives sans pour autant basculer totalement dans un environnement de volatilité élevée." Pour Colin Moore, responsable de l’investissement chez Columbia Threadneedle Investments, "les marchés d’actions pourraient connaître des pics de volatilité, le temps que les investisseurs assimilent le changement de régime des taux d’intérêt. Mais en fin de compte, la normalisation de la politique monétaire signale que la croissance de l’économie repose sur des fondamentaux solides".

Chef économiste auprès de la banque ING Belgique, Peter Vanden Houte fait remarquer que "la volatilité a tendance à augmenter à mesure que les économies sont loin dans leur cycle". "Mais elle reste près de 50% en dessous de sa moyenne depuis 1998", souligne Steven Vandepitte, responsable de la stratégie d’investissement auprès de la même institution bancaire.

Craindre une récession?

La Bourse, comme on le constate, n’a fait jusqu’ici qu’anticiper un ralentissement de la croissance de certaines économies dans le monde. Doit-on craindre un reflux plus prononcé de la croissance, voire même assister au basculement des économies dans une récession? Dans ce cas, les indices boursiers risquent de reculer davantage. Il est bon de savoir qu’une récession est généralement anticipée en Bourse par un repli d’au moins 20% des indices depuis leur plus récent pic. Avec des reculs largement inférieurs à 10% jusqu’ici depuis leur dernier point haut, Wall Street et les places européennes sont à mille lieues de miser sur une récession.

"Il est peu probable que l’expansion US se poursuive au-delà de l’actuelle décennie."
Keith Wade
Schröders

Dans le camp des économistes, on ne trouve personne pour prévoir un tel scénario. La croissance du produit intérieur brut (PIB) aux Etats-Unis atteindra 2,9% cette année selon Anton Brender, chef économiste auprès de Candriam Investors Group, voire 3% de l’avis de Peter Vanden Houte (ING). Pour 2020, ces taux devraient être de 2,7% et de 2,6% successivement.

Loin d’être considéré comme un amateur dans ses anticipations macroéconomiques, Jamie Dimon, le CEO de JP Morgan, la plus grosse institution bancaire au monde, disait récemment que "l’économie américaine pourrait n’être qu’aux deux tiers seulement de son cycle actuel d’expansion. Comme la croissance annuelle a été lente depuis le début de cette phase d’expansion inhabituellement longue, l’économie (américaine) conserve des capacités inexploitées." Économiste en chef auprès du gestionnaire de fonds britannique Schröders, Keith Wade ne croit pas davantage au scénario d’une récession aux Etats-Unis. Ce qui signifie que le cycle actuel sera le plus long depuis la période 1991-2001. "C’est un bel exploit", avoue-t-il. "Mais il semble peu probable que l’expansion américaine se poursuive bien au-delà de cette décennie", reconnaît-il. "C’est alors que l’économie américaine pourrait tomber en récession qui devrait se concrétiser par une croissance négative de l’activité durant 2 ou 3 trimestres", évalue de son côté Peter Vanden Houte.

Zone euro résistante

Pour la zone euro, Florence Pisani, directeur de la recherche économique chez Candriam, qui constate que la croissance a marqué le pas au premier trimestre, estime néanmoins qu’il n’y a pas de raison qu’elle cale. "Les commandes à l’exportation restent bien orientées, les conditions de crédit sont toujours favorables et la reprise de l’investissement des entreprises se poursuit", dit-elle, concluant qu’"avec un prix du baril qui se stabiliserait autour de 75 dollars, le PIB progresserait de 2,3% en 2018 contre 2,5% l’an passé, et de 2,1% en 2019".

Un peu moins optimiste, Peter Vanden Houte table sur une croissance de 2,1% du PIB pour cette année, et de 1,8% en 2019. Une prévision au diapason de celle de la Banque centrale européenne qui lors de la dernière réunion qui s’est déroulée en juin avait abaissé la sienne de 2,4% à 2,1% pour 2018. Pour l’économie belge, Peter Vanden Houte entrevoit une croissance de 1,6% en 2018, mais de 1,7% l’an prochain.

Ces révisions à la baisse des taux de croissance estimés dans certaines parties du monde pèsent bien évidemment sur les prévisions relatives à la croissance mondiale. Keith Wade (Schröders) a ramené la sienne de 3,5% à 3,4% pour 2018. "Cette diminution, explique-t-il, est notamment imputable à la hausse des prix pétroliers et aux préoccupations grandissantes à propos des relations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine." C’est la première fois depuis l’automne 2016 que les perspectives de croissance mondiale sont revues à la baisse chez Schröders.

Courbe des taux intriguante

La baisse finalement contenue des marchés boursiers ces derniers mois et les pronostics établis par les économistes indiquent donc qu’il n’y a pas lieu de prévoir de récession dans l’immédiat pour les principales économies mondiales.

Un facteur interpelle toutefois et qui, en temps ordinaire, ne permettrait pas d’être aussi affirmatif sur l’absence d’une récession imminente. Il s’agit de l’évolution de la courbe des taux aux Etats-Unis. L’écart entre les taux à court terme (2 ans) et à long terme (10 ans) américains n’est plus aujourd’hui que de 30 points de base (40 points encore il y a un mois). On dit dans ce cas-là que la courbe des taux s’aplatit. "Cet aplatissement souvent suivi d’une inversion de la courbe (les taux à court terme deviennent plus élevés que les taux longs), est surveillé de près dans la mesure où il a précédé de quelques trimestres l’ensemble des récessions américaines depuis 1950", rappelle Chris Low, chef économiste auprès de FTN Financial.

Chez Deutsche Bank, l’économiste Torsten Stol estime cependant que "cette courbe des taux n’aide pas cette fois à anticiper les risques de récession, car les taux ne sont pas seulement influencés par les fondamentaux économiques". "Elle m’inquiéterait, surenchérit Tom Cahill, stratégiste à la banque privée américaine Ventura Wealth Management, si elle s’inverse et que l’on observe en même temps un ralentissement dans les dépenses de consommation, l’investissement ou les emplois."

Le risque n°1….

Les principaux risques pour les marchés sont de différents ordres. Celui qui revient le plus souvent sur les lèvres des économistes, c’est celui d’une escalade dans la guerre commerciale entre les différents continents. "Si des tarifs de 10% étaient imposés sur l’ensemble des exportations mondiales, les grandes économies subiraient un ralentissement remarqué, en particulier les pays exportateurs comme l’Allemagne ou la Chine. L’Europe entrerait dans une profonde récession, tandis que les Etats-Unis seraient peu impactés", évalue Koen De Leus, chef économiste auprès de BNP Paribas Fortis.

Spécialisé dans les marchés émergents, l’économiste Craig Botham de chez Schröders affirme que "l’impact sur la croissance en Chine pourrait être plus important, car il est peu probable que le différend en reste à une série de hausses tarifaires. L’incertitude politique risque de peser sur les investissements, en particulier pour les exportateurs, ce qui pourrait entraîner une légère baisse de la croissance chinoise en 2019." Pour toutes ces raisons, les stratèges du courtier français Aurel BGC estiment que "les marchés d’actions devraient évoluer sans grande tendance jusqu’aux élections américaines de mi-mandat". Celles-ci auront lieu en novembre.

"La volatilité a tendance à augmenter à mesure que les économies sont loin dans leur cycle."
Peter Vanden Houte
ING Belgique

Rien ne dit malgré tout que les Etats-Unis iront jusqu’au bout dans leur bataille. "Car, justifie Peter Vanden Houte, une aggravation de la guerre affectera l’économie et donc Wall Street." Nul n’ignore qu’aux Etats-Unis, plus qu’ailleurs dans le monde, le moral du consommateur dépend pour beaucoup de la bonne santé de la Bourse de New York. Donald Trump doit en être bien conscient.

….et les autres

Autre souci pour les investisseurs, la situation politique en Italie dirigée depuis peu par des "populistes". "Le populisme s’invite de plus en plus à la table des marchés financiers", constate Koen De Leus. "Et il est difficile pour l’heure d’en estimer les conséquences sur l’économie mondiale et les marchés financiers", ajoute-t-il. Faisant allusion à la situation en Italie, Anton Brender estime qu’on est loin du pire pour l’instant. "Il y a du temps devant nous pour tenter de résoudre les problèmes dans cette région d’Europe."

Dans le registre des politiques monétaires des principales banques centrales dans le monde, les professionnels de la prévision se montrent plutôt sereins. Ils s’attendent encore à deux hausses du taux directeur de la Réserve fédérale américaine (Fed) cette année. Seule une accélération de l’inflation contraindrait la Fed à amplifier plus qu’attendu son resserrement monétaire. Colin Moore anticipe toutefois "une inflation modeste. Ce qui n’est pas particulièrement préoccupant pour les actions." La Fed veillera à un équilibre entre dérapage inflationniste et ralentissement de la croissance économique.

Dans la zone euro, la banque centrale (BCE) ne devrait pas relever ses taux avant l’automne 2019. Pour Florence Pisani, "la BCE évitera une hausse trop rapide des taux d’intérêt longs pour ne pas casser le marché des crédits hypothécaires". Dans cet environnement, les rendements obligataires ne devraient donc guère aller plus haut que les niveaux actuels. D’ici la fin de cette année, le 10 ans américain devrait au mieux être à 3,10%, voire 3,20%. Sondés par Bank of America – Merril Lynch il y a un mois, les gestionnaires de fonds internationaux indiquaient qu’au cas où le niveau de 3,60% devait être atteint, il pourrait inciter les investisseurs à passer des actions aux obligations.

Les actions prisées

Pour l’heure, les investissements dans les obligations ne sont pas vraiment ce que privilégient les stratégistes. "Les actions des pays développés devront toujours être privilégiées face aux placements obligataires", confirme Philippe Gijsels, chef stratégiste chez BNP Paribas Fortis, ajoutant entre autres que "les signaux techniques n’indiquent pas encore un marché boursier proche de l’essoufflement". Mais en raison des incertitudes que nous venons d’énumérer et qui alimentent la volatilité, les analystes de Goldman Sachs AM suggèrent de "continuer à promouvoir une approche dynamique de l’investissement". Responsable de la stratégie d’investissement chez Belfius, Jan Vergote conseille, lui, d’étaler dans le temps ses investissements. "Une stratégie, justifie-t-il, qui permet de réduire les risques liés à la volatilité et aux incertitudes du marché."

"Il n’y a pas de raison que la croissance cale dans la zone euro dans les mois à venir."
Florence Pisani
Candriam Investors Group

Les stratégistes sur les marchés d’actions s’accordent donc pour rester sur les actions. Par contre, ils divergent sur les régions et le type de valeur à privilégier. Jan Vergote préfère les actions de la zone euro, du Japon et des pays émergents. "Elles bénéficient de valorisations plus attrayantes, alors que ces régions se trouvent à un stade moins avancé dans leur cycle économique." Chez ING, Steven Vandepitte jette aussi son dévolu sur les actions de sociétés de la zone euro (hors Italie) qui devraient profiter de la faiblesse de l’euro en raison des pressions populistes.

Pour cette raison justement, les analystes de Crédit suisse "sous-pondérent" les actions européennes, jugeant l’euro davantage sous-évalué que les actions. "Ce qui expose ces dernières au risque d’un rebond de la monnaie unique dans les prochains mois." Hartwig Kos, coresponsable de la gestion multi actifs chez SYZ Assett management (Genève), avantage désormais les actions américaines par rapport à celles d’Europe et du Japon. Parce que l’économie américaine est plus résiliente que celle de la zone euro, que les valorisations sont redevenues plus attrayantes à Wall Street à l’inverse de celles des Bourses européennes et que l’on prévoit un affaiblissement prochain du dollar. Chez ING, on n’exclut pas un recul de l’euro jusqu’à 1,12 dollar dans un terme proche. "Mais l’euro devrait reprendre l’avantage en 2019 face au billet vert, entrevoit Peter Vanden Houte, pour remonter jusqu’à entre 1,20 et 1,30 dollar." Philippe Gijsels estime aussi que "le dollar devrait s’affaiblir à nouveau face à l’euro". Il voit la monnaie européenne remonter dans la fourchette de 1,25 – 1,28 dollar.

Parce que les économies se situent dans un cycle d’expansion et non plus de redressement, Hartwig Kos (SYZ AM) modère son penchant cyclique (actions de l’énergie et des banques) et se tourne un peu plus vers les actions défensives. "Le secteur de la santé en Europe offre un potentiel de plus en plus intéressant. Il offre en même temps au portefeuille un profil moins cyclique et plus défensif", dit-il.

Steven Vandepitte estime que les actions cycliques conservent du potentiel. "Elles devraient bénéficier de la croissance économique et, plus particulièrement, dans les secteurs de la technologie et des matériaux de construction qui, depuis 2000, tendent à bien se comporter dans les phases de hausse modérée des taux d’intérêt."

Ils sont peu nombreux, les analystes à faire part d’actions qu’ils trouvent intéressantes. Ceux de BNP Paribas Fortis comptent parmi ceux qui se sont livrés à ce jeu. Ils suggèrent des actions comme Allergan  , Mondelez  , Microsoft  et Johnson Controls  à Wall Street. En Europe, ils proposent des actions comme Ericsson  , Atos  , NN Group  , Siemens  , ASM  , Royal Dutch  , Proximus  , bpost  , Bekaert  , CFE  , AB InBev  et Solvay  . F-Secure  , Autogrill  , X-Fab  et Fagron  sont quelques-unes des actions appréciées chez Nagelmackers.

Une estimation médiane établie par Bloomberg sur la base d’avis de stratégistes sondés indique que l’indice Stoxx 600 achèvera 2018 à 403 points contre 381 points actuellement. Le S&P 500 de Wall Street monterait à 2.950 points contre 2.736 points jeudi dernier.

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