Les banques belges exposées à hauteur de 21 milliards d'euros à la Turquie

L’escalade des tensions entre la Turquie et les USA a fait chuter la livre turque de plus de 17% vendredi. Les banques belges, exposées à hauteur de 21 milliards d’euros BNP Paribas Fortis en tête, ont été secouées en Bourse.

Les banques belges ont souffert ce vendredi à la Bourse de Bruxelles. KBC a perdu 3,27% et ING a lâché 4,5%, pesant sur le Bel 20. Les deux valeurs ont été affectées par la chute de la livre turque et ses éventuelles conséquences en Europe. Un article du Financial Times révélait ce vendredi que la Banque centrale européenne s’inquiète de l’exposition des banques européennes au marché turc, en particulier BBVA, UniCredit et BNP Paribas.

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Les chiffres de la Banque des règlements internationaux mentionnent une exposition de 951 millions de dollars (830 millions d’euros) des institutions financières belges à la Turquie. Mais ces chiffres sont incomplets car certains groupes bancaires internationaux actifs en Belgique localisent une partie de leurs créances vis-à-vis d’institutions étrangères dans les comptes de leur filiale belge. Des chiffres plus complets sont fournis par la Banque nationale de Belgique (BNB), qui évalue l’exposition du secteur bancaire belge à la Turquie à 21 milliards d’euros.

Selon le rapport annuel 2017 de BNP Paribas, l’ensemble du groupe bancaire franco-belge est exposé à la Turquie à hauteur de 29,7 milliards d’euros. Une grande partie de cette exposition repose sur la filiale belge du groupe, sachant notamment que BNP Paribas Fortis concentre 67% de la participation du groupe franco-belge dans la filiale turque TEB.

"ING Belgique n’a pas d’obligations gouvernementales de la Turquie ni de lending exposure (exposition via des crédits, NDLR) envers la Turquie."
ING

"KBC n’est pas exposé à la Turquie", précise le service de presse de la banque. "ING Belgique n’a pas d’obligations gouvernementales de la Turquie ni de lending exposure (exposition via des crédits, NDLR) envers la Turquie", précise de son côté le service de presse d’ING Belgique. "L’exposition de Belfius sur la Turquie est quasi nulle", précise-t-on chez Belfius, qui signale être exposée à l’économie turque à hauteur de 61 millions d’euros.

Etant donné qu’ING Belgique déclare ne pas être exposée à l’économie turque, que KBC signale "une exposition très limitée à court terme pour certains clients corporate qui ont des relations commerciales avec la Turquie" et que Belfius chiffre son exposition à seulement 61 millions d’euros, on peut affirmer que, sur les 21 milliards d’euros d’exposition des banques belges à la Turquie, la plus grosse partie repose sur la banque BNP Paribas Fortis.

"BNP Paribas peut digérer l’impact de la chute de la livre turque."
Eric Dor

Précisons que le risque financier encouru par la banque et sa maison mère est bien plus faible que le montant de l’exposition à la Turquie: si, dans le pire des cas, les prêts octroyés dans ce pays n’étaient pas remboursés, la filiale turque TEB se retrouverait en faillite et BNP Paribas et BNP Paribas Fortis y perdraient le capital qu’elles avaient investi dans la banque turque, lequel est bien plus faible que le portefeuille de crédit.

"BNP Paribas peut digérer l’impact de la chute de la livre turque, nuance Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management de l’Université Catholique de Lille. En 2017, BNP Paribas avait déjà connu un impact de la dépréciation de la livre turque, de 22%, dans ses comptes" rappelle-t-il.

Risque géopolitique

L’Argentine et la Turquie sont plus exposées, car les deux pays ont des mauvais fondamentaux économiques.

Toutefois, le plongeon de la livre turque inquiète les investisseurs. "La Turquie pose un risque géopolitique global, souligne Eric Dor. Lorsque les taux d’intérêt remontent aux Etats-Unis et que le dollar s’apprécie face aux autres devises, on assiste à un retournement des mouvements de capitaux qui fuient les marchés émergents vers les Etats-Unis, parallèlement à la crise asiatique de 1997. Depuis quelques mois déjà, les devises émergentes souffrent. L’Argentine et la Turquie sont plus exposées, car les deux pays ont des mauvais fondamentaux économiques."

Les investisseurs ne font pas de distinction entre les banques européennes. "C’est l’illustration que les banques sont interconnectées. Quand on a une conjonction d’éléments tels que des restrictions commerciales américaines importantes et une perte de confiance, l’impact systémique est important", explique Bruno Colmant, directeur de la recherche économique chez Degroof Petercam.

Ce graphique permet de se représenter l’importance de l’exposition des banques belges à la Turquie, au regard de l’exposition aux autres principaux pays:

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